- Des habitants dénoncent près de vingt ans d’excavations, de poussière, de nuisances et d’inaction malgré des dizaines de plaintes officielles
À Calodyne et Grand-Gaube, le sentiment d’épuisement et d’inquiétude gagne de plus en plus d’habitants. Derrière ce que des opérateurs présentent officiellement comme de simples travaux de construction de murs de clôture (Boundary Walls), de nombreux riverains affirment assister depuis des années à une exploitation systématique de roches à ciel ouvert, avec des collines progressivement grignotées puis parfois totalement détruites.
La publication dans Week-End de l’article « Bras de fer entre un propriétaire et l’Environnement à Calodyne » a ravivé une profonde frustration chez des habitants de la région. Certains assurent vivre depuis près de vingt ans au rythme des excavateurs, des camions et des explosions de poussière qui auraient transformé le paysage de manière irréversible.
Des collines rocheuses emblématiques de la région, parfois hautes de plusieurs dizaines de mètres, auraient disparu progressivement au fil des années dans une relative discrétion. « Ce qui choque surtout les habitants, c’est l’impression que le phénomène recommence sans cesse », explique un riverain. Selon plusieurs témoignages concordants, l’exploitation de sites stoppée après des plaintes ou des interventions officielles reprend quelques semaines ou mois plus tard, parfois à quelques dizaines de mètres seulement du site initialement dénoncé.
Des habitants affirment avoir multiplié les démarches auprès des autorités depuis plus de quinze ans : police, Environment Police, District Council, ministère de l’Environnement, CEB, CWA ou encore Mauritius Telecom. Des copies d’anciennes plaintes datant parfois de plusieurs années auraient même récemment été remises une nouvelle fois aux autorités concernées afin de démontrer que les dénonciations ne datent pas d’hier.
Sur le terrain, les conséquences évoquées par les riverains dépassent largement la seule question paysagère. Les habitants parlent d’une poussière permanente, de nuisances sonores quotidiennes provoquées par les « JCB » et les poids lourds, de routes dégradées ainsi que de dommages réguliers causés aux infrastructures publiques.
Mais l’une des préoccupations majeures concerne surtout des excavations à proximité de pylônes de haute tension de la CEB. Des habitants estiment que la destruction progressive des reliefs rocheux autour de ces installations pourrait à terme soulever des questions de sécurité importantes.
La question environnementale revient également avec insistance dans les témoignages recueillis. Depuis des décennies, des habitants disent observer régulièrement des pailles-en-queue évoluer autour de ces formations rocheuses et utiliser certaines cavités naturelles comme refuges et zones de nidification.
Or, selon des habitants, des ONG, des spécialistes et des autorités compétentes avaient déjà confirmé par le passé la présence de zones de nidification sur certains de ces sites. D’où leur incompréhension après de récentes visites officielles où il aurait cette fois été affirmé qu’il ne s’agissait pas de Nesting Grounds.
Cette contradiction alimente aujourd’hui un profond malaise parmi les riverains, qui dénoncent l’absence d’un suivi institutionnel sur le long terme. Beaucoup ont le sentiment que chaque nouveau signalement est traité comme un dossier isolé, sans réelle continuité malgré l’accumulation des plaintes au fil des années.
Des habitants évoquent même un climat de peur. Selon plusieurs témoignages, des personnes ayant dénoncé ces activités auraient subi des pressions ou des intimidations dans le passé, ce qui aurait découragé d’autres riverains de s’exprimer publiquement.
Si les habitants reconnaissent les récentes interventions du ministère de l’Environnement et l’arrêt imposé sur certains travaux, beaucoup restent néanmoins sceptiques. Après près de deux décennies de recommencements successifs malgré les signalements et visites officielles, nombreux sont ceux qui craignent que la situation ne reprenne une nouvelle fois une fois l’attention médiatique retombée.
Pour les riverains, la question dépasse désormais largement un simple conflit de voisinage ou un problème ponctuel de permis. Ils estiment que c’est tout un équilibre environnemental et humain qui est progressivement menacé dans cette partie du Nord.

