Des changements introduits dès cette année
Après une semaine de critiques, suivant la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, sur l’Extended Programme, la vice-Première ministre et ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun, a tenté de mettre les points sur les « i ». Tout en défendant son programme, elle a indiqué qu’un nouveau système d’évaluation sera introduit l’année prochaine, alors que jusqu’ici, le National Certificate of Education (NCE) était le passage obligé. Dès cette année, des changements seront apportés, a-t-elle indiqué.
Les élèves admis dans la filière de l’Extended Programme (EP) n’auront pas à prendre part au même examen que leurs camarades du Mainstream à l’avenir. C’est ce qu’a confirmé la VPM et ministre de l’Éducation, hier, après y avoir brièvement fait référence à l’Assemblée nationale, la semaine dernière. Elle intervenait ainsi en conférence de presse, pour répondre aux nombreuses critiques du fait qu’il n’y a eu que 3,6% de réussite aux examens du NCE 2022, parmi les candidats de l’EP.
Est-ce un aveu d’échec ? Pas du tout. Car aux dires de la VPM et ministre de tutelle, l’efficacité de l’EP est évaluée constamment depuis sa mise en application, et un comité de suivi propose des solutions pour l’améliorer. L’élaboration d’un nouveau système d’évaluation est le fruit du travail de ce comité et s’inscrit dans un souci de transparence. « Nous avons eu le courage d’évaluer notre propre programme. Le rapport de la Banque mondiale dont on parle fait partie de ce processus. Nous voulons la transparence, contrairement au Prevoc qui était un programme opaque puisqu’il n’a jamais été évalué », déclare-t-elle.
Alors qu’elle accuse l’opposition de faire de la politique sur le dos des enfants, et la presse de casser la motivation des étudiants et des enseignants, force est de constater que tous vont dans la même direction que la ministre. Soit, que le NCE, un examen destiné aux élèves de la filière régulière, n’était pas fait pour des enfants en grandes difficultés d’apprentissage et qui ont déjà échoué dans ce système à travers le Primary School Achievement Certificate (PSAC).
Car ce n’est pas le fait de garder les enfants à l’école pendant neuf ans qui était contesté, mais celui de leur imposer un système dans lequel ils font face à des difficultés à s’adapter. La VPM indique que la nouvelle évaluation sera plus « pratique » et des changements seront introduits petit à petit, dès cette année. Ce qui constitue déjà un progrès, avouons-le, car jusqu’ici, elle campait sur sa position intransigeante, même si elle laisse croire n’avoir « pas attendu les résultats pour agir ».
Leela Devi Dookun-Luchoomun est revenue sur la nécessité de reconstruire l’estime de soi des apprenants et a mis l’accent sur l’éducation holistique. Dans ce contexte, il serait aussi important de revoir d’autres aspects du programme, outre le système d’évaluation. À titre d’exemple, va-t-on toujours demander aux élèves de choisir entre Art et PE en grade 9 ? Comment s’assurer également, que ceux qui quittent le grade 9+, trouvent une place dans un centre technique ? Selon les chiffres de la ministre elle-même, 487 jeunes de la filière de l’EP ont été admis dans des centres du MITD.
À ce sujet, la VPM et ministre de l’Éducation, s’appuyant « sur des recherches internationales », est d’avis qu’il est trop tôt à 10 ans, soit directement après l’école primaire, de s’embarquer dans la formation technique. Il faut, dit-elle, avoir le bagage et la maturité nécessaire, comme cela se fait en Finlande ou au Singapour.
Soit dit en passant, la presse – du moins c’est le cas à Le Mauricien – ne se lance pas dans des critiques gratuites, mais fait écho des inquiétudes des éducateurs eux-mêmes, qui attirent l’attention sur le fait que les enfants sont en grande détresse. Ce n’est pas l’évêque du diocèse de Port-Louis,le cardinal Maurice E. Piat, qui contredira la position adoptée par la presse. Si la VPM a enfin réalisé que le NCE n’était pas adapté aux élèves de l’EP, alors, un premier pas dans la bonne direction pour les enfants de la république.

