RÉFORME DE LA PENSION : Revendiquer c’est bienfaisant, responsabiliser c’est la postérité

Des centaines de Mauriciens ont, à la demande des syndicats, défilé dans les rues de Port-Louis le samedi 11 juillet pour protester contre la réforme de la pension universelle proposée par le gouvernement dans son dernier budget. Des politiciens, à la recherche de candeur, se sont joints à la marche pour faire entendre leurs voix, sans autant proposer des solutions alternatives afin d’alléger les finances publiques.

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Nous avons tous pris connaissance de l’impact du budget de la pension de retraite sur les finances et par ricochet sur l’économie du pays, et ses implications sur l’État Providence, et les investissements à venir, au cas où des mesures rectificatives ne soient prises maintenant.

Aucun individu responsable, que ce soit les politiciens, les syndicalistes ou les citoyens éclairés, ne peuvent prétendre ‘ pa ti kone’, la situation financière difficile dans lequel le pays se trouve actuellement et qui empirerait davantage dans les années à venir au cas où rien n’est fait pour y remédier. Chercher les boucs émissaires n’avancerait rien.

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La BRP – qui représentait 3.0% du PIB en 2016 – est passée à 6.1% en 2021 et serait à 7.8% en 2026. Le nombre des bénéficiaires s’est accru de 38% pour atteindre 257600 bénéficiaires en 2024. Selon les chiffres avancés, la pension représenterait 24.5% des dépenses courantes de l’État, soit environ Rs. 66.0 milliards en 2026/2027.

D’ailleurs, deux emprunts, totalisant 4.9 millions de dollars américains, furent avancés au pays par le FMI dans les années 2000 pour la refonte de notre système de pension universelle. Malheureusement aucune suite n’a été donnée à cette recommandation.
Les animateurs de cette revendication de rue sont autant conscients que le maintien de l’État Providence, en particulier le système de la pension universelle dans sa forme actuelle, est insoutenable.

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Contrairement à l’agitation, ne faudrait-il pas mieux responsabiliser les Mauriciens, et surtout les jeunes quant à leur prévoyance sécuritaire afin de mieux préparer leur retraite au lieu de dépendre exclusivement de l’État.

Nous profitons tous de services de santé et de l’éducation gratuite. Ces gratuités s’étendent aussi au transport des étudiants et personnes de 3e âge. L’État subventionne aussi les produits de consommation de base.

Les personnes vulnérables, qui sont sur le Social Register, bénéficient déjà des allocations de l’État. Toutes ces dépenses sont financées par des prélèvements, que nous acquittons à ce dernier, que ce soit à travers des taxes directes ou indirectes. L’Ile Maurice n’a comme ressources que ses femmes et ses hommes et ses territoires marins et de rien d’autre.

Les données démographiques, avec le vieillissement de la population, ont évolué et la pension non-contributive, dans sa forme actuelle, serait intolérable dans quelques années.
Il est dommage que les gouvernements successifs aient promis, dans leurs programmes de campagne électorale et accordé ensuite des augmentations agréables à tous nos aînés sans avoir recours au means test, et ceci dans le but d’influencer les résultats des urnes lors des quatre dernières élections générales, malgré les observations de prudence soumises par le FMI.

Le réveil lors de la présentation du budget 2025/26 était douloureux, alors que celle de 2026/27 a été plus pénible.

Au cas où le statu quo est maintenu, nous ne devrions pas être stupéfiés que, non seulement la pension de retraite est compromise mais l’Etat-Providence dans son ensemble est menacé.

Possiblement, la pédagogie derrière la prise de décision et de communication du dernier exercice budgétaire a été déficient, mais le problème reste réel. Il nous faudrait un changement de paradigme sur cette question de refonte de pension; au cas contraire la pilule sera très dure pour nos enfants, nos petits-enfants et arrière-petits-enfants.

Nous avons connu des moments très difficiles dans le passé, surtout dans les années post-indépendance, avec une dévaluation de 40% de notre roupie, le taux de chômage à deux chiffres, du travail précaire ‘Quatre Jours À Paris’ et l’exode des cerveaux. Le gouvernement – à travers des décisions courageuses, et soutenu par l’intelligentsia patriote et les sacrifices de la population – est parvenu à surmonter ces difficultés et rendre le pays prospère.

Prenant la parole, lors de la cérémonie d’ouverture de la campagne sucrière 2026 à Camp-Diable le 19 juin, le Premier ministre faisait ressortir que nous devrons être réalistes et prendre des mesures extrêmes « pou nou, pou ou et pou zenerasion fitir ». Il a ajouté la semaine dernière que « notre objectif est plutôt de préserver le système afin de garantir que toutes les personnes âgées puissent bénéficier d’une pension à l’avenir et que les générations futures ne soient pas accablées par un système de pension devenu insoutenable ».

Que les leaders d’opinion nous disent franchement, et sans démagogie, que ‘personne ne nous doit rien’ et que c’est seulement par nos efforts collectifs, et dans la discipline que nous parviendrons à éviter les écueils économiques qu’ont connus la Grèce en 2009 et le Sri Lanka en 2022. Les conséquences pour ces pays furent très pénibles, pendant et après la crise : baisse de salaires, hausse d’impôts et de TVA, réductions aux budgets de l’éducation et de santé, pénurie de devises et exode de cerveaux, entre autres.

Souhaitons que le bon sens et la lucidité prévalent dans cette conjoncture ardue de notre patrie !

Jay K. Hurry
Civique

 

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