L’affaire Ibrahim Sorefan, ancien orthophoniste poursuivi pour des abus sexuels présumés sur de jeunes élèves de l’École des Sourds de Beau-Bassin, peine à avancer devant la Children’s Court. En cause : l’absence d’un interprète en langue des signes mauricienne, indispensable pour permettre aux enfants concernés d’être entendus et de participer pleinement à la procédure.
Les parents des jeunes victimes présumées d’abus sexuels qu’aurait commis l’ancien orthophoniste Ibrahim Sorefan dans les locaux de l’École des Sourds de Beau-Bassin, en 2022, se disent profondément dépités. Alors que l’affaire est déjà devant la Children’s Court, les audiences peinent à progresser en raison de l’absence d’un interprète en langue des signes mauricienne. Or, dans ce dossier impliquant des enfants sourds ou malentendants, la présence d’un interprète revêt une importance capitale, afin de garantir leur droit à être entendus et à comprendre le déroulement de la procédure judiciaire. Cette situation suscite une vive exaspération chez les familles. Ainsi, une mère, qui accompagnait son enfant devant la Cour pour la quatrième fois depuis le début de l’année, a une nouvelle fois dû repartir chez elle sans que l’affaire puisse être examinée et son enfant entendu.
Rôle essentiel
L’interprète en langue des signes joue un rôle essentiel au sein d’une Cour de justice lorsqu’un enfant sourd ou malentendant est impliqué dans une procédure judiciaire, que ce soit en qualité de victime, de témoin, ou de partie concernée. Sa mission ne consiste pas uniquement à traduire des mots, mais à assurer une communication fidèle, complète et neutre entre l’enfant et les différents intervenants judiciaires, notamment les magistrats, les avocats, les policiers ou les travailleurs sociaux. Grâce à son intervention, l’enfant est en mesure de comprendre les questions qui lui sont posées, les explications relatives à la procédure, ainsi que les décisions prises à son égard, tout en pouvant exprimer librement ses pensées, ses émotions et son vécu dans sa langue naturelle.
Une affaire de rémunération
La Children’s Court peine désormais à trouver un interprète spécialisé en langue des signes mauricienne. Pourtant, depuis le début de cette affaire, les services d’une interprète avait été retenus, afin d’assurer la communication entre la Cour et les enfants, en leur transmettant les questions qui leur étaient adressées et en restituant fidèlement leurs réponses. Cependant, l’interprète a mis un terme à sa collaboration avec la Children’s Court. Selon les informations recueillies, elle n’aurait pas été rémunérée dans les délais prévus, d’où sa décision. Depuis, le bureau du Directeur des Poursuites Publiques (DPP) est chargé de trouver un.e remplaçant.e. pour permettre à cette affaire d’avancer.
« Pas possible de continuer ainsi »
Cette situation n’exaspère pas seulement les parents, qui, avant chaque comparution, doivent préparer leurs enfants psychologiquement à revivre des événements particulièrement éprouvants. Elle suscite également l’agacement de la défense. L’avocat du présumé accusé déplore lui aussi ces renvois successifs, estimant que les retards prolongent inutilement la procédure. « Il existe des associations qui disposent d’interprètes en langue des signes mauricienne. Il suffirait de faire appel à elles pour en trouver et de payer les services comme il se doit, et non à compte-gouttes ! Ce n’est pas possible de continuer ainsi. Dans cette affaire, il faut penser aux enfants et à leur intérêt supérieur. La Children’s Court a justement été créée dans cet objectif. Lorsqu’ils sont accompagnés par un interprète capable de communiquer avec eux dans leur langue, ces enfants se sentent en confiance, entendus et compris », s’indigne une personne concernée par cette affaire, qui souhaite garder l’anonymat.
Justice inclusive
La présence d’un interprète qualifié contribue, en effet, à garantir le respect des droits fondamentaux de l’enfant, en particulier son droit d’être entendu et de participer pleinement à la procédure qui le concerne. Dans un environnement souvent intimidant et complexe, l’interprète facilite les échanges et réduit les risques de malentendus pouvant découler de barrières linguistiques ou culturelles. Son intervention favorise aussi la fiabilité des témoignages, en permettant à l’enfant de s’exprimer avec précision, sans devoir recourir à des moyens de communication inadaptés.
Au-delà de la traduction linguistique, l’interprète veille à préserver la confidentialité des informations échangées et à respecter une stricte impartialité. Il ne donne ni conseils, ni avis personnels, et ne modifie jamais le contenu des propos de l’enfant ou des autres participants. Son professionnalisme renforce ainsi l’équité de la procédure judiciaire et contribue à instaurer un climat de confiance indispensable lorsque des enfants, souvent vulnérables, sont amenés à raconter des événements parfois traumatisants. En assurant une communication accessible et respectueuse, l’interprète en langue des signes participe pleinement à une justice plus inclusive, où chaque enfant peut faire entendre sa voix dans des conditions équitables. Reconnue officiellement par le gouvernement mauricien depuis 2006, la langue des signes mauricienne s’est développée en tenant compte du contexte multiculturel propre à l’île.
Scandale à caractère pédophile aggravé
L’orthophoniste Ibrahim Sorefan, poursuivi en 2022 sous 13 accusations pour abus sexuels sur de jeunes enfants sourds et muets, est en liberté conditionnelle depuis février 2023. Il avait dû fournir une caution de Rs 35,000 ainsi qu’une reconnaissance de dettes de Rs 250,000, et il n’a pas le droit de quitter le pays. Le scandale à caractère pédophile aggravé qui lui est imputé est la première affaire du genre jugée à la Children’s Court. Ce drame, dénoncé par de nombreux enfants de l’école des sourds ayant employé Ibrahim Sorefan sans suivre les procédures mises en place par les autorités, avait remis en question le système de recrutement du personnel dans les écoles spécialisées.
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La présence d’un interprète qualifié contribue à garantir le respect des droits fondamentaux de l’enfant, en particulier son droit d’être entendu et de participer pleinement à la procédure qui le concerne

