POËMA ZÉPHIR

Je parle pour toutes celles qui restent dans l’ombre, celles qui sont invisibles et qui doivent « faire la révérence » à celles qui portent la couronne. Pensez-vous sérieusement qu’on ressemble toutes à 1m75 d’arrogance et de fond de teint ? Nous n’avons hélas pas toutes le « privilège » de se dorer la pilule sur les transats des hôtels en nous faisant photographier. Ni nous permettre de longues séances au spa ou vivre tous les jours comme si nous étions à Tomorrowland.

Faire du shopping chaque semaine ou « se faire virer » sans regret n’est pas donné à toutes les femmes aujourd’hui. Oui ! Parce que la porteuse de vagin doit également essayer de garder son boulot, faire des heures supplémentaires pour s’acheter une paire d’escarpins qu’elle utilisera jusqu’à l’usure. Nous sommes nombreuses à nous réveiller tôt le matin pour tenter de masquer ces poches sans fond sous les yeux avec des “Buy 1 Get 1 Free”. Et que dire de notre vie amoureuse ? Célibataire : s’il nous arrive de changer de partenaires comme l’on change de culottes, nous n’allons pas le crier sur tous les toits. Mariée : même si on aime de temps en temps que notre cher mari endosse le costard de M. Grey, on évitera que ça devienne le sujet de conversation pour les noces d’or des parents.

Cela peut paraître très « coincé », mais voyons la réalité en face : la majorité des femmes ici est toujours confrontée à une grande barrière religieuse et morale. On ne peut vraiment être libre sans s’attirer les foudres de toute la société. Donc, si, toi, tu as les ovaires qu’il faut pour afficher au monde entier tes attentes de princesse, je pense qu’une téléréalité sera nettement plus appropriée pour toi. Quant à vous, qui symbolisez l’univers des médias, à force de peindre des énergumènes de ce genre sur vos pages ou vos billboards, le reste de la population féminine risque d’être balancée dans le lot des “Gold Digger”. Mais ce n’est pas nous ! Il n’y a qu’une petite poignée de femmes qui affiche fièrement leur succès et leur côté femme-libérée. Le reste est là à se faire tripoter dans les bus, à penser à ce qu’elle cuisinera pour le dîner, à marchander avec le marchand de pommes d’amour, à se cacher pour fumer, à passer du temps tranquillement avec son mari, à donner son smartphone à son petit juste pour avoir la paix, à accorder des interviews sur le meurtre de son fils de 11 ans ou à participer à la grande symphonie des critiques sur la nouvelle Nabilla locale, et j’en passe.

Notre société n’est pas prête à accepter la femme fatale qui commence à s’émerger de partout. Si toi petite femme des îles, tu n’as pas la gloire ou la renommée nécessaire et que tu t’aventures sur le terrain de la liberté, prépare-toi à être juste une histoire de fesses ou même à être déshéritée, car Catin sera ton nouveau prénom. Sosiete patriarkal kan to tini fam dan to bann grif, bien difisil pou to larg li.

Si on apprend à nos garçons à la maison qu’une fille avec une minijupe n’est pas juste bonne à écarter les jambes et à nos filles que les garçons ne sont pas uniquement des guichets de banque, je pense que nous pouvons obtenir des résultats positifs. Éduquez vos gosses au lieu de passer votre temps sur les réseaux sociaux ! Notre réalité ne se résume pas à des concours de beauté.