Adesh Sawon, la victime
  • L’hôpital de Flacq le renvoie chez lui dans un état critique
  • Sa famille affirme qu’il y a eu des ingérences dans cette affaire

“Monn fer errer dans mo lavie. Mais sa ti lontan. Sa bann sarz zot pe meter lor moi ki monn kokin, sa non. Mo ti ena kass dans mo poss. Seki zot inn fer moi la, mo pa merité.”

Sur son lit d’hôpital, Adesh Sawon raconte son calvaire. Il a eu les deux tibias brisés en quatre. Le samedi 22 septembre dernier, il a été tabassé par un groupe d’individus qui l’ont abandonné dans la rue à Montagne Blanche. Un véhicule de la police qui passait dans les parages l’a transporté à l’hôpital.

Adesh Sawon, 36 ans, reconnaît : il n’a pas toujours été un bon enfant. Mais depuis quelque temps, “tou dimoun kapav témoigné dans l’endroit”, dit sa famille, il est revenu sur le droit chemin. Sa femme Vanessa raconte que le samedi 22 septembre, son époux s’est rendu au Vishal Libre-Service, une supérette de Montagne Blanche. Il est environ 20h.

Il y va pour acheter une boisson énergisante et des gâteaux pour les enfants. “Ti ena misié là so travayer. Adesh inn demann li inpe renseignement lor la boisson là, so prix, so quantité, etc”, dit Vanessa Sawon. Le propriétaire de la supérette était à la caisse. Il y avait d’autres personnes dans la boutique et, selon ce qu’a raconté Adesh Sawon, elles consommaient de l’alcool. Les mains surchargées, il se dirige vers la caisse pour payer. Il assure que devant les yeux de l’employé de rayon, il avait mis une canette de boisson énergisante dans sa poche pour la payer à la caisse. Mais il est interpelé par l’employé de rayon. “Li trouv moi pe aller, li deman moi kot ginseng la été. Li pa trouv sa dan mo lamain. Mo lamain ti plein. Ti ena soda, chocolat tou sa là. Lerla linn dir moi fort : to pe kokin. Monn dir li non, mo pe ale la caisse là, mais li pe continue crier fort”, relate Adesh.

En moins de deux, le propriétaire s’était rapproché. Et lorsqu’il voit la cannette de boisson dans la poche d’Adesh, il s’en serait pris à lui et l’aurait giflé. “Lerla monn amerder”, dit Adesh qui avoue être sorti du supermarché pour revenir une minute plus tard avec une barre de fer. “Li ti pe zis envi fer zot per, parski zot inn batt li enn kalot”, soutient sa femme.

Mais mal lui en a pris. Cet acte, il l’a très chèrement payé. D’autres employés et le propriétaire du supermarché l’auraient poursuivi et battu jusqu’à lui fracturer ses deux tibias. Leur forfait accompli, les six hommes, qu’Adesh dit pouvoir reconnaître, l’ont laissé dans un coin de la rue. C’est la police qui l’a transporté à l’hôpital de Flacq.

Il est 21h passées lorsque Vanessa, ne voyant pas son époux revenir, l’appelle sur son cellulaire. Mais pas de réponse. Pour elle, c’est inhabituel. “Mon mari n’a pas l’habitude de sortir, surtout la nuit. Il était simplement parti à la boutique et je ne comprenais pas pourquoi il ne revenait pas”, dit-elle. Après maints essais, Adesh lui répond enfin, mais elle peine à comprendre ce qu’il lui raconte. Après plusieurs appels, une infirmière lui répond et lui signale que son époux se trouve aux urgences à l’hôpital.

Lorsqu’elle voit son mari à l’hôpital, c’est le choc total: “So de lipie ti cassé. Zot finn extra batt li. Adesh inn dire moi li pa ti kokin. Li ti ena kass lors li.”

L’hôpital insiste
Après une semaine de va-et-vient à l’hôpital, les infirmiers apprennent à Vanessa, le samedi 27 septembre, que son époux a eu sa décharge et peut rentrer chez lui. Ce qu’elle refuse, car elle voit bien que, dans son état, son mari, les deux pieds plâtrés, a encore besoin de traitement. L’hôpital insiste, mais elle résiste. Vers 20h, une ambulance débarque chez les Sawon et les ambulanciers comprennent qu’ils ne pourront débarquer le patient qui vit à l’étage. D’ailleurs, la famille refuse car elle sait qu’elle n’aura pas les moyens ni l’assistance pour permettre à Adesh de suivre son traitement à l’hôpital.

“Ambulance inn re-embark Adesh zot inn aller. Dan semin, mo bonhomme telefon moi, li dir moi, mo pe retourn lacaz, sa fois-là pompiers ki pou monte li”, raconte Vanessa.
“Mais letan pompier vini, zot même zot inn trouver ena errer. Zot pa ti gagn reket pou mett patient dans lacaz. Zot reket c’était pou tir patient depi lao amene lopital”, dit Vanessa. Les pompiers refusent de se plier à la demande des ambulanciers et se rendent au poste de police de Montagne Blanche pour expliquer leur refus de transporter un malade. Face à cette situation, les ambulanciers n’ont eu d’autre choix que de reprendre le patient et de le retourner à l’hôpital.

