– Les compétences actuelles de ce ministère peuvent être efficacement reprises par le ministère de l’Éducation

DR JIMMY HARMON

Des établissements scolaires du pays qui reçoivent un message à lire pour l’Assemblée du matin sur le tricentenaire de Pierre Poivre le 23 août alors que c’est la Journée internationale du Souvenir de la Traite négrière et de son Abolition en mémoire de la révolte des esclaves dans la nuit du 22-23 août sur l’île Saint-Domingue (Haïti) qui a eu une répercussion sur le processus d’Abolition de la traite transatlantique ; le Chinatown qui prend position contre les règles imposées pour protéger l’Aapravasi Ghat, et les locaux du Morne Heritage Trust Fund qui se retrouvent au-dessus d’un restaurant à Coteau-Raffin. La liste pourrait s’allonger. Mais plaçons la réflexion dans un cadre plus large.

Dans un article fort intéressant de Kelly Culver, consultante en gestion et transformation du secteur public, sur le website du Commonwealth Association for Public Administration and Management (CAPAM) on peut lire que le gouvernement mauricien a déployé des efforts immenses depuis 2015 de faire le « shift from Civil Service Reform to Public Sector Business Transformation ». La consultante fait la remarque suivante: « The institutional framework in place does not support a modern, smart country. In other words, changes have occurred but transformation has not ». Les « changes » sont la numérisation des services, un effort pour un « customer-care service », entre autres,  mais n’empêche ce qui fait l’essence d’une véritable transformation n’y est pas. La consultante fait la distinction entre « reform » et « transformation » en ces termes: « Reform fixes the past; transformation is a positive vision that creates the future ». C’est à ce niveau que la demande pour une suppression de l’actuel ministère des Arts et de la Culture se justifie.

Dans les Rapports mondiaux sur le développement humain (1991) du Programme des Nations unies, l’économiste Amartya Sen qualifie le développement d’« expansion des capacités humaines », c’est-à-dire l’augmentation des capacités des individus à mener la vie qu’ils souhaitent, y compris à accéder aux ressources culturelles et à participer à la vie culturelle. Il est clair que l’élaboration des politiques ne relève plus de la responsabilité d’un seul ministère, mais nécessite la collaboration et la coopération de plusieurs instances et agences gouvernementales s’occupant de développement économique, social et culturel. Nous assistons actuellement à l’émergence d’une industrie culturelle locale avec Caudan Arts, Kafe Kiltir et Lokal is beautiful Scheme, entre autres, qui démontre un bon moyen d’introduire la culture dans un programme plus large de développement économique.  Le ministère des Arts a de moins en moins de poids et de prise sur cette réalité. Les meilleurs administrateurs de la culture s’orientent vers le privé. Les compétences actuelles de ce ministère peuvent être efficacement reprises par le ministère de l’Éducation : l’éducation artistique, l’architecture, le patrimoine, les bibliothèques et les musées relèvent de l’éducation d’un peuple. Il est temps d’y penser. Plus que sérieusement !