Après l’échec de deux tentatives de désenclaver le cargo battant pavillon libérien, le MV Benita, drossé sur les récifs à quelques encablures de la côte du Sud-Est, la décision a été prise de confier cette opération de renflouage à des spécialistes en la matière. Les indications obtenues de sources bien informées avancent que treize Salvors étrangers, notamment des Européens, ont été identifiés et sont attendus dès aujourd’hui pour mettre au point le plan de sauvetage de ce cargo. Les principaux Stakeholders, notamment le Directorate of Shipping, la Mauritius Ports Authority, la National Coast Guard et le ministère de l’Environnement, aussi bien que les représentants des armateurs du bateau, réunis en cellule de crise, hier après-midi, ont passé en revue la situation à partir des données recueillies sur place par des éclaireurs de la National Coast Guard dépêchés en urgence dès hier matin. De son côté, le ministre de l’Environnement, Alain Wong, a fait ressortir qu’une enquête a déjà été instituée en vue de déterminer les circonstances de cette mutinerie débouchant sur ce naufrage au large de Mahébourg.
Avec l’arrivée sur zone à la mi-journée du Motor Tug Ionian Sea Fos de la société Five Ocean Salvos, basé à Port-Louis, les responsables des opérations ont effectué deux tentatives de remettre à flot ce cargo de quelque 44 000 tonnes DeadWeight mais n’ayant aucune cargaison de marchandises dans ses cales. Aux deux occasions, les initiatives n’ont pas donné les résultats concluants. La principale raison demeure des conditions climatiques extrêmement défavorables que ce soit en mer avec des houles du Sud de cinq mètres en moyenne et des vents. Lors de la seconde tentative d’hier après-midi, l’hélicoptère de la police fut mis à contribution mais aucune chance également.
Compte tenu des données communiquées à la cellule de crise, qui se réunissait à Port-Louis, le feu vert fut donné en vue de constituer une Salvage Team pour assurer la relève sur les lieux d’opération au large de Mahébourg. De ce fait, treize Salvors étrangers, des spécialistes en renflouage de bateaux ayant fait naufrage sur des récifs, sont attendus dans la matinée à Maurice. Dès leur débarquement au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport, ces spécialistes seront transportés en hélicoptère à bord du MV Benita pour enclencher les étapes initiales de la nouvelle opération.
Données cruciales
Il va sans dire que dans un premier temps, les Salvors de la société Five Oceans devront dresser un état des lieux tout en procédant à une série de vérifications sur le cargo. Dans cette tâche, ils devront être aidés de deux ingénieurs mauriciens, identifiés par les agents mauriciens du MV Benita. Ces deux spécialistes ont été déposés par hélicoptère sur le bateau en fin de journée d’hier. Dans la nuit d’hier à ce matin, leur principale attribution est d’épauler le capitaine et les 20 des 23 membres d’équipage dans différentes opérations pour maintenir le cargo sur les récifs. De ce fait, à l’arrivée des spécialistes étrangers, ils seront en mesure de fournir des données cruciales pour l’élaboration du plan de renflouage.
Un point positif : depuis hier, le MV Benita, qui a connu un Black-Out total après les graves incidents à bord dans la soirée de jeudi, est alimenté de nouveau avec de l’énergie électrique. Les groupes électrogènes du cargo ont été mis en opération. Cet élément est d’une importance capitale car le MV Benita se retrouve avec deux voies d’eau dans la coque. « Les deux Water Ingresses notés ne sont pas aussi alarmantes et ne devraient pas compliquer la situation. La capacité des pompes fonctionnant au groupe électrogène est suffisante pour rejeter dans la mer l’eau y pénétrant », fait comprendre une source autorisée en début d’après-midi.
Par contre, le MV Benita fait face à un grave problème. Les deux ancres du bateau ont été arrachées lors des manoeuvres de dérive dans la nuit de jeudi à vendredi. La perte des ancres du bateau, des équipements de première importance, n’a été constatée que dans la matinée. L’absence des ancres devrait peser lourdement lors des différentes étapes du renflouage du cargo en pleine mer. Dans l’immédiat, le remorqueur envoyé sur les lieux est utilisé pour tenir la poupe du MV Benita en haute mer alors qu’une décision devra être prise au sujet du délestage de la cargaison de mazout, variant entre 125 tonnes et 145 tonnes, se trouvant dans les réservoirs.
Pour la soirée d’hier, outre les deux ingénieurs mauriciens, le capitaine et des marins philippins sont restés à bord. Des commandos de la National Coast Guard, qui ont pris contrôle du cargo, y sont restés toute la nuit par mesure de sécurité. L’une des premières missions quand les commandos, armés jusqu’aux dents, sont montés à bord était de maîtriser l’auteur de cette quasi-mutinerie avec le chef-ingénieur, Alvin Maderse, grièvement blessé à l’arme tranchante à la tête et au cou, et ayant eu le bras gauche fracturé, et le capitaine du navire perdant tout contrôle.
Eviter toute “Oil Spill”
L’auteur de ces graves incidents, qui s’était enfermé dans une cabine après avoir commis son forfait, fut placé en état d’arrestation dès hier matin. En fin de journée d’hier, des informations disponibles faisaient comprendre que le suspect devait être transporté à terre pour être placé en détention policière avant sa comparution probablement aujourd’hui devant la Bail and Remand Court et son interrogatoire Under Warning en présence d’un interprète. Mais à hier soir, aucune des sources contactées n’avait voulu révéler si cette opération de transfert avait eu lieu ou non ou encore à quel poste de police il est détenu.
Du côté du ministère de l’Environnement, la préoccupation reste les mesures pour éviter toute possibilité d’Oil Spill en mer. Interrogé en fin de journée, le ministre Alain Wong se déclare satisfait des décisions prises et de la coordination entre les différentes agences engagées dans les opérations dès la confirmation de la nouvelle que le MV Benita s’était drossé sur les récifs au large de Mahébourg.
« Le fait confirme qu’une mutinerie s’est déroulée à bord du cargo, avec le capitaine perdant tout contrôle et laissant son bateau aller à la dérive jusqu’au naufrage sur les récifs. La Special Team de la National Coast Guard a déjà pris le contrôle de la situation à bord. Jusqu’ici, il n’y a pas de gros dégâts à la coque et nous avions pu redémarrer les générateurs. Une enquête a été ouverte par les autorités compétentes sur les circonstances de cette mutinerie et la loi suivra son cours. Tout est sous contrôle »,  déclare le ministre de l’Environnement.
En tout cas, la journée d’aujourd’hui s’annonce déterminante pour l’opération de renflouage avec le plan d’action des Salvors étrangers présentés à la cellule de crise, qui se réunira de nouveau à 15 heures…