Près de six mois après la disparition de Monowara Begum, Me Rama Valayden demande au commissaire de police d’étendre les recherches à travers le pays. Une nouvelle démarche qui remet au premier plan plusieurs interrogations déjà soulevées au Parlement, en mai dernier, par Joanna Bérenger et qui avaient alors provoqué une violente passe d’armes avec le ministre du Travail, Reza Uteem.
Le mystère entourant la disparition de Monowara Begum demeure entier. La ressortissante bangladaise, qui travaillait comme carer auprès de la mère du ministre du Travail et des Relations industrielles, Reza Uteem, n’a plus été retrouvée depuis le début d’avril.
Me Rama Valayden a désormais décidé d’interpeller directement le commissaire de police, Rampersad Sooroojebally. Dans une lettre adressée à ce dernier, le Senior Counsel demande que les recherches soient étendues à l’ensemble du territoire et que la photographie de la travailleuse disparue soit diffusée aussi largement que possible afin de favoriser son identification.
L’homme de loi dit avoir reçu des informations qu’il qualifie de « troublantes » et affirme craindre pour la sécurité de Monowara Begum. Il évoque notamment une version selon laquelle la travailleuse aurait quitté la résidence où elle était employée en se dissimulant dans une poubelle. Une affirmation qui reste à vérifier par les enquêteurs et qui ne peut, à ce stade, être considérée comme établie.
Cette intervention de Rama Valayden ramène cependant au premier plan des questions qui avaient déjà été posées plusieurs mois auparavant.
Joanna Bérenger avait déjà réclamé des réponses
Le 26 mai, à l’Assemblée nationale, Joanna Bérenger avait interrogé Reza Uteem sur les circonstances dans lesquelles Monowara Begum avait quitté le domicile où elle travaillait ainsi que sur le traitement réservé à cette travailleuse étrangère. La députée avait notamment évoqué des interrogations concernant ses conditions de travail, ses mouvements et les circonstances exactes de sa disparition.
Ces questions avaient provoqué une réaction particulièrement vive du ministre.
Reza Uteem avait contesté catégoriquement les insinuations formulées à l’encontre de sa mère, affirmant qu’elles étaient fausses. L’échange avait ensuite dérapé lorsque le ministre avait lancé : « Mo pena disan kolon dan mo disan », une référence au « sang de colon » qui avait immédiatement déclenché une vive polémique dans et hors de l’hémicycle.
Joanna Bérenger avait par la suite soutenu qu’elle n’avait pas attaqué personnellement la mère du ministre mais cherchait à obtenir des réponses sur des questions de droits humains, de traitement des travailleurs étrangers et de possibles conflits d’intérêts. Elle avait aussi reproché à Reza Uteem d’avoir déplacé le débat vers des considérations de couleur de peau et de colonialisme.
Devant l’ampleur de la controverse, le ministre avait finalement reconnu que ses propos avaient dépassé sa pensée et exprimé ses regrets pour l’utilisation du terme « colon ».
Quatre mois plus tard, les questions de fond demeurent pourtant largement les mêmes : où se trouve Monowara Begum ? Dans quelles circonstances a-t-elle quitté la résidence où elle travaillait ? Qui l’a vue pour la dernière fois et quelles recherches ont effectivement été menées pour la retrouver ?
Selon les informations données au Parlement, la Special Migrant Workers Unit avait mené une enquête et n’avait relevé ni salaires impayés, ni plainte, ni élément établissant des mauvais traitements ou une exploitation. Son permis de travail avait ensuite été annulé et le Passport and Immigration Office informé.
Mais Monowara Begum reste introuvable.
C’est précisément ce constat qui motive aujourd’hui la démarche de Rama Valayden auprès du commissaire de police. Au-delà des échanges politiques particulièrement houleux de mai dernier, la question centrale reste celle du sort d’une travailleuse étrangère disparue depuis près de six mois et dont aucune trace n’a, jusqu’ici, été publiquement retrouvée.

