Paul Bérenger, leader de l’Opposition et du MMM, s’étonne de la non-révocation, à ce stade, du ministre Vishnu Lutchmeenaraidoo. Il rappelle que dans le cas de ce dernier, l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) enquête non seulement dans l’affaire du prêt en euros mais aussi dans celle de la Smart City de Pailles. Le chef de l’Opposition s’étonne d’autant plus que le Premier ministre ne le révoque pas alors que, rappelle-t-il, l’ICAC a obtenu trois Judge’s Order levant le secret bancaire dans l’affaire du prêt impliquant le ministre contre qui pèse, en outre, une « objection to departure. » Le chef de l’Opposition trouve parallèlement que sir Anerood Jugnauth « tolère » tout autant le Parliamentary Private Secretary (PPS), Thierry Henry impliqué dans un accident mortel survenu tôt dimanche matin. Il s’insurge que le chef du gouvernement s’est « permis de rendre déjà le jugement à l’Assemblée nationale », en alléguant que c’est la victime décédée qui est responsable de l’accident. Ce qui lui fait dire que sir Anerood « a peur du PMSD. »
Paul Bérenger juge dramatiques les récentes affaires impliquant des personnalités du gouvernement. Il laisse comprendre que par sa manière de réagir, le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth est en train de perdre toute sa crédibilité. Pour étayer son affirmation, le chef de l’Opposition souligne que même si SAJ dément l’affidavit juré par le ministre Vishnu Lutchmeenaraidoo et que ce dernier se permet, dans le même document légal, d’accuser son propre collègue du cabinet, Roshi Bhadain d’opérer à la manière du KGB de l’ex-Union soviétique, le chef du gouvernement ne s’est pas pour autant décidé, à ce stade, de le révoquer.
Pour Paul Bérenger, après qu’il a accusé son ministre d’avoir juré un faux, le sens de l’honneur commendait au moins au PM de porter plainte à la police. De rappeler qu’en alliance avec le MMM, à l’époque, SAJ n’avait pourtant pas hésité de demander à un de ses ministres d’alors contre qui pesait des allégations de démissionner. Même s’il reconnaît que le ministre en question avait été, par la suite, blanchi. Il trouve que depuis, en compagnie de « sa bann-la », le PM ne réagit plus comme il le faisait quand son parti était en alliance au gouvernement avec le MMM.
Comme pour enfoncer le clou dans le cas de Vishnu Lutchmeenaraidoo, le chef de l’Opposition rappelle que l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) n’enquête pas seulement sur l’affaire du prêt en euros équivalant à Rs 44 millions mais aussi dans celle, selon lui, « tout aussi scandaleuse » du projet de Yihai Smart City de Pailles. Il s’étonne d’autant plus du choix du PMde ne toujours pas se décider à révoquer son ministre alors que trois Judge’s Order ont été émis pour la levée du secret bancaire dans l’affaire du prêt auprès de la SBM Ltd. Sans compter, dit-il, que par ailleurs, une Objection to Departure a été émise contre le ministre.
Affaire Henry: « Quand SAJ se permet de rendre le jugement… »
Paul Bérenger considère, parallèlement, que sir Anerood « tolère » tout aussi le Parliamentary Private Secretary (PPS) Thierry Henry impliqué dans un accident mortel à Bois-Marchand aux petites heures de dimanche dernier car, selon le chef de l’Opposition, « SAJ a peur du PMSD. » Il insiste sur le fait qu’un jeune a trouvé la mort lors de cet accident. Pour le leader de l’Opposition, il est « véritablement honteux » que le PPS qui doit répondre d’une triple accusation d’homicide involontaire, de refus de se soumettre à un alcootest et de conduite en état d’ivresse a choisi d’attendre 20 heures avant d’aller avouer à la police que c’est lui qui était au volant et non son épouse. L’épouse du PPP contre qui une accusation de complot a été retenue, ayant laissé entendre, dans un premier temps, que c’est elle qui conduisait.
