La question est revenue sur le tapis au Parlement en avril : le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, a réitéré l’urgence de l’introduction d’un Regressive Mark-Up System pour lutter contre la cherté des médicaments. Face à cette suggestion, des pharmaciens se sont regroupés, mettant en garde le gouvernement contre l’écroulement du secteur si un tel système était adopté. Pour eux, ce sont entre 1 000 et 1 500 emplois qui seraient alors menacés dans un secteur qui, selon leurs dires, était déjà dans le rouge depuis l’introduction du salaire minimum et les hausses des prix des carburants, entre autres.
Qu’en est-il vraiment ?
Le président de la Consumer Advocacy Platform (CAP), Mosadeq Sahebdin, adopte une position contraire, martelant que le Regressive Mark-Up permettrait de baisser les prix des médicaments les plus chers. Pour lui, « la flambée des prix des médicaments a démontré que l’industrie pharmaceutique est là pour récolter des profits autant que possible ».
Le président de l’Association pour la Protection de l’Environnement et des Consommateurs (APEC), Suttyhudeo Tengur, remet en question la position des pharmaciens.
« Si avec une marge de profit de 21,6%, ils viennent déclarer que leurs profits se situent dans la fourchette de 1 à 5%, il y a un problème de gestion quelque part dans ces boîtes. Si seulement faisait-on un relevé du nombre de pharmacies, qui poussent comme des champignons après l’orage de la pandémie, vous me diriez le contraire », argue-t-il. Avant de se demander pourquoi ces pharmacies existent toujours « si elles prétendent faire des pertes ».
Pour sa part, Arshad Saroar, pharmacien, se range du côté de ses confrères, soutenant que la Competition Commission (CCM) et l’OMS ont mis en garde contre le Regressive Mark-Up. « Sans une étude, on ne peut appliquer le Regressive Mark-Up. L’OMS ne le conseille pas si dans un pays le Pricing Mechanism fonctionne correctement. Une telle démarche pourrait causer l’écroulement du secteur. »
« Les Corporate pharmacies n’auront jamais de problème, car elles sont à la fois importateurs et revendeurs. Ce sont surtout les petites pharmacies qui risqueraient de fermer. Or, ce sont ces pharmacies qui donnent plus de conseils et de service à la communauté. » Comment trouver la l’équilibre entre dans ces divergences ? Suttyhudeo Tengur a peut-être raison : il faut une étude sérieuse pour trier le bon grain de l’ivraie dans ce secteur.
MOSADEQ SAHEBDIN (CAP) : « Urgent d’éliminer la représentation exclusive »
Des pharmaciens s’élèvent contre une éventuelle imposition d’un Regressive Mark-Up par le ministère de la Santé. Le leader de l’opposition avait émis cette idée au Parlement il y a quelque temps en vue de lutter contre la cherté des médicaments. Votre point de vue…
Nous soutenons le Regressive Mark-Up qui permettra de baisser les prix des médicaments les plus chers. Car plus le prix est élevé, moins importante sera la marge de profit. Il vise ainsi à maintenir l’accès, pour les consommateurs, aux médicaments dont les prix actuels sont prohibitifs. Prenons l’exemple de l’inhalateur Foracort. Ce produit indispensable aux asthmatiques a subi en deux ans une hausse de 48%, passant de Rs 412 à Rs 613. Avec le système actuel de Mark-Up, les pharmaciens ont aussi bénéficié d’une hausse de 48% de leur profit sur ce produit. Idem pour le Nuelin dont le prix est passé de Rs 435 la boîte de 100 comprimés à Rs 569. L’argument des pharmaciens que la vente aurait chuté à cause du prix élevé ne tient pas la route. Car le patient qui est sur ce type de traitement ne peut s’en passer.
Des pharmaciens font pourtant voir qu’en déduisant les salaires, la location de leur local, etc., il ne leur reste que 5% de profits et que l’application du Regressive Mark-Up signerait l’arrêt de mort du secteur…
La flambée des prix des médicaments a montré que l’industrie pharmaceutique est là pour récolter des profits autant que possible. Il ne faut pas détacher la vente des médicaments en pharmacie de ce qui s’est passé concernant le Molnupiravir ou les ventilateurs défectueux vendus à l’Etat. Il a été démontré que l’industrie pharmaceutique est l’industrie la plus corrompue au monde.
