Entre mer et verdure, Anse La Raie c’est ce cadre paradisiaque niché dans le nord de Maurice. Sa magnifique plage parsemée de criques et de marécages constitue est l’un de ses plus beaux attraits. Calme et venteux, le spot est trés prisé par les piqueniqueurs et kitesurfers tout au long de la semaine. Pourtant, depuis la conversion du centre de jeunesse en zone de quarantaine début février, le spectre du Coronavirus (Covid-19) plane sur ce tableau idyllique, suscitant des questions chez certains.

Anse La Raie dispose d’une très belle plage

Depuis quelques semaines, le va et vient permanent des ambulances, des voitures de police et autres véhicules du ministère de la Santé font que ce coin du littoral nord n’est plus aussi calme. Moin, habitant de la localité, se demande : “Pourquoi les autorités ont- elles choisi Anse La Raie au lieu de Daruty pour aménager ce centre de quarantaine? Ça aurait dû être dans un endroit retiré où personne n’a accès.” Même son de cloche pour Kevin, habitant de Good-lands, rencontré à Anse la Raie. “ Vous rendez-vous compte que juste à côté du centre de jeunesse, il y a un bout plage magnifique et un kiosque très fréquenté. Beaucoup de personnes viennent manger et boire sous ce kiosque.” Le manque de communication des autorités vis-à-vis des habitants est décrié par Sonn Narain, un habitant de Saint- François. Il estime que les autorités “au- raient au moins dû nous avertir. C’est par les médias et le bouche-à-oreille que nous avons appris que des personnes en quarantaine avaient été envoyées chez nous.” Kevin tient à rajouter qu’il est conscient que c’est une mesure de pré- caution : “Ce n’est pas avéré que ces patients ont contracté le virus. N’empêche si nous l’avions su plus tôt, nous aurions pu prendre nos dispositions.”

“Pli vit zot bien, zot ale”

Parallèlement, Satish Bundhoo, employé dans le restaurant Moment de Plaisir, est beaucoup moins alarmiste. Il est d’avis que ce centre de quarantaine a aussi beaucoup d’avantages pour le business. “Nous avons des infirmiers, des chauffeurs d’ambulances et autres employés du ministère qui viennent chez nous.” Selon ce dernier, “Il est faux de penser que le Covid19 va se répandre comme tendent à penser une partie des habitants. Le gouvernement sait ce qu’il fait. Mais peut-être faudrait-il beaucoup plus de communication autour pour éviter d’arriver à une psychose.”

Nous reprenons la route en direction de ce centre au cœur de la polémique. Au passage, nous entrevoyons les travaux de construction du by-pass devant relier Cap-Malheureux à Anse La Raie. Avant Saint-François, un panneau sur la gauche indique le Anse la Raie Youth Centre. Quelques centaines de mètres plus loin, nous arrivons à destination. Niché dans un cadre verdoyant à proximité de la plage, le lieu est en effet très animé. Des infirmiers portant des masques déambulent au milieu des ambulances et autres véhicules dans la cour. D’autres sont à l’extérieur et profitent du kiosque pour déjeuner et faire un brin de causette.

Mesures de précaution.

Michael, un agent d’entretien occupé à balayer la plage est catégorique: “Pena maladi isi. Zis enn mezir prekosyon ki pe pran. Apre sa bann dimounn la pou ale”. Depuis le grillage, nous pouvons d’ailleurs apercevoir quelques jeunes filles portant des masques et en tenue décontractée sortir du bâtiment pour prendre l’air. Savitree, une collègue de Michael, n’est pas du même avis. Elle avoue timidement que “beaucoup à Goodlands disent que cette maladie va se répandre. Pli vit zot bien, zot ale”. Et vivement surtout que le centre reprenne ses activités et accueille de nouveau des seniors, des étudiants, des scouts et autres regroupements de jeunes.

Kevin et son ami sont des fidèles piqueniqueurs d’Anse La Raie.

Le Covid-19 semble ainsi avoir totalement relégué au second plan les autres problèmes que peuvent rencontrer les gens de cette région du nord. Après s’être épanché généreusement sur le danger de ce virus, Prema Narain souligne au passage le problème de trans- ports maintes fois décrié par les habitants de Saint-François. “Nous n’avons pas suffisamment d’autobus qui desservent la région.” Mala, qui attend justement le transport public par ce temps mi-venteux, mi-pluvieux est du même avis. “Nous n’avons même pas un abri bus pour nous réfugier”, confie la quadragénaire.

La carte postale

Les craintes et les problèmes mis de côté, Anse La Raie reste ce très bel en- droit à découvrir ou redécouvrir . Une image carte postale avec sa mer turquoise et son sable fin. Cette partie du littoral, creusé de criques naturelles et de mangroves, est également connue pour receler un écosystème riche. Abri- tant plusieurs hôtels de luxe, c’est un lieu reposant où règne la sérénité . A la mi-journée, alors que la perturbation tropicale Francisco bat son plein dans notre région, la petite plage d’Anse La Raie est encore plus venteuse que d’habitude.

Satish Bundhoo, employé du restaurant Moment de Plaisir.

Vent favorable

Une aubaine pour quelques kitesurfers qui profitent de ces vents favorables pour faire le plein de sensations fortes. Les quelques rares pique-niqueurs qui s’arrêtent, reprennent très vite la route refroidis par ce temps pas très clément. Nous rencontrons Melusine Gardair, la nouvelle Manager du ION Club (centre de formation de windsurfing, kitesurfing et de stand-up paddle). Installée dans l’île depuis deux semaines, assise à l’ombre d’un arbre, la Française s’attelle à réparer le matériel. “Anse La Raie est une région magnifique et ce spot représente une aubaine pour les amateurs de sport nautique.”

Mala évoque les problèmes de transport.

Quelques mètres plus loin, sous l’abribus en face de la plage publique, Yanlall Soobrun, plus connu sous le nom de Moin admire l’horizon. Le bateau de ce pêcheur de Cap Malheureux est amarré dans le lagon depuis quelques jours. “Anse La Raie a toujours été un endroit unique et calme. Nous vivons en communauté“, confie ce dernier.

Lors des célébrations religieuses, l’on vient souvent se recueillir ici.