Priya Moossun et son fils, Shakeel. Luchmee Jugtah et Mario Ratna

À un jour de l’an, le cœur n’est pas à la fête dans les familles qui ont perdu cette année un des leurs dans des accidents de la route. Un fléau que les autorités ne parviennent pas à combattre, malgré les nombreuses mesures prises. Après ces drames, les survivants ont du mal à remonter la pente, comme en témoignent les familles Jugtah, Ratna et Moossun.

“J’ai fait une demande pour travailler pour Noël. Je n’ai pas trop envie d’être à la maison parce que cela me fait mal. L’année dernière, Shakeel avait tout organisé pour Noël. On adore les déjeuners et les dîners en famille. Le fait d’être sans lui pendant cette période festive constitue un grand vide pour moi. Il adorait la bonne nourriture. On essaiera de garder certaines choses en sa mémoire”, dit Priya Moossun, la mère de Shakeel Moossun. Son fils unique est décédé le 9 février à Yémen.

“Il me manque beaucoup”.

Pour les mêmes raisons, d’autres n’ont également pas le cœur à la fête. Joanna Ratna a perdu son frère, Mario Ratna, le 24 novembre à Flacq. Rajesh Jugtah, fils et frère de Luchmee et Vijay Jugtah, ne fera pas la fête. Ces derniers sont aussi morts sur la route.

Avant l’accident, le fils de Priya Moossun avait laissé un message pour sa famille dans son journal. “Il a écrit : I want everyone around me to be submerged by happiness, joy, health and wealth.” Sa mère raconte en pleurant : “Il me manque beaucoup. C’est très dur en ce moment et ce sera le cas toute ma vie. J’essaie d’aller mieux. Je ne montre pas trop mon chagrin. Je n’ai pas envie que les gens me regardent avec pitié.”

Shakeel Moossun et son ami Niven Moothia sont décédés dans un accident. La voiture dans laquelle les deux jeunes se trouvaient aurait dérapé et est tombée dans l’eau au pont de Yémen. Shakeel Moossun est décédé suite à une fracture au cou et Niven Moothia est mort d’une asphyxie due à la noyade.

Un grand vide.

Entre tristesse et douleur, Rajesh Jugtah, 52 ans, se livre, assis sur la terrasse où sa mère avait l’habitude de prendre l’air. Luchmee Jugtah, 78 ans, est décédée suite à de multiples blessures, le lundi 26 novembre à Belvédère. Elle a été percutée par une fourgonnette du SOCO qui se rendait à Lallmatie où avait eu lieu un meurtre. Elle était accompagnée de son fils, Vijay Jugtah, 54 ans, qui avait été gravement blessé. Ce dernier est décédé le 15 décembre. “Nous sommes onze enfants. Ma mère est morte subitement. Elle était en bonne santé. Elle faisait tout et était courageuse.” La disparition de Luchmee et Vijay Jugtah laisse un grand vide. “Ma mère avait l’habitude de tout préparer. Elle cuisinait toujours pour le Nouvel an un kari bouk. Dan 20 zour, 2 pros inn ale. Li dir pou nou. J’ai perdu ma mère et mon frère à cause d’un chauffeur inconscient.”

De son côté, Joanna Ratna pleure toujours la disparition de son frère. Pa pou sonn petar nanye. Pa pou fer nanye. Il est mort sans que l’on s’y attende.” Ce soudeur laisse derrière lui son épouse et ses deux enfants, âgés de 7 et 11 ans.

Vevanshee Assrigadu, rescapée d’un accident

Vevanshee Assrigadu, 21 ans, est l’une des rescapés d’un accident qui a eu lieu le 15 novembre à Plaine Magnien. “Cet accident m’a traumatisée. J’ai cru mourir !” La jeune femme a été rescapée dans un accident impliquant un van transportant des employés dans un hôtel du sud et qui a fait un mort. Elle a eu une fracture aux côtes, une blessure à la tête et des coupures à son avant-bras. Guérie des blessures physiques, elle souffre cependant des séquelles. “Quand je suis seule, je ne fais qu’y penser. Cela m’a affectée moralement. Maintenant, j’ai peur de voyager à bord d’un van.”

Daniel Raymond, Road Safety Coordinator

“Il faut plus de temps pour diminuer le nombre d’accidents”

Qu’est-ce qui explique que le nombre d’accidents ne chute pas ?

Aucun pays n’est parvenu à faire chuter le nombre d’accidents en deux ou trois ans. Il faut plus de temps. Les objectifs retenus par le gouvernement sont de parvenir à une baisse de 50% du nombre d’accidents graves et du nombre de victimes (tués et blessés) en 2025.

Quelles sont les principales causes des accidents de la route à Maurice ?

Les causes principales sont la vitesse, l’alcool et le manque de formation des conducteurs. L’indiscipline, le non-respect des voies, le road rage et les défauts de conception des infrastructures causent également les accidents de la route. Cela explique le nombre d’accidents graves qui impliquent les usagers de deux-roues et les piétons.

Que faut-il faire pour mieux sensibiliser les conducteurs ?

Il faut continuer à expliquer les causes des accidents et responsabiliser les usagers de la route. Nous le faisons depuis 2015. Nous avons conçu et lancé une quinzaine de campagnes de sensibilisation qui visent à mobiliser les usagers de la route sur les comportements à adopter. L’application des règlements sur la route est un moyen radical pour rappeler aux usagers, notamment les automobilistes, qu’il faut qu’ils soient prudents. Nous avons mobilisé tous les partenaires et les acteurs du secteur public et privé à considérer les accidents de la route comme un risque majeur du travail.

Qu’en est-il de la réforme de la Driving School pour les moniteurs ?

La réforme est en cours. Elle a commencé par les moto-écoles. Cette réforme sera achevée dans une période d’au moins trois ans. Toutefois, elle n’a aucune chance de réussir sans une prise en compte de l’histoire et du contexte. Je fais allusion aux procédures qui, pour le moment, ne favorisent pas un changement d’attitude qui permettrait d’accepter la formation comme indispensable pour réduire le nombre d’accidents. Bientôt, il y aura une réforme pour les auto-écoles et de nouvelles réglementations qui ont déjà été adoptées pour modifier la méthode d’enseignement des moniteurs. La même chose sera faite pour les auto-écoles pour poids lourds.

Comment réduire le nombre d’accidents de la route à Maurice ?

Une approche holistique aiderait à réduire ce nombre. L’accident est un phénomène complexe qui nécessite une approche globale simultanée sur les comportements : l’éducation, la formation, l’application des règles, la communication, la signalisation routière, l’identification et la suppression des points noirs, entre autres. Il faudrait aussi avoir un meilleur suivi des véhicules et une réforme en profondeur du système d’assurance.

Quelles sont les mesures prises ?

Nous venons de lancer dans les écoles le continuum éducatif, une stratégie d’enseignement de la sécurité routière. Nous travaillons sur de nouvelles lois visant à réguler et contrôler les drogues au volant et l’aptitude médicale des chauffeurs professionnels. Le sujet des passagers sera aussi abordé très bientôt : port de ceinture de sécurité à l’arrière, enfants sur le siège passager et aide-chauffeurs dans les caissons des camions ou assis sur les marchandises.