Sans accuser les importateurs et autres pharmaciens de corruption, il faut dire qu’ils ont aussi profité de l’exploitation des patients par les fabricants. Pourquoi ce n’est que maintenant qu’ils trouvent que leurs profits ne sont que de 5% ? Il n’est certainement pas juste de demander à un commerçant de travailler avec une marge de 5%. Ils oublient de dire que le taux de profit avait été décidé en prenant en compte tous les éléments dont ils parlent.
Au-delà de l’efficacité ou pas du Regressive Mark-Up, comment trouver un juste milieu pour que la population aussi ne soit pas plus écorchée que cela avec des prix exorbitants et pour que les pharmaciens y trouvent leur compte aussi ?
La consultante engagée par le ministère des Affaires étrangères pour recommander le régime d’importation le plus approprié pour Maurice, la Dr Anna Maria Pacon, avait recommandé l’épuisement international, mettant fin, entre autres, à la représentation exclusive. Elle recommande ainsi l’importation parallèle.
L’importation parallèle ne concerne pas que les médicaments. Elle permet de combattre la vie chère. Si elle est adoptée sur le marché du médicament, comme recommandée par la Commission de la Concurrence et l’OMS, elle permettra aux consommateurs d’avoir accès à des médicaments de marque, à des prix compétitifs et de qualité égale. Il est donc urgent, dans le contexte économique particulier, de changer de régime d’importation pour adopter l’épuisement international, éliminer la représentation exclusive et encourager l’importation parallèle.
Si les prix des médicaments continuent à monter en flèche, le public ne se tournera-t-il pas vers les hôpitaux pour avoir leurs médicaments ?
Les patients souffrant de maladies chroniques telles que l’asthme ou le diabète ne pourront pas se tourner vers les hôpitaux, à cause de l’insuffisance de certains médicaments à contrôler ces conditions. Ils seront contraints de réduire leur dose au risque d’une détérioration de leur condition. On l’a vu récemment avec la non-disponibilité, dans les hôpitaux, de certains médicaments pris par les malades souffrant de problèmes cardio-vasculaires, dont le Clopidogrel. Ces patients ont été obligés de se tourner vers le privé. Combien ont pu se procurer ce médicament alternatif vendu à Rs 500 la dose mensuelle ? Ou ont-ils été contraints de réduire leur dose ?
Le ministère de la Santé et la MRA ont mis sur pied une plateforme en ligne pour mieux contrôler la vente de médicaments en pharmacie. Désormais, toutes les transactions en lien avec la liste des Controlled Drugs sous la Dangerous Drugs Act 2000 devront être soumises par les importateurs, distributeurs et pharmaciens. Comment accueillez-vous cette mesure ?
Cette recommandation va dans le sens du contrôle de la vente abusive de médicaments connus comme les Controlled Drugs. Il s’agit d’une mesure appropriée que ne devraient pas contester les pharmaciens s’ils sont en faveur d’une réduction de la consommation de la drogue dure à Maurice. En tant que professionnels de santé, ils devraient savoir que la drogue tue, indépendamment de la classe sociale, la religion ou du genre. Demain ce sera peut-être dans notre famille, Dieu nous en garde.
Ce qui dérange principalement les pharmaciens, c’est que la MRA n’est pas censée, d’après la loi, vérifier les prescriptions des patients. Qu’en pensez-vous ?
S’il y a cette perception d’une confusion de rôles, elle peut être corrigée par le dialogue. Nous sommes d’accord sur la nécessité de préserver la confidentialité des patients.
En conclusion…
Face à la flambée des prix, le Regressive Mark-Up maintiendra l’accès à des médicaments souvent indispensables pour les patients souffrant de conditions chroniques. La situation de crise actuelle, dont on ne sait pas combien de temps elle va durer, requiert la coopération de tous les acteurs économiques. La CAP soutient qu’on ne peut tout mettre sur le dos du Covid ou de la guerre. Avec la crise économique, on a vu l’apparition de toute une panoplie de profiteurs et d’exploiteurs. Les pharmaciens ne doivent pas voir dans cette mesure qui vise à protéger les consommateurs une punition.
