La Nicolière est connue pour sa culture de la canne à sucre et pour être l’un des réservoirs de Maurice approvisionnant en eau le nord de l’île. Villebague, sis à quelques kilomètres, est aussi prisé pour la beauté naturelle des lieux. Ces deux villages sont reliés par l’une des plus belles avenues du pays, bordée de terminalias, des arbres datant de plus de 70 ans. Reste que de sombres tâches ternissent ce reluisant tableau : une dizaine d’arbres sont en proie aux termites. Le Groupe Renaissance du Nord, connu pour son combat en faveur d’un environnement sain, a tiré la sonnette d’alarme. La présence de ces insectes xylophages risque de se propager à tout moment ou compromettre la croissance et la santé de ces terminalias qui pourraient connaître le même triste sort que les majestueux arbres bordant naguère la route principale du village voisin de Petite Julie.
Le village de Villebague, qui compte environ 2,000 habitants, a de quoi faire des envieux. Loin de la capitale grouillant de monde et de ses gratte-ciel, ce lieu a conservé des traces du passé, notamment celle du passage de la colonie française dans le Château de Villebague, où furent construits le premier moulin à sucre et la première distillerie de rhum de l’île Maurice.
Une fois sur place, le dépaysement est assuré, le plongeon dans un autre temps garanti. Le temps semble figé à la période où les propriétés sucrières régissaient la vie du pays ainsi que des habitants. Les champs s’étendent jusqu’au loin, là où se dressent de grands arbres qui bordent les deux côtés de la route. Ces terminalias semblent profiter d’une protection à toute épreuve en évitant, pour l’instant, les attaques des termites arboricoles (Nasutitermes sp). Le constat est beaucoup moins reluisant, une centaine de mètres plus loin, à l’Avenue Scénique, La Nicolière, où de gros nids s’apparentant à des boules noires se sont formés sur une dizaine d’arbres.
Un crève-cœur. Le mot n’est pas trop fort pour décrire le triste sort réservé à ces terminalias dont les branches recouvrent le chemin, faisant penser aux belles avenues européennes. La route figure même dans des publicités touristiques. Comment a-t-on pu en arriver là ? Selon un expert, le fait d’avoir laissé ces arbres à la merci des termites est d’une négligence coupable puisque, normalement, cela prend des années pour arriver à une telle situation. Il souligne que « contrairement à une idée reçue, les termites ne se limitent pas aux bois morts. Ils s’attaquent aussi aux arbres vieux ou malades, en creusant des galeries dans le tronc et les racines. Ce comportement fragilise progressivement l’arbre, qui peut finir par dépérir ou s’effondrer. C’est dans des zones tropicales comme Maurice et La Réunion qu’on trouve ce type de termites arboricoles, connus comme les Nasutitermes sp, qui peuvent provoquer des dégâts importants. Ça semble être le cas à La Nicolière ».
Notre interlocuteur ajoute que « les nids d’insectes peuvent mesurer environ 50 cm de long par 30 de large, alors que les galeries font 2 cm de large. Avec ces ouvertures, l’arbre est aussi attaqué par d’autres éléments, notamment l’eau. » Ni le service des Bois & Forêts ni la division d’entomologie du ministère de l’Agro-industrie, de la sécurité alimentaire, de l’Économie bleue et de la pêche n’est à ce stade intervenu pour sauver ces arbres. On a tenté, en vain, de contacter les officiers de ces deux services.