La famille Sawon décide de se rendre au poste de police pour loger une entrée car ne comprenant pas l’insistance de l’hôpital de retourner chez lui ce blessé encore dans un état critique. Dans sa déposition, Vanessa Sawon fait comprendre que “I am of the opinion that there are some interferences in the discharge of my said husband from hospital.”

Heureusement, après quelques démarches de sa famille, Adesh Sawon a finalement été transféré à l’hôpital de Rose-Belle où, au courant de la semaine, il a subi une intervention chirurgicale. Mais pour ses proches, c’est l’incompréhension totale car jusqu’ici, malgré un cas de “serious assault” dont a été victime Adesh Sawon, ses agresseurs n’ont pas été arrêtés par la police. Cela, même si dans la soirée du 29 septembre, un sergent du poste de police de Montagne Blanche a été prendre la déposition d’Adesh Sawon sur son lit d’hôpital à Flacq. Dans les milieux policiers, on fait aussi comprendre que selon la loi, après un incident, si une personne est “incapacitated” pour 21 jours, qu’il soit à l’hôpital ou à la maison, la police doit tenir compte de “seriousness of the assualt.” Et dans le cas d’Adesh Sawon, le cas est flagrant. “Adesh peut reconnaître ses agresseurs et il a donné leurs noms à la police. Mais nanien pann fer. Zot pe marsé dans l’endroit couma taper”, disent ses proches.

Pour eux, il n’y a pas à sortir de là: il y a des connexions qui ont fait le travail. D’autant qu’ils détiennent la preuve par photo de la proximité d’un certain chef inspecteur du poste de police de Montagne Blanche avec le propriétaire du supermarché, et ses acolytes, dont parmi l’un est connu pour sa proximité avec un ministre du No 10, qui défraye souvent la  chronique.

Vishal Mauracheea, propriétaire de Vishal Libre-Service: « Tou seki li pe dir la fos. Mo ena recording »

Le propriétaire de Vishal Libre-Service dément catégoriquement les accusations portées contre lui et ses employés. Il indique disposer des vidéos des 120 caméras de surveillance de son supermarché qui prouveront qu’il n’a jamais battu Adesh Sawon.

À Week-End, Vishal Mauracheea explique qu’en début d’année, son supermarché, qu’il opère depuis 13 ans, a été victime d’un vol d’un montant de Rs 1M. Depuis, il s’est équipé de caméras de surveillance. “Il y a quinze jours environ, un monsieur est venu au supermarché. C’était vers 20h. Il y avait plusieurs clients à l’intérieur”, explique-t-il.

“Missié-là inn vinn lor la caisse, li ti ena plusieurs cans labière ek enn bouteille Seven Seas. Li dépose so bann zafer lor la caisse, après linn realle endan. Li ti pe tardé”, dit-il. Lorsque l’homme revient, soutient Vishal Mauracheea, “li ti pe balloté. Kan li mett lamain dans poss, li pa ti ena kass. Li dir moi mark li pour moi, demain mo paye toi.”

Ce que le propriétaire refuse, lui disant qu’il ne fait pas de crédit. “Lerla linn coumans zour moi, fer tapaz”, avance-t-il, indiquant que Adesh Sawon serait sorti du supermarché.

“À 10 mètres de l’entrée, il y a une colonne de fer indiquant une No Entry. Il a voulu déraciner cette colonne, mais n’a pas pu. Il est allé un peu plus loin et est revenu avec une barre de fer et m’a insulté”, raconte-t-il. Et de soutenir “monn dir li, aller, mo pe ale telepfon la police. Mais linn tape moi are sa barre feray là dan mo lamain. Enn client inn rod separe moi, linn gagn cout dans so lerein. Enn employé aussi inn rentre ladan, line tape li”, soutient Vishal Mauracheea. I

l dit que les autres blessés et lui-même se sont alors rendus à l’hôpital pour se faire soigner. Vishal Mauracheea a eu une fracture du pouce. Mais il affirme qu’il n’a jamais battu Adesh Sawon. “Ou guetter dans vidéo-là, monn sorti en dehors pou mo coz are li, après desuite, monn re-rentrer”, dit-il. Mais qui sont ceux qui ont tabassé Adesh Sawon alors? “Mo pa conner. Kan nou ti dehors, dans lacroisée, ti ena encore lezot dimoun ti pe vini. Bizin demann la police”, répond-il, insistant qu’il dispose de preuves vidéos qu’il est retourné aussitôt dans son supermarché.

Quid justement des images d’Adesh Sawon à l’intérieur du supermarché avant qu’il n’arrive à la caisse. “Sa bann zimaz-là, mo pou montrer sa la Cour. Mo ena li”, dit Vishal Mauracheea. Et d’expliquer que les versions d’Adesh Sawon sont contradictoires.

“Enn cout li dir deux dimoun, enn cout trois, enn cout six. Plusieurs versions la police finie gagné”, dit-il. D’ailleurs, selon lui, c’est la raison pour laquelle ce n’est pas le poste de Montagne Blanche qui s’occupe de ce cas, mais la CCID de Moka. Et les agresseurs présumés affirment avoir été convoqués à la CCID. “Mais pena nanien. La police inn interroge nou ek inn laisse nou aller, parski nou pann fer nanien”, dit-il.