À force d’enchaîner les vidéos courtes et de faire défiler sans fin les contenus sur les réseaux sociaux, notre cerveau pourrait-il perdre sa capacité à se concentrer ? Si le « brain rot » n’est pas une maladie reconnue, ce phénomène, largement popularisé sur Internet, inquiète de plus en plus les spécialistes. Fatigue mentale, brouillard cognitif, perte de motivation et difficultés d’attention figurent parmi les effets associés à une consommation excessive de contenus numériques. Le Dr Afzal Curimbacus, neurologue à Life Medical Clinic Forbach, décrypte ce phénomène et livre ses conseils pour préserver la santé cognitive à l’ère des écrans.

Dr Afzal Curimbacus, neurologue à Life Medical Clinic Forbach
Le terme « brain rot » est de plus en plus utilisé sur les réseaux sociaux. Que signifie-t-il réellement d’un point de vue médical ?
Le « brain rot » est un syndrome qui désigne un état de « pauvreté cérébrale », de fatigue mentale et de déclin cognitif lié à la surconsommation de contenus numériques courts, répétitifs et de piètre qualité sur les réseaux sociaux.
Le « brain rot » est-il un véritable problème de santé ou davantage une expression populaire utilisée pour décrire certains comportements numériques ?
Le « brain rot » est une expression populaire, un phénomène lié à certains comportements numériques. Ce n’est pas une maladie reconnue sur le plan médical. En s’habituant à une stimulation facile et excessive, le cerveau a du mal à se concentrer sur des tâches plus complexes et se fatigue facilement.
Observez-vous chez vos patients des difficultés de concentration ou d’attention qui pourraient être liées à une consommation excessive de contenus numériques ?
À Maurice, les patients souffrent plutôt de burnout lié à leur occupation. Chez les Gen Z/Alpha qui abusent de leur temps d’écran (screen time), très souvent, ils souffrent de « brain rot ». Des cas sont rapportés par les parents.
Quel impact les vidéos courtes et le défilement incessant de contenus peuvent-ils avoir sur le cerveau ?
L’impact de ces types de contenus se traduit par des symptômes désagréables tels que des troubles de la concentration, une perte de motivation et un épuisement mental. Le cerveau perd sa capacité à gérer des tâches plus complexes, car son conditionnement le rend dépendant des stimulations visuelles faciles.
Les réseaux sociaux modifient-ils notre capacité à rester concentrés sur une tâche pendant une longue période ?
Les réseaux sociaux en temps réel et la présence permanente d’un smartphone peuvent facilement provoquer un syndrome d’obsession compulsive (TOC) et briser la concentration nécessaire pour compléter une tâche de longue durée.
Existe-t-il des effets à long terme de l’hyperconsommation de contenus numériques sur la mémoire, l’apprentissage ou la réflexion ?
Les effets à long terme incluent une baisse de la concentration avec un déclin de l’attention, ainsi qu’une difficulté à assimiler les nouvelles informations, entraînant un brouillard mental.
Les adolescents et les jeunes adultes sont-ils plus vulnérables aux effets associés au « brain rot » ?
La jeune génération est très orientée IT, écrans et smart devices, et utilise largement Internet, les réseaux sociaux, TikTok ou encore les outils de type IA pour ses loisirs. Ce type d’usage peut facilement causer le brain rot.
Comment distinguer une simple fatigue mentale d’un problème plus sérieux lié à une surstimulation numérique ?
La différence se situe dans l’évolution des symptômes. Une fatigue mentale liée à une cause identifiée, comme la dépression, peut s’améliorer lorsque la cause est traitée. En revanche, dans le cas de la pauvreté cérébrale ou du « brain rot », la fatigue s’améliore principalement après une déconnexion des contenus numériques et des pauses prolongées.
Quels signes peuvent indiquer qu’une personne devrait revoir ses habitudes de consommation de contenus en ligne ?
Les signes incluent une perte d’attention pour les tâches longues, une fatigue mentale ou un brain fog, ainsi qu’une démotivation pour les activités plus stimulantes.
Le cerveau peut-il retrouver ses capacités de concentration après une période de surconsommation d’écrans ?
Le cerveau peut retrouver ses capacités grâce à la restructuration cognitive, notamment par la psychothérapie, ainsi que par des exercices mentaux et de concentration loin des écrans, comme la lecture.
Quel rôle jouent le sommeil, l’activité physique et les interactions sociales dans la préservation des fonctions cognitives ?
Un sommeil adéquat permet de détoxifier le cerveau et de le protéger de la dégénération. L’activité physique et les interactions sociales stimulent les connexions inter-neuronales et améliorent la concentration, tout en contribuant également à réduire le stress.
L’importance de s’ennuyer est souvent évoquée par les spécialistes. Pourquoi notre cerveau a-t-il besoin de moments de vide et que risquons-nous lorsque chaque instant libre est occupé par un écran ?
Le vide crée l’ennui, ce qui permet au cerveau de se reposer et de devenir plus créatif. À l’inverse, chaque instant passé devant un écran crée une accoutumance à la stimulation et favorise la fatigue mentale.
Comment encourager les jeunes à retrouver des activités qui favorisent l’attention et la réflexion, comme la lecture ou les loisirs créatifs ?
Il est important de limiter le screen time des jeunes et de contrôler la durée d’exposition aux réseaux sociaux tels que TikTok, YouTube, Facebook ou aux contenus IA en format short videos. Il est également utile d’organiser des activités éducatives et de développer des clubs de lecture ou d’échecs dans les écoles.
Existe-t-il des habitudes simples à adopter pour réduire les effets négatifs de l’hyperstimulation numérique au quotidien ?
Il est recommandé de faire des pauses d’écran, de limiter l’usage du smartphone aux appels, aux cours ou aux jeux vidéo (sans excès) et de privilégier les sorties dans la nature pendant le week-end ainsi que les activités sportives en groupe.
Si vous deviez donner un conseil aux Mauriciens pour protéger leur concentration et leur santé mentale à l’ère des réseaux sociaux, quel serait-il ?
Il est essentiel de trouver un équilibre entre le monde virtuel et le monde physique, réel. Il est également important d’encourager les Gen Z et Alpha à participer à des activités extrascolaires qui favorisent la concentration et le développement cognitif.

