Après des travaux au cimetière de Bois-Marchand, l’équipe dirigée par l’archéologue mauricien Krish Seetah, de l’Université de Stanford – soutenue par Alexandra Ciancoise – se penchera sur des tombes se trouvant au vieux cimetière du Morne à partir de lundi. Dans une déclaration au Mauricien, le Dr Seetah indique que les travaux devront durer deux semaines.
« Nous ne savons pas encore exactement combien de tombes seront ouvertes, mais fort probablement six, comme à Bois-Marchand. Nous allons d’abord faire un survey », fait ressortir le Dr Seetah. « Le principe reste le même : nous allons tenter de déterminer l’origine des esclaves qui y ont été enterrés pour voir s’ils étaient Malgaches ou Mozambicains. Nous pensons que ce sont des esclaves libérés enterrés dans les années 1830  ou même avant. Les analyses nous permettront de comprendre leurs conditions de vie », poursuit notre interlocuteur, qui rappelle qu’un premier rapport sur des travaux déjà effectués en ces lieux avaient été diffusés fin 2012. Selon le Dr Seetah, « contrairement aux ossements déterrés au cimetière de Bois-Marchand, ceux du Morne sont mieux conservés ».  
À l’occasion d’une visite du président de l’Aapravasi Ghat Trust Fund (AGTF) Mahen Utchanah, mercredi dernier au cimetière de Bois-Marchand, le Dr Seetah explique que « les analyses qui seront effectuées en Espagne, aux États-Unis et en Angleterre prendront un peu plus de temps parce que la terre de Bois-Marchand est riche en fer et que les os sont dès lors plus abîmés ».
Il fait ressortir : « C’est la troisième partie des fouilles que nous effectuons ici. Nous avons fait une première partie en 2011, ensuite en 2012. » Le Dr Seetah indique que les travaux au cimetière de Bois-Marchand, pour le compte de l’AGTF, ont démarré à la suite d’une rencontre avec l’historien Benjamin Mootoo, qui siégeait à la Commission justice et vérité. « Il nous avait indiqué que des corps de travailleurs engagés avaient été enterrés dans le cimetière de Bois-Marchand et, avec l’aide du directeur du cimetière, nous avons pu ouvrir cette partie qui ne l’avait pas été depuis la fin du 19e siècle. »
Le président de l’AGTF, Mahen Utchanah, indique que les tombes ouvertes datent de 1867, 1868 et 1869. « C’est la période où le pays a connu une épidémie de malaria. Les analyses ADN permettront de déterminer l’origine des personnes enterrées ici, dont la plupart toutefois sont des travailleurs engagés. »
« Nous pourrons par exemple déterminer quelles étaient les conditions de travail, et ce que ces personnes mangeaient, entre autres », ajoute le Dr Seetah, qui souligne que 41 000 personnes ont été victimes de malaria à cette époque. Après les analyses, les ossements et autres artefacts retourneront à Maurice, fait ressortir notre interlocuteur. « Ils seront remis au directeur du cimetière, qui les remettront en terre », dit-il. Cependant, ils ne pourront pas être remis à leur emplacement original.
À une question sur la dimension sacrée de l’exercice, le Dr Seetah souligne que bien que l’archéologie soit scientifique, « les choses sont faites dans le respect des traditions mauriciennes ». Le gros du travail effectué au cimetière de Bois-Marchand a pris fin. Le Dr Seetah indique : « Nous y retournerons dimanche pour une final review. »
L’équipe du Dr Seetah est composée de neuf étudiants en archéologie, dont deux doctorants.