L’enquête sur le scandale Boskalis avec des pots-de-vin distribués en contrepartie de l’octroi d’importants contrats dans le port depuis au moins 2000/2002 a été relancée avec l’arrestation, très tôt ce matin, de l’ancien ministre travailliste et ancien président du board de la Mauritius Ports Authority (MPA), Siddick Chady, et de l’ancien directeur général de la MPA, Prakash Maunthrooa (MSM).
En début d’après-midi, l’interrogatoire des deux suspects, qui sont toujours « Under Arrest », a été interrompu pour reprendre demain matin. Les interrogatoires avaient débuté tôt le matin et n’ont pas atteint le stade crucial dans l’après-midi. Ils ont été remis en liberté sur parole après consultations avec le State Law Office. A sa sortie des locaux du Central CID, Siddick Chady s’est refusé à tout cmmentaire sur les raisons de son arrestation tout en affirmant être serein. Il a renvoyé les journalistes à « banla’. Prakash Maunthrooa se trouvait encore à l’intérieur du bureau du Cenbtral CID.
Comme ce fut le cas lors de l’enquête sur la caisse noire d’Air Mauritius en 2001, les limiers de la police ont pris la décision de compléter l’interrogatoire des suspects avant de les inculper provisoirement. L’exercice devra reprendre demain matin aux Casernes centrales.
Ce volet de l’enquête dans l’affaire Boskalis, confié au Central CID sur décision du Directeur des poursuites publiques (DPP), devra déboucher sur au moins deux autres arrestations de hautes personnalités avec des connexions dans le port. L’enquête avait démarré à l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) en juillet 2008 avec un premier versement de 25 000 dollars américains sur des comptes de l’ancien ministre Chady. À la mi-journée, très peu d’informations ont transpiré du QG du Central CID quant à la teneur des interrogatoires sauf que les séances de Questioning risquent d’être relativement longues. Néanmoins, selon toute probabilité, les deux suspects devront comparaître devant le tribunal de Port-Louis pour leur inculpation provisoire de Conspiracy pour fraude.
Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien de sources concordantes indiquent que les limiers de la police, opérant sous la supervision directe du responsable du Central CID, sont en présence de « sufficient documentary evidence » pour approfondir cette enquête sur un réseau de corruption et de pots-de-vin institutionnalisé dans le port depuis au moins une dizaine d’années. Mais les sources policières interrogées par Le Mauricien, évitent de mettre un chiffre sur le montant des bribes versés par la firme des Pays-Bas, Boskalis, contre d’importants contrats pour des travaux portuaires. D’autres sources avancent qu’à ce stade, des pots-de-vin dans la fourchette de Rs 20 millions à 30 M sont « Under Investigation », soit bien loin des Rs 675 000 versées sur les comptes bancaires de Siddick Chady, qui a retenu les services de Me Said Toorbuth.
« A ce stade, il est prématuré de commenter toute information sur le montant des bribes payés par la Boskalis. Mais les preuves qui sont en la possession des enquêteurs de la police établissent un Prima Facie Case dans cette affaire. Pour l’instant, nous allons confronter ceux concernés avec les informations documentées et les dossiers en vue de consigner leurs explications », indiquait-on ce matin alors que l’ex-ministre Chady arrivait au QG du Central CID sous forte escorte policière.
Toutefois, la personnalité du Port qui pourrait davantage se retrouver dans la tourmente avec les développements intervenus ce matin, ne serait autre que l’ancien directeur général de la Mauritius Ports Authority, Prakash Maunthrooa, qui a déjà retenu les services de Me Roshi Bhadain. Lors de son arrestation à son domicile de Floréal tôt ce matin, les membres du Central CID ont également procédé à la saisie d’ordinateurs portables, qui devront faire l’objet ultérieurement de Forensic Analysis de la part des experts de l’IT Unit de la police.
Prakash Maunthrooa sera confronté au cours de son interrogatoire à des preuves et autres Documentary Evidence l’incriminant en tant que cerveau d’un système de racket institutionnalisé dans le port en vue de soutirer des bribes, notamment de Boskalis, contre d’importants contrats pour des travaux portuaires. Cette formule pour l’obtention des pots-de-vin remonterait au début des années 2000, principalement à compter de 2002. « It’s a big thing that has been going for quite a while », laissent échapper ceux qui ont eu un aperçu du dossier à charge compilé avec l’entière collaboration de Boskalis, à travers ses conseils légaux à Maurice.
