Elle a fêté ses 100 ans en mars dernier. Pourtant, en poussant la porte de sa maison, ce n’est pas le poids des années qui frappe, mais son regard vif, sa douceur et cette curiosité intacte pour la vie.
Entre ses tableaux colorés et ses souvenirs soigneusement gardés, Eva de Gersigny nous accueille avec simplicité et se livre au Mauricien.
« Vous savez, à tout moment, la vie peut vous offrir quelque chose de nouveau », confie-t-elle avec un sourire.
Cette phrase résume à elle seule son parcours. Car si Eva expose encore aujourd’hui ses œuvres, rien ne la prédestinait à reprendre les pinceaux à 92 ans.
Une passion née dans l’enfance
« Depuis petite, j’aimais faire des dessins », raconte-t-elle. Très jeune, elle prend des leçons avec une dame qui lui apprend les bases du dessin et de la peinture. Mais la guerre de 1945 vient interrompre cet apprentissage.
Après le conflit, elle rencontre un peintre blessé par la guerre, qui lui transmet autre chose que la technique : « la valeur des couleurs ». Une découverte importante pour celle qui voit dans chaque teinte une émotion, une liberté et une façon personnelle de s’exprimer.
Puis la vie suit son cours. Le mariage, la famille, les responsabilités. Pendant des décennies, la peinture reste en sommeil.
Recommencer à 92 ans
Tout change lorsque son mari décède. Eva a alors 92 ans. Sa fille l’encourage à sortir, à reprendre une activité.
« Elle m’a dit : “Maman, viens dans le cours.” »
Elle rejoint alors un groupe de peinture chinoise et commence une nouvelle aventure.
Son premier tableau représente des fleurs et est encore là aujourd’hui. Depuis, elle n’a plus arrêté de peindre.
« Quand je commence, je me sens bien. Dans le groupe, chacune fait ce qu’elle aime et avec les couleurs qu’elle aime. »
Pour Eva, la peinture ne suit pas de règles strictes. Chacun doit trouver sa propre manière de créer. « Chacune voit sa couleur, sa façon de faire. »
Ses œuvres étaient exposées dans une exposition à L’Atelier Art pour tous à Phoenix, où les chevaux occupaient une place particulière. « J’aime beaucoup les chevaux », dit-elle simplement.
Et pour parvenir à peindre à son âge ? La centenaire répond avec humilité : « J’aime beaucoup l’art, la culture… et il faut de la patience. »
Une vie tournée vers les autres
Après la guerre, elle s’engage auprès des personnes paralysées et handicapées atteintes de polio. Elle leur apprend à coudre et à broder. « Elles étaient enchantées. Elles étaient très méritantes, toujours de bonne humeur et elles voulaient apprendre. »
Ces expériences l’ont profondément marquée. « Je me suis beaucoup occupée des pauvres et des handicapés. Ça forge le caractère. »
Un siècle de changements
En 100 ans, Eva a vu le monde basculer.
« La société a beaucoup évolué, en bien et en mal. Tout va trop vite aujourd’hui. » Elle se souvient d’une époque où communiquer demandait de la patience. « Il fallait parfois 15 jours pour avoir des nouvelles de l’étranger. Les téléphones, c’était seulement pour quelque chose de grave. »
Malgré les bouleversements, elle ne nourrit aucun regret.
« Si je devais recommencer ma vie, je la recommencerais pareil. J’ai bien vécu, j’ai bien rempli ma vie. »
La foi comme force intérieure
Quel est son secret pour conserver cette sérénité et cette joie de vivre ?
Eva répond sans hésiter : « Je prie beaucoup. Et je crois que Dieu sait ce qu’il a à faire. La vie n’est pas toute rose, mais si vous croyez en Dieu, ça donne du courage pour tout. »
Cette femme, forte, refuse de vivre uniquement dans la nostalgie.
« Je regarde les souvenirs, mais je ne suis pas attachée complètement au passé. Il faut vivre dans le présent et regarder l’avenir. »
À 100 ans, Eva continue ainsi d’avancer, pinceau à la main, portée par la foi, les couleurs et cette conviction profonde que la vie peut encore surprendre.
Nous sortons de cette rencontre enrichis de merveilleux échanges.
Merci Eva.

