Le septième anniversaire de l’inscription du Morne au patrimoine mondial de l’UNESCO a été célébré samedi au pied de la montagne. Une exposition de travaux d’artisanat a marqué cette journée organisée par le Morne Heritage Trust Fund pour revaloriser le village toujours maintenu à l’écart.
Au pied du Morne fierté et indifférence cohabitent quant à ce que représente ce symbole de liberté inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO il y a tout juste sept ans. Confronté à un développement lent et abritant quelques poches de grande pauvreté, le village du Morne à d’autres priorités qui freine sa mise en valeur qui aurait davantage profité à ceux qui y vivent. Les villageois ont pourtant un savoir-faire qui mérite d’être exposé. D’où l’activité tenue dans le village le samedi 10 juillet. “Nous souhaitions regrouper tous les habitants de la localité et mettre en avant leur talent”, explique la directrice du Morne Heritage Trust Fund, Magali Sinatambou. “Tout le monde connait l’histoire tragique derrière le Morne, encore faut-il préserver les environs et ce qui en découle”, indique Jean-François Lafleur, manager du Morne Heritage Trust Fund.
Héritage.
Lors de l’évènement, plusieurs habitants avaient été invités à exposer et à mettre en vente leurs créations. D’abord prévue sur la plage publique, l’activité s’est tenue dans la cour du Trust Fund à cause de la pluie. Parmi les objets présentés : de petites sculptures faites à partir de noix de coco et de branches séchées, des bijoux en nacre et en argile, des lampes conçues avec des coquilles, des achards  confectionnés d’après les méthodes traditionnelles. Pour attirer les visiteurs, certains jouaient et dansaient au rythme du séga typique à l’entrée des locaux. Tous avaient le souci de la tradition. “Nous souhaitons développer ce patrimoine immatériel”, fait ressortir Jean-François Lafleur.
Le savoir-faire des anciens a été légué aux nouvelles générations qui utilisent encore la manière de faire ancestrale dans leurs travaux. Pour préserver cet héritage des cours sont dispensés au Village Hall de la localité. “Nous faisons nous-même des demandes auprès des autorités afin qu’elles envoient des personnes nous apprendre à confectionner ces objets”, dit Priscilla Bernard, créatrice de bijoux et de différents récipients en argile. Des démonstrations étaient aussi faites pour offrir au public un aperçu des techniques artisanales traditionnelles. Anil Lollbeeharry se sert, par exemple, d’une planche en bois avec deux clous disposés de chaque côté pour confectionner des bracelets. “J’ai créé moi-même cet outil”, souligne-t-il. Durant la semaine, il est l’un des instructeurs au Village Hall. Les exposants expliquent suivre des cours pour développer eux-mêmes leur petit business.
Projets
La plupart des habitants de la localité sont des descendants directs d’esclave, dit Jean-François Lafleur, “Zame dan listwar ti pran zot an kosiderasion.”  Au fil des années, la localité a été laissée à elle-même et les avancés se sont faites très lentement. Les habitants s’y sont habitués. “Les poches de pauvreté sont bien réelles ici”, souligne Magali Sinatambou. C’est pour lutter contre ce laxisme qui enraille le développement que le Morne Heritage Trust Fund souhaite développer le tourisme culturel dans la localité. “Le développement doit être soucieux de l’héritage”, renchérit Jean-François Lafleur.
Parmi les projets mentionnés par le Morne Heritage Trust Fund, la création d’un musée : “Je voudrais aussi créer un village d’antan qui mettra en scène le mode de vie des anciens”, fait ressortir Magali Sinatambou. Pour accomplir de tels travaux, le Morne Heritage Trust Fund mise beaucoup sur la collaboration avec les habitants de la localité. “Nous nous devons de les soutenir”, insiste Jean-François Lafleur. Car, comme le relève Magali Sinatambou, c’est en valorisant les gens d’ici que le patrimoine mondiale du Morne sera mis en valeur.