L’évêque de Port-Louis : « Je demanderai à la Commission Justice et Paix et la Commission pour la Cause Créole de reprendre cette question de discrimination dans le mode du travail »
Sur le plan strictement religieux : 82 adultes baptisés, dont un ressortissant français résidant à Maurice, font leur confirmation pour la Pentecôte
L’évêque de Port-Louis, Mgr Jean-Michaël Durhône, dans son style bon enfant très terre-à-terre, n’y est pas allé de main morte par rapport aux fléaux sociaux minant la société mauricienne. Que ce soit la présence mortifère des drogues synthétiques dans les différentes sphères de la vie, en particulier chez les jeunes, à la montée de l’agressivité gratuite sur la voie publique, sans compter la prolifération de la violence domestique aussi bien que la discrimination envers les créoles dans le monde du travail, rien n’a été laissé sur la touche par le prélat de l’Église catholique lors des célébrations pour la Pentecôte sur le terrain du collège Saint Mary’s, Rose-Hill, où s’étaient donné rendez-vous les fidèles, non seulement de Maurice, mais aussi ceux de l’archipel des Chagos, de Rodrigues et d’Agalega. En une tournure de phrase quasi anodine : « Ki kapa fer ? Nanye pa popu sanze ! » il s’est permis de provoquer un sursaut au plus profond de chacun, mettant en garde comme l’avait fait le pape Léon XIV « contre une émotion momentanée devant de tels drames humains, qui après quelque temps deviennent une situation normalisée. » Pour la dimension strictement spirituelle d’hier, 82 adultes, dont un ressortissant français résidant à Maurice, et plusieurs ressortissants malgaches, ont fait leur confirmation à l’occasion de la Pentecôte et l’évêque de Port-Louis a procédé à l’envoi en mission de l’équipe synodale, menée par le Père Jean-Claude Véder, dans un Marcher Ensemble de l’Église universelle.
À peine avait-il esquissé les premiers contours de la célébration religieuse, Mgr Durhône est entré dans le vif du sujet, en l’occurrence les inégalités dans la société, mais surtout les blocages dont souffre tout un chacun face à cet état de choses, à l’image des « portes verrouillées » mentionnées dans le texte du jour. « Nous avons quelquefois la porte de notre cœur qui refuse la nouveauté ou la créativité. Dans son texte « Je t’ai aimé », le pape Léon XIV, nous interpellait sur une vision de l’existence axée sur l’accumulation des richesses et la réussite sociale à tout prix, y compris au détriment des autres et en profitant des systèmes politico-économiques injustes qui favorisent les plus forts. Cette indifférence peut nous gagner à Maurice quand nous pouvons nous habituer aux situations de violence dans le couple, les familles, à l’école, au travail (discrimination…) ou sur la route, la drogue qui font du mal à la jeunesse, aux parents…nLe Pape Léon XIV nous met en garde contre une émotion momentanée devant de tels drames humains, qui après quelque temps deviennent une situation normalisée », exhortera-t-il.
Poursuivant, Mgr Durhône interpellera l’assistance sur les risques que « comme les disciples, nous pouvons rester dans la peur ou un découragement grandissant… Ki kapav fer ? Nanye pa pou sanze… Le don de l’Esprit Saint vient remettre en cause notre tentation du « bouz fix…kifer bizin sanze… » Il ajoutera que « l’évangile proclamé relie le don de l’Esprit Saint au pardon des péchés. Ainsi, nous sommes invités par le Pape François dans La joie de l’Évangile de sortir de ce péché du « nous avons toujours fait ainsi, qui peut être un refus d’accueillir d’autres personnes pour la mission en paroisse. »
Après cette parenthèse évangélique, Mgr Durhône reviendra à la charge sur les réalités du jour à Maurice. « Dans l’Église à Maurice, il nous faudra discerner comment répondre aux défis sociaux tels que le problème de la drogue dans la société et dans les établissements scolaires. Il s’agit aussi de faire entendre la voix de ces parents dont les enfants sont dans l’enfer de la drogue ou de l’alcool. Dans ces situations de désespoir et d’incertitude, l’Église veut rendre compte de l’espérance qui l’anime en s’engageant dans la prévention et la sensibilisation des jeunes. Il s’agit aussi de soutenir les parents dont les enfants sont esclaves de ces fléaux », affirme-t-il en révélant que dans les prisons, presque un détenu sur deux dans la fourchette d’âge de 18 à 35 ans a eu des problèmes à l’addiction aux drogues.
Dans la mouvance de l’Église à-venir, l’évêque de Port-Louis balisera d’autres enjeux aussi cruciaux pour la société mauricienne. « L’Église à venir continuera de prendre en compte les défis sociaux tels que l’écologie, les discriminations dans le monde du travail où les créoles ressentent une forme d’injustice ou manque de méritocratie. C’est pourquoi je demanderai à la Commission Justice et Paix et la Commission pour la Cause Créole de reprendre cette question de discrimination et voir les actions que le Diocèse pourra entreprendre en collaboration avec l’État pour favoriser une paix sociale fondée sur la justice. »
Au début de son homélie, Mgr Durhône a mis l’accent sur le fait que la Pentecôte est une occasion de renouveler l’Église, à travers le don de l’Esprit. « Nous rendons grâce au Seigneur pour la force délicate de l’Esprit Saint qui transforme nos vies. » Dressant un parallèle avec l’Évangile du jour, où les apôtres, après avoir reçu l’Esprit Saint, parlaient différentes langues, il se réjouit qu’à Maurice, la Parole Bonne Nouvelle puisse être proclamée en kreol morisien, français, anglais, mandarin et tamoul, notamment, en ajoutant qu’à travers la Pastorale des migrants, des messes sont célébrées dans le diocèse de Port-Louis en malayalam (Kerala), en malgache, en anglais, en tatalog (Philippines), en Swahili….
Revenant au plan religieux, l’évêque de Port-Louis a mis l’accent sur le rapport synodal à l’issue de la 16 e assemblée synodale sur la synodalité du 28 octobre 2023, qui prône une Église ouverte à tous et proche d’un monde blessé. De même, il a fait ressortir que pour marcher ensemble, il ne suffit pas de s’écouter, mais aussi se parler. « Le dialogue permet de se dire et de partager sa réflexion sur sa vie, la vie de l’Église et la vie en société. » Il a également mis l’accent sur le dialogue synodal, qui met en lumière les blessures. « Une telle démarche est réparatrice parce qu’elle permet à la vérité d’émerger, parce qu’elle éclaire le passé et l’espérance dans l’avenir, et parce qu’elle crée une communion dans le présent. Une spiritualité synodale est liée au discernement. En vivant une spiritualité de l’écoute et du dialogue, nous sommes appelés à nous ouvrir à l’Esprit Saint. »
Dans ce contexte, le diocèse de Port-Louis a nommé une équipe synodale, constituée de prêtres et de laïcs. Cette équipe, qui est reconnue par Rome, aura comme responsabilité d’écouter, de discerner et de proposer de nouveaux chemins pastoraux. « Pour approfondir cette manière de vivre le marcher ensemble, un itinéraire ou un cheminement proposé par une équipe aura lieu après août dans les paroisses pour nous initier à vivre la spiritualité synodale du marcher ensemble. Notre diocèse aura la joie d’accueillir en juillet Sr Nathalie Becquart, membre du Secrétariat du Synode à Rome. Elle animera la retraite du clergé et rencontrera plusieurs instances à Maurice et Rodrigues », a-t-il annoncé.

