Des Mauriciens à l’étranger, notamment opérant à Bangkok, soupçonnés d’avoir facilité l’expédition de la cargaison de connivence avec la NCG
Bientôt un mois qu’une importante quantité, soit entre une tonne et une tonne et demie, de drogue, notamment du cannabis et du haschisch, est entrée illicitement à Maurice avec la complicité d’éléments de la National Coast Guard (NCG) selon la formule consacrée de la mafia de Our Men Inside. Depuis, en dépit de l’arrestation des suspects, ayant assuré le transfert de la cargaison de Thaïlande au large de Maurice, notamment à l’Est de Maurice, à bord du yacht Dreamer, l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) tente de réunir le moindre détail sur la logistique déployée pour le Warehousing de cette importante quantité de stupéfiants.
Jusqu’ici, les unités de la police multiplient les opérations sur le terrain afin de retrouver la moindre indication au sujet de la piste de cette importante cargaison de drogue. L’ADSU concentre notamment ses opérations de filature et de perquisitions dans des faubourgs de la capitale et au Nord. Toutefois, la plus grave lacune sur le front de l’Intelligence Gathering est cette absence d’indications de mouvements inhabituels de véhicules pour le transport de la drogue et le débarquement à terre assuré. Aux Casernes centrales, les enquêteurs soupçonnent qu’une partie de cette cargaison, estimée à plus d’une tonne, aurait été dissimulée dans des endroits isolés, à l’écart des habitations. Une stratégie qui permettrait aux propriétaires des maisons utilisées par le réseau d’éviter d’être inquiétés en cas de descente policière. En provenance de Thaïlande, la drogue serait principalement composée de cannabis et de haschich. Les autorités redoutent toutefois qu’une partie de ces substances soit mélangée à d’autres produits chimiques afin de fabriquer des drogues synthétiques. Une telle opération permettrait aux trafiquants d’augmenter les quantités disponibles à la vente et, par conséquent, leurs bénéfices. D’ailleurs, la National Agency for Drug Control (NADC) a tiré la sonnette d’alarme à la fin de la semaine dernière, mettant en garde contre un risque accru d’overdoses à Maurice au cours des prochains jours et semaines.
Parallèlement aux recherches visant à retrouver la cargaison, les enquêteurs tentent d’identifier tous les protagonistes qui sont impliqués dans cette opération maritime. Outre les neuf ressortissants thaïlandais, deux membres de la National Coast Guard (NCG) ainsi que des pêcheurs ont été arrêtés. À hier matin, le nombre d’arrestations s’élevait à 18. L’ADSU s’intéresse particulièrement au constable Kevin Rangilal, affecté à l’Operations Room de la NCG, centre nerveux et stratégique en matière de surveillance et de contrôle maritimes. Des informations confidentielles provenant de cette unité auraient été retrouvées sur le téléphone portable du capitaine du yacht, Suriya Samamboot. Ces données auraient permis à ce dernier de prendre connaissance des différentes sorties de la NCG dans le cadre de ses missions de surveillance entre le 19 et le 22 octobre. Les enquêteurs soupçonnent que la présumée collaboration entre le constable Kevin Rangilal et un réseau de trafiquants de drogue ne daterait pas d’hier. Ses déplacements à l’étranger sont ainsi passés au crible, notamment son dernier voyage à Dubaï, en juillet dernier. Les policiers cherchent à déterminer les raisons de ce déplacement et à savoir s’il aurait pu être lié aux préparatifs de l’expédition du Dreamer. Car l’acheminement d’une cargaison d’une telle ampleur jusqu’à Maurice a nécessité une organisation minutieuse et une préparation sans faille en amont. Ce qui a été le cas avec le voyage d’octobre du Dreamer à Maurice.
L’ADSU cherche également à établir si Kevin Rangilal était de service les 19 et 20 octobre et à identifier la personne qui avait établi le Roster of Service de la NCG pour cette période. Pour les enquêteurs, la coïncidence entre ses horaires de service et la présence illégale du Dreamer dans les eaux territoriales mauriciennes mérite d’être examinée de près. Son téléphone portable sera soumis à des analyses approfondies. Le policier, qui est toujours en détention provisoire, devrait également être appelé à fournir des explications dans les prochains jours. Dans le cadre de cette enquête tentaculaire, les autorités pourraient solliciter la collaboration de la Thaïlande sur la base de la Mutual Legal Assistance. Il s’agirait, dans un premier temps, d’obtenir davantage de renseignements sur le yacht Dreamer et les antécédents de ses membres d’équipage. Les enquêteurs n’écartent pas non plus la possibilité que des Mauriciens résidant en Thaïlande aient participé, de près ou de loin, à cette expédition. Les soupçons se portent surtout sur un homme dont l’identité est connue. Il serait derrière l’envoi de plusieurs colis de drogue à travers des mules à Maurice.
L’ADSU aurait recueilli certains renseignements en ce sens, qui restent toutefois à être vérifiés. D’où la volonté de collaborer avec les autorités thaïlandaises afin de faire la lumière sur d’éventuelles ramifications à l’étranger.
Par ailleurs, l’enquête se poursuit sur le réseau présumé impliquant deux membres de la NCG affectés à Le-Chaland et arrêtés dans le cadre d’une affaire de trafic de drogue à Mahébourg. L’ADSU avait interpellé le constable Yeshwin Pydegadu alors qu’il était en possession de drogue d’une valeur de Rs 1 500, devant être écoulée auprès de policiers qui s’étaient fait passer pour des clients. Au cours de son interrogatoire, il avait mis en cause son collègue, Gerald Steven Bagboot.
Ce dernier est soupçonné d’avoir agi de concert avec Yeshwin Pydegadu pour écouler de la drogue. Le constable Gerald Bagboot a nié les accusations portées contre lui, tout en faisant valoir son droit au silence à ce stade de l’enquête. L’ADSU n’écarte pas la possibilité que d’autres policiers aient également été impliqués dans ce trafic.
Les investigations se poursuivent.

