Il est neuf heures, lorsque nous franchissons le portail de Cavalia, rue de l’Indépendance, à Cascavelle. À quelques minutes seulement de Flic-en-Flac, sur ces terres de la côte ouest appartenant au domaine de Medine, le décor change presque instantanément.
Le sable de la carrière crisse déjà sous les sabots. Quelques enfants, casqués et concentrés, enchaînent leurs premiers exercices en selle sous l’œil attentif de leur monitrice. Plus loin, un cheval souffle bruyamment dans son box. L’odeur du foin, du cuir et de la terre nous plonge dans une atmosphère à part, loin de l’agitation de la route côtière toute proche.
Depuis sa création, fin 2015, Cavalia s’est taillé une réputation qui dépasse largement le cercle des initiés.
À la tête des lieux, Stephanie Jauffret nous accueille avec une énergie qui ne se démentira pas de toute la visite. Elle passe d’un cheval à l’autre, échange quelques mots avec les cavaliers, surveille ce qui se passe dans la carrière. Ici, rien ne semble lui échapper.
Ouverte aux passionnés dès l’âge de trois ans, Cavalia n’est pourtant pas seulement une école d’équitation classique.
On y enseigne bien sûr le dressage, la voltige et le saut d’obstacle. Les boxes alignés, la carrière et les infrastructures de compétition en témoignent. Mais ce qui frappe aussi, dès les premiers pas, c’est cette volonté de rendre le cheval accessible à tous.
Sur la plage voisine ou dans la nature environnante, des sorties encadrées permettent ainsi aux visiteurs, même sans aucune expérience équestre, de découvrir le cheval autrement. Pas forcément à travers la performance ou la technique, mais simplement au rythme d’une promenade.
Ce matin-là, justement, quelques bénévoles s’affairent déjà autour des boxes, brosses et seaux à la main. Les gestes sont précis : pansage, vérification des sabots, nettoyage, quelques caresses et parfois un mot murmuré à l’oreille de l’animal.
Tout se déroule avec une étonnante fluidité.
Les bénévoles croisent les cavaliers du jour, les enfants vont et viennent, les chevaux observent ce petit monde avec calme. L’ambiance est familiale. Chacun semble connaître le prénom de chaque cheval. Et, à voir certains animaux tendre spontanément la tête lorsqu’une personne approche, on serait presque tenté de penser que l’inverse est également vrai.
Une seconde vie pour les chevaux de course
En traversant les allées de l’écurie, nous croisons Argot.
Ancien cheval de course, il est arrivé chez Stephanie Jauffret avec plusieurs problèmes de santé. Comme beaucoup d’anciens coursiers une fois leur carrière hippique terminée, son avenir aurait pu être beaucoup plus incertain. Mais Argot a eu droit à une autre histoire.
Soigné, entouré puis progressivement rééduqué à Cavalia, il est aujourd’hui sous nos yeux, calme et attentif, faisant le bonheur d’un jeune cavalier en pleine leçon. Le contraste est saisissant.
Le cheval qui évoluait autrefois dans l’univers exigeant des courses partage désormais son quotidien avec des enfants et des passionnés venus simplement apprendre à monter ou découvrir l’animal.
À Cavalia, le bien-être animal ne semble d’ailleurs pas être un argument marketing. Il se voit dans l’organisation quotidienne de l’écurie : abreuvoirs automatiques, portes coulissantes sécurisées, chevaux sortis au pré au moins deux fois par jour, trois repas quotidiens et suivi vétérinaire régulier.
Stephanie Jauffret souhaite aujourd’hui agrandir encore cette famille de bénévoles et de passionnés afin de renforcer le réseau de personnes qui veillent sur ses pensionnaires.
Car derrière chaque cheval, rappelle-t-elle en substance, il y a du temps, de l’attention et une responsabilité quotidienne.
Le cheval, un thérapeute à quatre pattes
Au fil de la visite, Stephanie Jauffret parle du cheval comme d’un compagnon de vie à part entière. Presque un thérapeute silencieux.
Sur le plan affectif, dit-elle, cet animal peut devenir un véritable confident. Une présence rassurante qui apaise, accompagne et, parfois, transforme une existence. Elle-même en parle avec une émotion particulière, tant le cheval a occupé une place importante dans son propre parcours.
Il y a quelque chose de très simple dans cette relation : le cheval ne parle pas, mais il réagit. Il ressent la peur, l’hésitation, la confiance. Il oblige aussi celui qui l’approche à prendre son temps.