Ceux qui travaillent honnêtement ont le devoir, voire l’obligation, de dénoncer les fraudeurs qui profitent de la situation. Sont-ils au courant des cas de surfacturation de médicaments pour gonfler les prix artificiellement ? Je lance un appel aux pharmaciens de ne pas faire l’autruche : vous êtes aussi des consommateurs.
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SUTTYHUDEO TENGUR (APEC) :
« Une étude sérieuse pour trier le bon grain de l’ivraie »
Des pharmaciens s’élèvent contre une éventuelle imposition d’un Regressive Mark-Up par le ministère de la Santé. Votre point de vue…
Depuis des années, les pharmacies ont évolué dans un système où il n’y avait aucun contrôle de prix ni de qualité. Avec le Covid-19, la situation a changé et les prix des médicaments ont monté en flèche. Maintenant, on vient avec une proposition de Regressive Mark-Up. N’étant pas spécialiste dans ce secteur, j’estime que ce système devrait s’appliquer aux médicaments non-génériques qui se vendent à un prix bien plus élevé. Mais pour mettre un tel système en place, il faut bien voir tous les aspects, de l’importation à la distribution au détail pour éviter des mauvaises surprises.
La marge de profit des pharmacies est de 21,6%. Certains pharmaciens font voir qu’en déduisant les salaires, la location de leur local, etc., il ne leur reste que 5% de profit et que l’application du regressive mark-up signerait l’arrêt de mort du secteur…
Avez-vous déjà vu un commerçant déclarer qu’il fait des profits publiquement ? Ils se plaignent tellement qu’on risque de les croire. C’est également le cas pour les propriétaires des pharmacies et les pharmaciens. Si avec une marge de profit de 21,6%, ils viennent déclarer que leurs profits se situent dans la fourchette de 1-5%, il y a un problème de gestion quelque part dans ces boîtes. Cet argument ne tient pas la route.
Si seulement faisait-on un relevé du nombre de pharmacies qui poussent comme des champignons après l’orage de la pandémie, vous me diriez le contraire. Imaginez que, sur une distance de pas plus de quatre kilomètres, il y a au moins une douzaine de pharmacies qui opèrent quotidiennement. Et même si ces pharmacies prétendent faire des pertes, elles sont toujours en existence, pourquoi ? Pour servir le peuple ou pour grossir leurs poches davantage ? Il ne faut pas prendre la population pour une bande d’idiots que l’on peut mener par le bout du nez !
Au-delà de l’efficacité ou pas du Regressive Mark-Up, comment trouver un juste milieu pour que les pharmaciens y trouvent leur compte et que la population aussi ne soit pas plus écorchée que cela avec des prix exorbitants ? Quelles solutions proposeriez-vous ?
Les deux grands prétextes pour justifier toute augmentation pour tous les commerces sont la hausse du fret maritime et la dépréciation de notre roupie. Je ne conteste pas ces deux faits. Mais, toutes proportions gardées, il faut savoir la réalité et l’impact de ces hausses. Les autorités, notamment le ministère du Commerce et le ministère de la Santé, doivent conjointement mener une étude sérieuse pour trier bon grain de l’ivraie. Il est important que la population soit mise au courant des réalités sur la cherté de la vie, et surtout celle des médicaments. Et cela dans les meilleurs délais car plus le temps court, plus la population sera saignée.
Si les prix des médicaments continuent de monter en flèche, beaucoup ne seraient-ils pas plus enclins à avoir recours aux médicaments dans les hôpitaux ?
Les Mauriciens de la classe moyenne et les plus démunis optent dans la majorité pour les services hospitaliers où les médicaments sont gratuits. Cette catégorie de Mauriciens n’a pas les moyens de se payer le luxe d’un médecin privé généraliste au coût de Rs 800 à Rs 1 000 par visite, et peut-être autant pour les médicaments.
Les services dans les hôpitaux ne sont pas de si mauvaise qualité. Le service public de la Santé compte aussi des secteurs très pointus, notamment pour les interventions cardiaques et certains autres traitements haut de gamme. Mais que voulez-vous ? Parfois, pour desservir la masse, la qualité fait défaut mais ce n’est pas pour autant qu’un hôpital est le dernier lieu de recours pour se faire soigner !
Le ministère de la Santé et la MRA ont mis sur pied une plateforme en ligne pour mieux contrôler la vente de médicaments en pharmacie. Désormais, toutes les transactions en lien avec la liste des Controlled Drugs sous la Dangerous Drugs Act 2000 devront être communiquées par les importateurs, distributeurs et pharmaciens. Comment accueillez-vous cette mesure ?
