La flotte de Pieter Both venant de l’Insulinde, après avoir quitté Bantam le 27 décembre 1614, arrivera dans les eaux mauriciennes en mars 1615. Trois des quatre navires – le Banda, les Provinces Unies et le Gelderland – échoueront le long des côtes mauriciennes alors que le Delft échappera in extremis. Dans le texte qui suit et qui nous vient toujours de la plume de Yann von Arnim, ce dernier fait le récit des travaux archéologiques menés sur les épaves du Banda et du Provinces Unies et annonce ceux à venir sur le Gelderland. Invité à expliquer l’intérêt qu’il porte aux épaves, Yann von Arnim a bienveillamment répondu en ces termes : « Souvent on me demande pourquoi je m’intéresse tant aux épaves. La seule réponse qui me vient à l’esprit est que les épaves sont des témoins très importants de notre histoire d’autant plus qu’à Maurice ils ont toujours joué un rôle primordial, que ce soit économique, social ou culturel. Ils ont véhiculé pionniers, colons, esclaves et immigrants et ont, de ce fait, permis de façonner notre société pluri-culturelle. »  
Des recherches faites par l’historien et archiviste Patrick Lizé aux archives nationales de Paris en 1979 ont amené à la découverte, dans l’Atlas Secret de la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales (réédition de 1933 par Wieder), d’une carte de l’Ile Maurice de 1670. Cette carte mentionne deux points sur la côte ouest de Maurice avec les annotations suivantes : « Hier leyt geschut van den Genrael Bot » et « Hier leyt een ancker dwaar omtrent z.a. 4000 pont ».
La traduction de ces annotations donne pour la première : « Ici se trouvent les canons du Général Both » et pour la deuxième : « Ici se trouve une ancre de travers de 4000 livres ». A noter que les mêmes mentions se trouvent sur la carte de Pieter van der Aa de 1714.
Patrick Lizé en conclut qu’il s’agit, là, certainement des positions des deux épaves de Pieter Both, Banda et Provinces Unies. Il prend contact avec son ami Jacques Dumas alors président de la Confédération Mondiale de Activités Subaquatiques ou CMAS. Immédiatement les deux s’associent pour lancer une campagne de prospection en vue de localiser ces deux épaves. Au final, leurs recherches se limiteront à rechercher les canons de Pieter Both qui sur la carte de 1670 sont situés au Nord de la Molluke Reede, aujourd’hui la Baie-de-Tamarin, c’est-à-dire autour de Flic-en-Flac.
Localisation de l’épave du Banda
Après des recherches infructueuses le long du récif de Flic-en-Flac au début de l’année 1979, Jacques Dumas et Patrick Lizé prendront contact avec Pierre de Sornay alors président du Mauritius Underwater Group (MUG). Ce dernier leur fait savoir que des plongeurs du MUG connaissaient de longue date un site avec des canons face à Médine près de la Pointe-Moyenne à 1800 mètres au nord de leur zone d’étude.
Une plongée fut aussitôt organisée pour étudier ces canons et c’est ainsi que l’épave du Banda fut localisé. Par la suite, une demande de fouille fut faite au ministère des Arts et de la Culture de Maurice et un contrat d’exploitation fut signé le 27 juillet 1979. Ce contrat stipulait que Jacques Dumas devait financer les fouilles dans leur totalité en échange de quoi il obtiendrait la moitié des objets retrouvés sauf pour les objets uniques qui resteront la propriété de l’état mauricien.
L’équipe d’exploitation et le site archéologique
Une campagne d’exploitation nécessitant un investissement relativement important, Jacques Dumas demande de l’aide à deux de ses amis, Gérard Delaplace et Pierre Rey, qui deviendront donc ses associés.  Les autres membres de l’équipe qui auront une part dans cette entreprise seront Patrick Lizé et Pierre de Sornay car c’est eux qui ont permis la découverte de cette épave.  Autour de cette équipe de base plusieurs autres plongeurs participeront activement aux fouilles du Banda à savoir Soriya Gerbié, Yves Halbwachs, Sidney July, Daniel Pelicier ainsi que Yann von Arniom en fin de mission.
Le site est situé un peu au sud de la Pointe-Moyenne au pied de la falaise de Médine. Le fond est de nature sableuse et rocheuse parsemé d’un grand nombre d’énormes blocs basaltiques pesant parfois plusieurs tonnes. La zone d’étude est très vaste, car elle s’étend de la falaise vers le large sur une distance de 300 mètres en couvrant une surface de 50000 m2 et ceci sur une profondeur allant de 2 à 50 mètres.
Après plusieurs centaines d’années sous l’eau, il ne reste de l’épave que quelques canons en fer, des ancres, des grappins, des boulets, des balles de mousquets et des fragments de porcelaines. Ces vestiges sont disséminés pour la plupart sur la partie rocheuse du fond et d’autres se trouvent profondément enfouis sous le sable et le corail.
La campagne archéologique du Banda
La fouille fut faite méthodiquement avec en premier lieu l’aménagement du site et la mise en place d’un rudimentaire carroyage suivi de la localisation et de l’identification des objets métalliques avec un détecteur de métal. Dans un deuxième temps, le site était nettoyé des gros rochers basaltiques qui l’encombraient en les soulevant pour les remorquer hors de la zone de travail au moyen de lourdes chaines et de parachutes ascensionnels.
