À l’issue d’une visite officielle en Arabie saoudite, du 11 au 13 octobre, le ministre des Affaires étrangères, Ritesh Ramful, a obtenu l’engagement de Riyad d’envoyer une équipe technique à Maurice pour évaluer la situation hydrique et recommander des solutions adaptées. La coopération envisagée porte notamment sur le dessalement de l’eau de mer, la construction de barrages et le traitement des eaux usées. L’énergie, les investissements, le commerce, la santé et le tourisme ont également figuré au centre des discussions, sur fond de volonté commune de booster les relations bilatérales.
La sécurité hydrique s’impose désormais comme l’un des axes prioritaires du rapprochement entre Maurice et le Royaume d’Arabie saoudite. Confronté à une sécheresse persistante, à des précipitations de plus en plus imprévisibles et à une pression croissante sur ses ressources en eau, le gouvernement mauricien cherche à mobiliser des compétences et des financements étrangers pour augmenter durablement les capacités du pays.
Lors de sa rencontre avec Abdulrahman Abdulmohsen Al-Fadley, ministre saoudien de l’Environnement, de l’Eau et de l’Agriculture, la question de la gestion des ressources hydriques a occupé une place prépondérante. Le responsable saoudien s’est déclaré disposé à dépêcher une équipe technique à Maurice afin d’évaluer la situation sur le terrain et de formuler des recommandations adaptées aux besoins du pays.
L’approche préconisée par Riyad repose sur une gestion intégrée de l’eau, qui ne se limite pas à l’augmentation de la production. Elle englobe également la maîtrise de la demande, l’amélioration de l’utilisation des ressources disponibles ainsi que le recyclage et la réutilisation des eaux usées.
Cette démarche pourrait ouvrir la voie à une collaboration plus approfondie entre les autorités mauriciennes et les spécialistes saoudiens, notamment pour déterminer les solutions les plus appropriées aux contraintes géographiques, climatiques et financières de Maurice.
Le dossier a également été abordé avec Adel bin Ahmed Al-Jubeir, ministre d’État aux Affaires étrangères, membre du Conseil des ministres et envoyé du Royaume pour le climat. À cette occasion, Ritesh Ramful a renouvelé la demande mauricienne d’assistance technique dans le domaine du dessalement et des infrastructures hydrauliques durables.
La partie saoudienne s’est engagée à assurer le suivi de cette requête et a encouragé le ministère mauricien des Finances à entamer des discussions avec le Fonds saoudien pour le développement afin d’évaluer la faisabilité des projets envisagés et les possibilités de soutien financier.
Chagos abordé
Les échanges avec le vice-ministre saoudien des Affaires étrangères, Waleed bin Abdulkarim Al-Khereiji, ont permis d’approfondir plusieurs pistes, notamment l’installation d’une usine permanente de dessalement, la construction de barrages et la mise en place d’infrastructures de traitement et de recyclage des eaux usées. La possibilité de développer une installation intégrée de production d’eau et d’électricité a également été évoquée comme une option susceptible de présenter des avantages économiques.
Maurice souhaite, par ailleurs, accélérer la mise en œuvre du protocole d’accord sur la coopération dans le domaine de l’eau conclu entre les deux pays. La partie saoudienne a indiqué qu’elle chercherait à faire avancer le processus.
Au-delà de l’eau, la sécurité énergétique a constitué un autre volet majeur de la mission. À la demande de Patrick Assirvaden, le chef de la diplomatie mauricienne a réitéré l’intérêt de Maurice pour le développement d’infrastructures liées au gaz naturel liquéfié (GNL) et le renforcement des capacités nationales de production d’électricité.
Les discussions ont notamment porté sur un projet de centrale électrique, d’une capacité indicative de 250 à 500 mégawatts, dans le cadre d’un dispositif envisagé sur dix ans. D’autres options reposant sur des turbines à gaz ont également été examinées.
La participation éventuelle d’entreprises saoudiennes à la satisfaction des besoins énergétiques de long terme de Maurice a été abordée. La partie saoudienne a, de son côté, mis en avant son intérêt croissant pour l’énergie solaire et l’expérience d’ACWA Power dans le développement de projets énergétiques internationaux.
La visite a également permis d’explorer les possibilités d’investissement du Fonds public d’investissement saoudien (Public Investment Fund – PIF), notamment à travers l’établissement éventuel d’une présence régionale à Maurice.
Ritesh Ramful a mis en avant les atouts du pays, en particulier son secteur des services financiers et ses liens stratégiques avec le continent africain au sein de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). L’objectif serait d’améliorer le positionnement de Maurice comme plateforme régionale permettant aux investisseurs saoudiens d’accéder aux marchés africains.
Expo 2030 : Maurice prépare sa participation
Les échanges ont également porté sur l’archipel des Chagos. À cette occasion, Adel bin Ahmed Al-Jubeir a réaffirmé le soutien ferme et constant de l’Arabie saoudite à la position de Maurice sur ce dossier. Les deux parties ont aussi procédé à un échange de vues sur la sécurité régionale, le droit international et la coopération multilatérale, notamment en ce qui concerne le soutien réciproque aux candidatures au sein des organisations internationales.
Les discussions ont également abordé le projet de création d’une Organisation mondiale de l’eau, le soutien saoudien à une solution à deux États pour la question palestinienne et les implications potentielles, pour Maurice, d’un mécanisme de tarification du carbone dans le transport maritime international.
Sur le plan commercial, les discussions ont porté sur l’avancement de l’Accord de partenariat économique global (Comprehensive Economic Partnership Agreement – CEPA) envisagé entre Maurice et l’Arabie saoudite. Cet accord devrait contribuer à intensifier les échanges commerciaux, à faciliter les investissements et à élargir les possibilités de coopération entre les entreprises des deux pays.
La création d’un Conseil d’affaires saoudo-mauricien a également été évoquée. Cette structure pourrait favoriser les contacts directs entre opérateurs économiques, faciliter la conclusion de partenariats commerciaux et encourager de nouvelles initiatives d’investissement.
La préparation de l’Expo 2030 de Riyad a également figuré à l’agenda. Adel bin Ahmed Al-Jubeir, chargé de superviser les préparatifs de cette manifestation et commissaire général du Royaume pour l’Exposition, a souligné l’importance de conclure le contrat de participation dans les délais afin de permettre à Maurice de sécuriser son emplacement.
D’après Ritesh Ramful, la signature de l’accord pourrait intervenir les 3 et 4 novembre 2026, à l’occasion de la prochaine réunion internationale des participants. Maurice a également exprimé sa reconnaissance pour l’assistance financière et technique attendue de l’Arabie saoudite en vue de sa participation. Le nom du commissaire général mauricien sera communiqué ultérieurement.
Le tourisme a constitué un autre domaine d’intérêt commun. La partie saoudienne a encouragé Maurice à intensifier ses démarches sur le marché saoudien afin d’attirer davantage de visiteurs et de développer les échanges touristiques.
Santé et soutien au développement
Dans le domaine de la santé, Ritesh Ramful a indiqué que le gouvernement avait approuvé un protocole d’accord sur la coopération sanitaire, qui sera transmis aux autorités saoudiennes en temps voulu. Il a également exprimé la reconnaissance de Maurice pour le soutien de longue date apporté par le Fonds saoudien pour le développement à différents projets nationaux, notamment dans les infrastructures sportives, les services de santé et le projet d’hôpital spécialisé dans le traitement du cancer. Il a, par ailleurs, salué l’appui du Royaume dans le cadre de l’ouverture de l’ambassade d’Arabie saoudite à Maurice.