Beaucoup de ces petites pharmacies qui viennent de naître font de gros sous, en vendant sous table des médicaments qui nécessitent obligatoirement une prescription médicale comme le sirop contre la toux. Et les clients habituels de ces boîtes sont les… toxicomanes. Et à quel prix ils s’en procurent !
Face à une telle réalité, les autorités n’ont d’autre choix que d’exercer un contrôle strict dans ce commerce illicite. Pourquoi les pharmaciens ont-ils peur de la démarche de la MRA ? Parce qu’elle va découvrir la marge exagérée de profits sur les produits vendus sous table et sans prescription ? Je pense que c’est une bonne chose dans le cadre du combat national contre l’abus de consommation de drogue à Maurice.
Je vais plus loin : je crois que la MRA, conjointement avec le ministère de la Santé et le ministère du Commerce, devra mettre sur pied une Flying Squad opérationnelle 24/7 pour effectuer des visites surprises dans les pharmacies dont les transactions sont douteuses.
Ce qui dérange principalement les pharmaciens, c’est que la MRA n’est pas censée, d’après la loi, vérifier les prescriptions des patients…
Qui que ce soit, personne n’est au-dessus de la loi dans le pays ! Le gouvernement a dépensé et dépense énormément dans le combat contre la drogue. Si certains petits esprits ne sont pas d’accord avec l’application de telle ou telle loi dans le pays, ils peuvent toujours recourir à l’instance suprême de la justice mauricienne. Maurice est encore une démocratie et ils ont encore ce droit de le faire. Mais qu’ils ne viennent pas avec des excuses bidon pour leur permettre de s’engraisser davantage sur le dos de ce peuple malheureux qui subit toutes les conséquences dont il n’est pas responsable.
Pour conclure…
Il est temps de mettre un peu d’ordre dans ce secteur. Je souhaite la création d’un groupe spécialisé au niveau du ministère du Commerce et de la Santé pour un déblayage systématique afin que le public ne soit pas éternellement tondu.
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ARSHAD SAROAR (PHARMACIEN) :
« Les petites pharmacies risqueraient de fermer »
Des pharmaciens s’élèvent contre une éventuelle imposition d’un Regressive Mark-Up. Le leader de l’opposition avait émis cette idée au Parlement il y a quelque temps en vue de lutter contre la cherté des médicaments. Votre point de vue…
Nous sommes également d’accord qu’il faut soulager la population. La Competition Commission Mauritius (CCM) avait recommandé un Regressive Mark-Up pour le secteur. De son côté, la Pharmaceutical Association of Mauritius (PAM) a demandé à la firme Axcel Insights de conduire une étude sur cette question.
L’étude s’est basée sur des chiffres au niveau de la vente en gros, au détail etc., et leur profitabilité. Les conclusions de cette étude ont été soumises le 29 octobre 2020 à la CCM. Celle-ci, après quelques mois, a également sorti un rapport où elle dit qu’avant d’appliquer le Regressive Mark-Up dans un système qui fonctionne déjà bien, il faut faire une étude. Sans une étude, on ne peut appliquer le Regressive Mark-Up.
Pourquoi la CCM a-t-elle pris une telle position ? Parce que quand on se tourne vers les Guidelines on Country Pharmaceutical Pricing Policies (2015) de l’OMS, on voit une approche similaire : « Regulation of distribution mark-ups can have an unintended impacts or consequences on the avaibility, sale or use of medicines. Incentives and disincentives need to be mapped and potential unexpected effects considered. ». Pour l’OMS, il faut faire très attention. Elle ne conseille pas un Regressive Mark-Up si dans un pays le Pricing Mechanism fonctionne correctement. Une telle démarche pourrait causer l’écroulement du secteur.
Pourtant, dans son rapport en 2019, la CCM se montrait en faveur d’un regressive mark-up…
Oui, mais en 2020, après le rapport de l’OMS et après notre étude, elle a changé de position. Cette étude dit qu’après analyse de la profitabilité d’une pharmacie, soit suivant la déduction de toutes ses dépenses et après avoir payé la MRA, etc., sa marge nette de profit est entre 1-5%. Maintenant, imaginez que si on la baisse de 5%. Ce serait l’écroulement !
