Des enseignants dénoncent des méthodes managériales portant à la dignité et à l’autonomie des salariés
Autoritarisme, brimades, népotisme, tentatives de « divide & rule, intimidations et dénonciations calomnieuses envers une partie du corps enseignant sont quelques-unes des conséquences des méthodes managériales qui se sont implantées dans un collège, vieux de plus de 90 ans, situé à Rose-Hill. C’est ce qu’on a pu déduire à la lumière des témoignages et éléments qui nous sont parvenus, dont ceux émanant d’enseignants qui disent ressentir un épuisement émotionnel profond. Depuis qu’elle a pris ses fonctions en décembre 2019, après avoir longtemps occupé celles de registrar au Mauritius Institute of Education (MIE), la manager du collège causerait un certain nombre de dégâts qui ont eu un impact sur tout l’établissement. Ces méthodes d’intimidation utilisées par la concernée pour faire taire toute opposition se sont étendues au Conseil d’administration. En face, des profs se démènent comme de beaux diables pour redonner à l’établissement ses lettres de noblesse.
Les responsables des établissements secondaires sont censés jouer un rôle clé dans l’amélioration des résultats des élèves, en agissant sur la motivation et les capacités des enseignants, ainsi que sur l’environnement et le climat au collège. Or, il s’avère que certains managers, avec la complicité de leur valets, n’en ont cure de ces bonnes vieilles règles élémentaires. Le climat délétère qui prévaut dans cet établissement secondaire des villes-sœurs – qui se distingue, dit-on, par une réputation solidement ancrée sur la rigueur et l’encadrement strict, et est connu pour avoir été en première ligne de la révolte estudiantine de mai 1975, celle de la grande manifestation d’une jeunesse intelligente et revendicatrice – est un cas d’école pour étudier les dégâts engendrés par ce type de management portant atteinte à la dignité et à l’autonomie des salariés.
La polémique couve depuis quelques années et la situation ne cesse de s’enliser. « Nous avons été plusieurs dans l’équipe à sentir un vent nouveau à bien des égards lorsque la manager a pris les rênes de l’établissement. Sauf que, derrière une façade courtoise et dynamique, elle cachait mal une volonté de tout contrôler au sein du collège. Je suis parvenu à m’accrocher parce que je suis arrivé dans une ambiance de travail acceptable, où existaient une solidarité, une émulation et un cadre favorable à un bon climat scolaire. Mais la nouvelle cheffe nous a vite fait comprendre qu’elle entendait diriger l’établissement d’une poigne de fer », raconte un enseignant. La suite des évènements lui a donné raison, puisque le ciblage de collègues s’est amplifié, à partir du moment où la manager sentait qu’un des membres n’était pas totalement dans sa poche.
Une stratégie implicite de diviser pour régner
Associée à une stratégie implicite de « diviser pour régner », la manager peut compter sur le soutien indéfectible d’une frange du Conseil d’administration où figurent de bons petits soldats toujours prêts à monter au front pour la défendre. Sauf qu’un groupe d’enseignants ne l’entend pas de cette oreille, se présentant comme seul rempart crédible contre la concernée. Résultats : les divisions idéologiques, les ambitions personnelles et les rancunes tenaces ont transformé l’établissement en un triste spectacle de désunion rejaillissant sur la bonne ambiance qui existait naguère en salle des professeurs et/ou avec les membres non-enseignants.
Le manque d’autonomie, le harcèlement moral et la surveillance accrue sont des sujets de préoccupation majeure pour les professeurs et les Heads of Departement de cet établissement. « Certains profs disent être surpris que des proches de la manager se permettent d’entrer dans leurs salles de classe pour les espioner. Pire, ils utilisent les étudiants pour arriver à leurs fins. Certains enseignants se font même suivre partout où ils vont ek ar ki dimun nu koze. Ou pena drwa ena kamarad dan kolez-là. C’est du harcèlement. Je dénonce aussi le manque d’éthique et de respect de certains collègues qui se permettent de frékente dans l’enceinte du collège sans être réprimandés. La manager veut tout savoir des conversations privées que nous avons avec nos collègues. La manager prend des sanctions et fait des allégations sans vérifier les faits tout en se basant sur les dires de ses protégés et lorsqu’elle constate qu’elle a été induite en erreur, elle n’a même pas la decence de présenter des excuses. Bien au contraire elle demande à la victime de le faire », confie un prof.
Taux d’absentéisme et favoritisme
D’autres témoignages mettent en lumière le malaise enseignant face à la dégradation de leurs conditions de travail qui se manifeste par l’isolement, des charges de travail disproportionnées dues aux absences répétées de leurs collègues et le traitement de faveur dont bénéficieraient les proches de la manager en ce qu’il s’agit de la suppléance. « Le taux d’absentéisme des enseignants a atteint des niveaux records au collège depuis quelques années. Une hausse vertigineuse très inquiétante pour l’établissement et les élèves, aggravée par la pénurie des profs qui dégrade encore les conditions de travail des enseignants en augmentant leur charge de travail. Là où le bât blesse est que la direction semble à chaque fois demander aux mêmes enseignants de suppléer les absents, alors que d’autres se la coulent douce », s’insurge un interlocuteur.
Ce sentiment d’injustice a, selon lui, largement contribué à la crise de vocation et au burn-out chez le corps enseignant, au point où certains employés ont dû suivre des traitements thérapeutiques ou chez un professionnel de santé mentale. « Las et au bord de la crise de nerfs, plusieurs profs ont claqué la porte », dit une autre source.
Une ambiance de chasse aux sorcières
Des courriers anonymes, relayés par les deux camps, se sont immiscés dans ce bras de fer, créant un climat de suspicion et de paranoïa. Les lettres mettent en cause les méthodes peu conventionnelles adoptées par la manager. Dans une autre, la vie privée d’enseignants était évoquée. On aurait pu croire que la levée de boucliers de ses détracteurs et la démission de certains profs allait calmer les ardeurs du manager, que nenni ! Au contraire, c’est une ambiance de chasse aux sorcière qui semble s’être installée au sein de l’établissement. « On a été mis au parfum que la manager a dressé une liste d’employés à éjecter dans les mois à venir, en usant de moyens de pression pour arriver à ses fins. C’est magouille et compagnie », indique un prof.
Les 7 ans de l’ex-registrar du MIE aux manettes du collège ont été marqués par une gestion chaotique qui illustre une insondable faillite qui va au-delà des dérives liées aux cas de harcèlement, d’accusations fallacieuses, de discrimination parfois raciale, de cover-up et de népotisme. Ce ne serait que la partie émergée de l’iceberg, puisque bon nombre de victimes présumées préféreraient faire profil bas par peur de représailles. La question des piètres résultats scolaires et de la baisse du niveau dans certains sujets comme le Français fait l’objet de vifs constats statistiques et de débats sur l’efficacité des enseignants.
« Les dernières données et rapports mettent en lumière plusieurs facettes de cette crise de performance. On en veut pour preuve la dégradation préoccupante du niveau en français des collégiens. C’est en particulier dans la maîtrise des bases (orthographe, grammaire, vocabulaire, calcul) qu’on relève une chute importante. La manager est la grande responsable de ce nivellement par le bas, en persécutant les profs incompétents à sa botte, au détriment de ceux qui possèdent une compétence ou une notoriété indiscutable dans son domaine », confie une interlocutrice.