Les limiers du Central CID mettront à l’épreuve l’ancien directeur général de la Mauritius Ports Authority à l’effet qu’un barème quasi-automatique était même appliqué sur chaque contrat alloué. Ils soupçonnent que Prakash Maunthrooa serait un maillon fort dans ce réseau avec la réception des montants versés par Boskalis au fil des années et également celui qui assurait la distribution de l’argent au sein de la MPA.
Un autre détail compromettant est que même après son départ de la MPA, Prakash Maunthrooa avait agi en tant que consultant pour Boskalis. Cet intérêt dans les contrats alloués par la MPA de Prakash Maunthrooa est jugé des plus suspects par les enquêteurs de la police.
Alors que depuis juillet 2008, l’enquête sur les pots-de-vin de Boskalis menée par l’ICAC butait sur la production des documents en possession de Boskalis au point où les charges provisoires logées contre l’ancien ministre Chady ont été rayées devant le tribunal de Port-Louis, le tournant dans cette affaire est intervenu vers novembre de l’année dernière. C’est ce qu’a appris Le Mauricien de sources autorisées.
A cette date, la firme Boskalis, représentée à Maurice par des conseils légaux, a signifié son intention de mettre à la disposition de Maurice les documents prouvant l’existence de l’opération de ce racket dans le port et incriminant d’importantes personnalités engagées dans des activités portuaires. Après analyse des informations fournies au fil des mois par Boskalis, de concert avec l’ICAC , le Bureau du DPP devait prendre la décision de confier la suite de l’enquête au Central CID « on the line of conspiracy » pour fraude et également blanchiment de fonds, compte tenu des éléments de l’enquête de l’ICAC communiqués au Central CID pour la suite.
« Il faut reconnaître que dans cette étape de l’enquête sur le scandale Boskalis, la partie mauricienne a bénéficié d’une excellente collaboration de la part des conseils légaux de Boskalis. Nous avons eu un bon échange d’informations à ce sujet. Jusqu’ici, nous sommes intrigués par le rôle de Prakash Maunthrooa et de Siddick Chady. Nous pensons que ce que nous avons vu n’est que le Tip of the Iceberg. Si d’autres arrestations s’avèrent nécessaires, nous le ferons en temps et lieu », poursuivent les milieux engagés à faire la lumière et à mettre hors d’état de nuire le système de racket dans le port.
Après analyse de ces preuves incriminatoires, qui feront partie des Exhibits lors du procès au pénal qui sera instruit subséquemment, le Central CID a pris la décision de passer à l’action en procédant à l’arrestation des deux premiers suspects ce matin. L’ancien ministre Chady, qui a été appréhendé à son domicile de Rose-Hill, a été le premier à être amené aux Casernes centrales peu avant 8 heures ce matin. L’arrestation de Siddick Chady s’est déroulée dans des conditions relativement difficiles.
Le scandale Boskalis avait éclaté en juillet 2008 suite à des allégations de transfert de fonds de 25 000 dollars américains (Rs 675 000) sur un des comptes bancaires de l’ancien président du board de la MPA. La principale pièce à conviction est un fac-similé en date du 10 octobre 2006 transmis par la firme Boskalis International informant Siddick Chady du transfert de cette somme d’argent sur son compte. Suite à des pressions exercées par l’opposition MMM à l’Assemblée nationale, Siddick Chady fut contraint de se mettre en retrait après son arrestation par l’ICAC.
Prakash Maunthrooa, entouré de membres du Central CID, a débarqué devant les locaux du CCID peu avant 9 heures. Leurs interrogatoires en présence de leurs hommes de loi devaient se dérouler dans la matinée. Mais celui de Siddick Chady devait être retardé vu que son avocat, Me Toorbuth, a dû se rendre en Cour suprême vers les 10 heures 30 pour des obligations professionnelles.
Les enquêteurs du Central CID prévoyaient de faire Prakash Maunthrooa et Siddick Chady comparaître devant le tribunal de Port-Louis cet après-midi pour leur inculpation provisoire. Difficile à dire si la police objectera ou non à la remise en liberté conditionnelle de ces deux suspects. Mais le suspense s’accroît quant à l’identité des deux autres personnalités du Port dans le collimateur du Central CID…