Les vestiges apparents, tels les canons, étaient ensuite débarrassés de leur concrétion avec un marteau-piqueur ou simplement avec un burin. Au final, avec une suceuse-dévaseuse, l’on aspira le sable pour dégager les objets enfouis. Cela nécessita la mise en place au-dessus du site d’une barge utilisée comme plate-forme pour y placer le compresseur d’alimentation de la suceuse et un tamis servant à trier le sable que la suceuse ramenait en surface.
La plupart des objets, même les plus fragiles comme les porcelaines, ont été trouvés enfouis sous les canons et sous les gros blocs basaltiques.
Les centaines d’objets récupérés du Banda
L’exploitation archéologique du Banda va durer près d’un an et permettra de récupérer plus de 400 objets et groupes d’objets dont : 90 pièces de porcelaines intactes ; de très nombreux fragments de porcelaine ; un astrolabe portugais en bronze daté de 1568 ; deux poids de mesure datés de 1611; une cuillère en étain ; une petite chaîne en or, des pièces de monnaie, un compas en laiton, des fragments de chopes en étain, des clefs de robinets en bronze, un cap de mouton en bois, des centaines de graines de poivre, des noix de muscade, des balles de mousquets en plomb ; des boulets de canon en fer, une ancre, un grappin et un canon en fonte.
Certains objets retrouvés sont de fabrication typiquement hollandaise (cuillère, poids, chopes, robinets) et d’autres donnent une date précise (astrolabe de 1568, poids de 1611) si bien qu’ils permettront avec certitude d’identifier cette épave comme étant celle d’un navire hollandais ayant fait naufrage au début du XVIIème siècle.
Par ailleurs, grâce aux marques qu’ils portent, les poids de mesure ont été identifiés par plusieurs experts comme ayant été fabriqués et étalonnées par Jan Gerrit Lourensz en 1611 à Amsterdam, port d’origine du Banda.
Selon Jacques Dumas la certitude qu’il s’agirait bien de l’épave du Banda viendrait de la carte manuscrite de 1670, car elle mentionne les canons devant la côte de Médine comme étant ceux de Pieter Both, or ce dernier se trouvait à bord du Banda et non du Provinces Uneis.
Une collection de référence de portée mondiale
Deux types d’objets du Banda, à savoir l’astrolabe et les porcelaines constituent aujourd’hui une collection de référence au niveau mondial. L’astrolabe de mer est un instrument de navigation nautique conçu pour prendre la hauteur du soleil au-dessus de l’horizon et de ce fait donner une idée de la position à laquelle on se trouve sur le globe terrestre.
L’astrolabe du Banda est l’un des mieux conservés au monde et presque unique en son genre. Il est daté de 1568 et porte la marque portugaise caractéristique de cinq points disposés en croix latine. Les recherches menées sur cet instrument ont conclu qu’il aurait été fabriqué par ou sous la direction du cartographe et cosmographe portugais Lopo Homem.
Les porcelaines chinoises retrouvées sur l’épave du Banda sont du type « Kraak ». Elles ont été fabriquées sous le règne de l’empereur Wan Li (1575-1620) de la dynastie Ming. Certaines portent aussi les marques de l’empereur Cheng Hua (1465-1487), mais elles ont aussi pu être fabriquées sous Wan Li étant donné qu’en Chine même après le décès d’un empereur l’on continuait à dater les porcelaines avec les marques de son règne.
Les pièces retrouvées sur le Banda sont en tout point similaires à celles provenant de la cargaison du vaisseau hollandais Witte Leeuw qui a fait naufrage en 1613 à St Hélène et celle de l’épave du Wanli naufragé vers 1625 en Malaisie. Du point de vue typologie, on retrouve parmi la collection du Banda :  des petits plats creux, des assiettes, des soucoupes, des bols profonds dits Klapmuts, des bols à bord droit, des coupes sur piédouches ou Tazza, des petites tasses, un flacon, un couvercle et son grand vase cassé
Campagne archéologique du Provinces Unies
La deuxième épave de la flotte de Pieter Both, le Geunieer de Provincien ou Provinces Unies, se trouve sur le récif au nord d’Albion. Elle fut retrouvée par des pécheurs en 1975 après le cyclone Gervaise mais le site était déjà connu depuis avant : en effet, on retrouvait de nombreux fragments de porcelaine sur la plage voisine du lieu du naufrage.
Ce n’est qu’en 1990 que l’épave fut exploitée par une équipe dirigée par Erick Surcouf. D’un point de vu archéologique, le site se révéla moins riche que celui du Banda. Néanmoins, une importante collection d’objets a pu être récupérée, dont un très grand nombre de fragments de porcelaine, six canons en fer, un grappin, de nombreux boulets de canon et des balles de mousquets ainsi que trois importants lingots de plomb
L’étude archéologique sur les épaves hollandaises du Banda et du Provinces Unies se poursuit en cette année du quadricentenaire de la mort de Pieter Both avec la rédaction d’un catalogue des objets provenant de ces épaves, la réalisation d’une exposition, la publication d’un livre et la recherche de l’épave du Gelderland.
Les catalogues sont en cours de finalisation et un film documentaire réalisé par Jacques Dumas en 1981 a pu être restauré.
Pour cause majeure, l’exposition prévue cette année au Musée National d’Histoire de Mahébourg a dû être remise à une date ultérieure.