Paul Bérenger s’insurge contre le fait que, trouve-t-il, à l’Assemblée nationale, mardi, le PM s’est « permis de rendre déjà le jugement dans cette affaire » en alléguant que ce serait le jeune homme décédé lors de l’accident qui serait en tort. Abordant, dans la même lignée, l’affaire dans laquelle Raj Dayal est, pour sa part, impliquée, le chef de l’Opposition estime que le ministre déchu de l’Environnement aurait été, tout aussi, encore en poste à ce jour au même titre que le ministre Lutchmeenaraidoo et le PPS Henry si ce n’était la radiodiffusion de la bande son que l’on sait. Un enregistrament audio qui, trouve-t-il, a mis tout le pays en état de choc au point de, selon Paul Bérenger, contraindre sir Anerood de réagir.
Enchaînant sur cette toile de fond, Paul Bérenger réitère, d’abord, la demande de son parti pour des amendements à la Prevention of Corruption Act (PoCA) en vue de « rendre à l’ICAC son indépendance d’avant 2005 » couplés au vote d’un nouveau Declaration of Assets Act qui contraindrait non seulement les élus de rendre publics leurs avoirs mais aussi les dettes qu’ils auront contractés « comme dans le cas du prêt en euros obtenu par Vishnu Lutchmeenaraidoo. »
Dans le cas de l’ICAC, le leader de l’Opposition rappelle qu’aussitôt l’arrivée du nouveau gouvernement PTr en 2005, il avait été décidé que c’est le PM qui aura le dernier mot en ce qui concerne la nomination et la révocation du directeur-général de la Commission et désormais plus l’Appointment’s Committee composé du Président de la République, du Premier ministre et du leader de l’Opposition comme c’était jusqu’alors le cas. Paul Bérenger explique que c’est en vertu de cet amendement de 2005 donnant pleins pouvoirs au PM que le directeur-général de l’ICAC est encore nommé ou éventuellement révoqué.
« Pour un Public Protector comme en Afrique du Sud »
Le chef de l’Opposition réclame, en outre, que le poste d’Ombudsman soit remplacé par un nouveau poste de Public Protector s’inspirant du modèle sud-africain en la matière. Dans ce pays, rappelle Paul Bérenger, le Public Protector est un poste constitutionnel créé en 1994 au sortir du régime d’apartheïd après le vote de la nouvelle Constitution pour une Afrique du Sud libre et démocratique. Il explique que le titulaire à ce poste créé pour combattre la maladministration et les abus des fonds publics dispose non seulement de pouvoirs d’enquête étendus mais est aussi investi de celui d’ordonner les mesures à prendre pour toute réparation.
Le leader de l’Opposition cite, dans la foulée, la récente affaire ultimement tranchée par la Cour constitutionnelle sud-africaine donnant gain de cause à la titulaire en exercice au poste de Public Portector dans le litige qui l’opposait au Président sud-africain. Il explique que, dans un premier temps, la Public Protector avait déjà ordonné au Président le remboursement de dépenses encourues des fonds publics pour des travaux censés liés à la sécurité du chef de l’État sud-africain à son domicile particulier. Le Président ayant contesté l’ordre de remboursement, la Cour constitutionnelle sud-africaine a ultimenent tranché en faveur de la décision prise par la Public Protector.
Sur un tout autre sujet, Paul Bérenger se dit « choqué et attristé » par le ton utilisé par le PM dans sa réponse écrite à une interpellation parlementaire au sujet de l’utilisation éventuelle du créole à l’Assemblée nationale. Sur la base, d’autre part, du résumé publié du volet du rapport du comité ministériel sur la réforme électorale consacré au financement des partis politiques, le leader du MMM laisse comprendre que son parti n’a pas de « big quarrel » avec ce qui a été publié mais précise que « tout cela ne va pas très loin. »
Commentant, enfin, la situation au niveau du gouvernement malgache, le chef de l’Opposition dit espérer que tout se décante dans les meilleures conditions. Il souhaite, de même, que le deuxième tour de la présidentielle aux Comores ce dimanche se déroule dans les meilleures conditions sans qu’il n’y ait des cas de fraudes électorales à déplorer.