Le ministre du Travail hausse le ton après les conclusions de l’Equal Opportunities Commission, qui estime que deux anciennes employées ont présenté suffisamment d’éléments laissant présumer une discrimination religieuse liée au port du hijab
Le ministre du Travail, Reza Uteem, a indiqué à l’Assemblée nationale qu’il pourrait recommander la révocation de la licence d’opération d’ENSafrica Mauritius si aucune issue satisfaisante n’est trouvée dans l’affaire opposant le cabinet juridique à deux anciennes employées licenciées après avoir choisi de porter le hijab sur leur lieu de travail.
Répondant à une question parlementaire du député Khushal Lobine, il a rappelé que l’Equal Opportunities Commission (EOC) avait conclu à l’existence d’éléments suffisants permettant de présumer une discrimination fondée sur la religion.
L’affaire concerne Nadrah Binte Diouman-Ameer et Mushirah Hanna Humeirah Aubdoollah, qui soutiennent avoir été sanctionnées puis licenciées après avoir commencé à porter le voile islamique au bureau. Saisie du dossier, l’EOC a examiné les justifications avancées par l’employeur, lequel invoquait une politique de neutralité et un environnement professionnel à caractère laïque.
Aucune preuve convaincante de prohibition du hijab
Toutefois, dans son rapport daté du 8 mai 2026, la Commission estime qu’aucune preuve convaincante n’a été produite démontrant l’existence d’une règle formelle interdisant le port du hijab. Elle souligne également qu’aucune exigence claire en ce sens n’aurait été communiquée aux deux employées.
La Commission relève par ailleurs que le principe de « secular character » invoqué par le cabinet ne figurait pas dans le manuel destiné aux employés. Celui-ci abordait essentiellement des questions de présentation professionnelle et de tenue correcte, sans référence explicite à une interdiction des symboles ou vêtements religieux.
Autre faiblesse relevée dans le dossier : l’absence de contrat d’emploi signé par les deux plaignantes. Pour l’EOC, cette situation fragilise davantage l’argument selon lequel elles auraient été soumises à une obligation contractuelle les empêchant de porter le hijab.
Le rapport note également que certaines remarques et attitudes dénoncées par les plaignantes relativement à leur pratique religieuse n’ont pas été suffisamment contestées ou expliquées par les représentants du cabinet.
Les droits fondamentaux au cœur du dossier
L’un des aspects les plus significatifs des conclusions de l’EOC concerne la portée des droits constitutionnels dans le monde du travail.
La Commission rappelle qu’aucune politique interne d’entreprise ne peut échapper au respect des droits fondamentaux protégés par les articles 11 et 16 de la Constitution ainsi que par l’Equal Opportunities Act. En d’autres termes, un code vestimentaire ou une politique de neutralité ne peut être appliqué que s’il repose sur des critères objectifs, proportionnés et compatibles avec les libertés individuelles garanties par la loi.
Cette interprétation dépasse largement le seul cas d’ENSafrica Mauritius et constitue un rappel important pour les employeurs confrontés aux questions liées à l’expression religieuse sur le lieu de travail.
Un délai de 45 jours pour trouver un accord
Le ministre a également rappelé que l’Employment Relations Tribunal (ERT) s’était déjà prononcé sur le dossier en concluant au caractère injustifié du licenciement des deux employées. Le tribunal n’avait cependant pas ordonné leur réintégration.
À la suite de ses conclusions, l’EOC a accordé aux parties un délai de 45 jours afin de tenter de parvenir à un règlement à l’amiable. Si aucune entente n’intervient, l’affaire pourra être renvoyée devant l’Equal Opportunities Tribunal ou toute autre juridiction compétente.
Lors de son intervention au Parlement, Reza Uteem a aussi insisté sur la nécessité pour les entreprises de se doter de politiques écrites claires en matière de non-discrimination et de code vestimentaire afin d’éviter des situations similaires.
Il a enfin rappelé les amendements proposés à la Workers’ Rights Act destinés à renforcer la protection des salariés contre les discriminations liées notamment à l’apparence et aux convictions religieuses.
Dans ce contexte, le ministre a adressé un avertissement ferme à ENSafrica Mauritius. Si aucune solution n’est trouvée dans le délai imparti et que les conclusions de discrimination se confirment devant les instances compétentes, il envisagera de saisir le bureau de l’Attorney General afin de recommander le retrait de la licence d’opération du cabinet.
Pratiques discriminatoires présumées chez ENSafrica Mauritius : Reza Uteem envisage de recommander la révocation de la licence du cabinet
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