Sur le plan social, cette relation enseigne le respect des règles, la patience, mais aussi une forme de leadership bienveillant. Avec un cheval, impossible d’imposer simplement sa volonté. Il faut apprendre à communiquer autrement.
Les bienfaits sont également physiques. L’équitation sollicite les muscles profonds, améliore l’équilibre et développe la souplesse. Ce qui explique son utilisation croissante en équithérapie, notamment auprès de personnes en situation de handicap ou suivant une rééducation du dos.
Mais au-delà des aspects médicaux ou sportifs, il reste surtout cette relation particulière entre l’homme et l’animal. Un cheval ne règle pas tous les problèmes. Mais il peut parfois aider quelqu’un à retrouver confiance, à se dépasser ou simplement à sourire.
Des champions discrets
Derrière l’atmosphère décontractée de cette matinée à Cascavelle se cache pourtant une redoutable machine sportive.
Cavalia figure parmi les clubs les plus actifs et les plus représentés en compétition à Maurice. L’école affiche fièrement son titre de championne de Maurice en voltige et celui de championne de Maurice en dressage depuis dix années consécutives, sans oublier une place parmi les meilleurs en saut d’obstacle.
Avec des concours organisés presque tous les mois, l’écurie amène régulièrement ses cavaliers, parfois très jeunes, sur le devant de la scène équestre mauricienne.
Stephanie Jauffret ne cache pas sa fierté.
Mais lorsque l’on évoque les réussites de Cavalia, elle ne parle pas uniquement des médailles ou des podiums.
Ce qui compte aussi, explique-t-elle, c’est la façon dont les élèves s’occupent de leurs chevaux au quotidien, la manière dont ils les montent, mais également leur comportement envers les autres compétiteurs.
Solidarité, entraide et fair-play occupent une place centrale dans la philosophie de l’école. Sur les concours, on encourage volontiers celui ou celle qui passera quelques minutes plus tard sur la même piste.
Une conception du sport où l’adversaire n’est pas forcément un ennemi.
Et où gagner ne vaut vraiment que si l’on a aussi appris à respecter.
En quittant Cascavelle, difficile de ne pas repenser à ce mélange singulier qui fait la force de Cavalia.
Un centre équestre installé sur les terres de Medine où se croisent, dans le même sable, les ambitions des champions, les secondes vies d’anciens chevaux de course et les premiers gestes hésitants d’un enfant découvrant un animal beaucoup plus grand que lui.
Certains viennent ici pour apprendre à monter.
D’autres pour décrocher un podium.
D’autres encore simplement pour une promenade.
Mais lorsque l’on voit un enfant tendre timidement la main et un cheval avancer doucement son museau pour accepter la caresse, on comprend peut-être mieux le titre de ce reportage.
À Cavalia, le bonheur peut parfois tenir à très peu de choses.
Et avoir quatre sabots.
INFOS PRATIQUES
Cavalia École d’Équitation
Rue de l’Indépendance, Cascavelle.
Ouvert au public toute l’année.
- 3 à 6 ans : leçon d’essai à Rs 1 900 — abonnement membre à partir de Rs 3 000 par mois pour un cours par semaine.
- Juniors : leçon d’essai à Rs 2 100 — abonnement membre à partir de Rs 4 000 par mois.
- Adultes (18 ans et +) : leçon d’essai à Rs 2 400 — abonnement membre à partir de Rs 4 500 par mois.
Il est également possible de parrainer un cheval sauvé par l’école et de rejoindre le cercle des bienfaiteurs de Cavalia. Un geste de soutien qui donne aussi droit à une photo du parrain ou de la marraine sur la porte du box du cheval.
Juliana Arékion
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INFOS PRATIQUES
Cavalia École d’Équitation, Rue de l’Indépendance, Cascavelle. Ouvert au public
toute l’année, sur simple visite.
●3 à 6 ans : leçon d’essai Rs 1 900 – abonnement membre dès Rs 3 000/mois (1 cours/semaine)
●Juniors : leçon d’essai Rs 2 100 – abonnement membre dès Rs 4 000/mois
●Adultes (18 ans et +) : leçon d’essai Rs 2 400 – abonnement membre dès Rs4 500/mois
Il est également possible de parrainer un cheval sauvé par l’école et de rejoindre le cercle des bienfaiteurs de Cavalia