En fait, toutes les pharmacies ne connaîtront pas de problème. Les Corporate Pharmacies n’auront jamais de problème car elles sont à la fois importatrices et revendeuses. Ce sont surtout les petites pharmacies qui risqueraient de fermer. Or, ce sont ces pharmacies qui donnent plus de conseils et de service à la communauté, comme au plus fort de la Covid-19, par exemple.
L’impression qu’a la population est que le secteur a très bien travaillé pendant la pandémie et a réalisé beaucoup de profits alors que le coût des médicaments devient inaccessible…
On pense que c’est ainsi. Certes, nous avons beaucoup travaillé. Mais que se passe-t-il après ? C’est le retour à la normale. Nos dépenses sont grandes, nous avons à payer la MRA, le personnel, le PRGF, la CSG, etc. Si demain les pharmacies en gros et au détail décidaient d’imposer zéro profit et de faire payer le prix tel qu’il est dès qu’il sort du bateau, le client verrait que le prix augmente de Rs 25 malgré tout en l’espace de deux jours. Même sans la marge de profit, le prix augmente automatiquement.
Le transport d’un conteneur de médicaments il y a trois ans coûtait USD 1 500 ; aujourd’hui, son coût est de USD 5 000 ! Le fret ne cesse de monter alors que notre roupie se déprécie. Le Regressive Mark-Up n’est donc pas une solution pour soulager la population.
Au-delà de l’efficacité ou pas du regressive mark-up, comment trouver un juste milieu pour que les pharmaciens y trouvent leur compte et que la population aussi ne soit pas plus écorchée que cela avec des prix exorbitants ?
Toucher à la marge de profit des pharmacies est tellement dangereux qu’elles pourraient s’écrouler. D’où notre demande pour ne pas y toucher. La première solution serait que le gouvernement subventionne les médicaments à la source, dès son transport par bateau. Mais le gouvernement n’accepterait pas cela car il donne déjà des médicaments gratuitement dans les hôpitaux. Quand le client vient dans le service privé, il y a un prix à payer tout comme un patient qui choisit de se faire traiter dans le privé.
Justement, si les prix des médicaments continuent de monter en flèche, le public finirait par se rendre à l’hôpital pour se procurer des médicaments…
Non, pas tous. Une partie pourra toujours se permettre d’aller dans le privé.
Que suggérez-vous ?
Permettre l’importation parallèle. Le ministère du Commerce est d’accord avec cette idée. Mais, comme je l’ai expliqué, même si on reçoit le médicament à moins cher, le prix du médicament ne cesse d’augmenter à la source, dès sa préparation, en l’espace de quelques jours. Le client ne pourra y échapper : soit il choisit le public, soit le privé. Pour soulager la population, on doit trouver un système de sécurité sociale comme en France, par exemple, où la population contribue la moitié et le gouvernement l’autre moitié. L’importation parallèle peut soulager un peu. Là où le médicament original coûte Rs 1 000, le générique pourrait coûter Rs 500.
On peut aussi songer à produire des médicaments à Maurice. Dans le budget précédent, il y avait une telle volonté affichée en ce sens. Il faut toutefois prendre garde à ce que les médicaments produits localement ne soient pas plus chers que ceux importés ! La main-d’œuvre ici est très coûteuse.
Le ministère de la Santé et la MRA ont mis sur pied une plateforme en ligne pour mieux contrôler la vente des médicaments en pharmacie. Comment accueillez-vous cette mesure ?
Nous sommes totalement d’accord qu’il y ait un contrôle. Mais dans le Finance Bill en vigueur depuis le 2 août 2021, à l’article 21 concernant la Dangerous Drugs Act, à aucun moment mention n’est faite de la MRA. C’est à la Permanent Secretary de la Santé qu’on doit soumettre des informations concernant les transactions au sujet des médicaments tombant sous la Dangerous Drugs Act. C’est la PS qui s’occupe de cela. La MRA s’occupe des revenus des pharmacies. Si la PS trouve qu’elle doit partager les informations à la MRA, elle peut le faire mais on irait contre la loi si on devait donner ces informations directement à la MRA. Il y a une question de confidentialité aussi. La MRA doit-elle savoir quelle personne a pris un psychotrope ?

