Cinq mois après l’assemblée générale élective du Mauritius Turf Club et un mois seulement après les célébrations du bicentenaire,  le board des commissaires administratifs est toujours à prendre avec des pincettes. Ce qui était prévu depuis février s’est finalement produit mercredi dernier en plein milieu de la réunion hebdomadaire du board lorsque le commissaire Jean-Michel Giraud a claqué la porte après des discussions plus que houleuses autour de la nomination de deux personnes, nommément Yahia Nazroo et Philippe Henry comme Racing Stewards, à la demande du Chief Stipe, Stéphane de Chalain.
Un refus du président, Gilbert Merven d’accorder un vote sur ce point a fait que les discussions sont parties dans tous les sens. Et même après le départ de Jean-Michel Giraud, à tel point que Josiane Montalant et Khalid Rawat, respectivement secrétaire du board et acting General Manager du MTC, en l’absence de Benoit Halbwachs, absent du pays, ont été priés de quitter la réunion.
Un turfiste avisé vous dira que « pavillon rouge fine tiré » pour décrire la situation au sein de l’administration du MTC actuellement. Tout laisse croire que le président en exercice se fait actuellement rattraper par les promesses faites en février dernier dans le cadre de son retour au sein du board des commissaires. Les deux incidents de samedi dernier impliquant d’abord l’entraîneur de l’écurie Gujadhur, Ramapatee Gujadhur, qui s’en est pris au Communication and Marketing Manager du MTC, Shan Ip, lors de son passage à la télévision après la centième victoire de Robbie Burke, puis le comportement du Stable Manager de cette même écurie, Mukund Gujadhur,  dans la salle des commissaires des courses,comportement qui avait provoqué le départ du Dr Atchia, n’ont pas arrangé les choses et n’ont fait que mettre plus de pression sur la réunion de mercredi.
Mais le président du MTC a mis le feu aux poudres lorsqu’il a refusé d’accéder à la demande du Chief Stipe, Stéphane de Chalain, pour que l’avocat Yahia Nazroo et l’ex-entraîneur Philippe Henry soient nommés au sein du board des commissaires. Le refus catégorique de Gilbert Merven face à cette demande a fini par faire sortir Jean-Michel Giraud de sa réserve pour claquer la porte.. « Quand on évolue dans une démocratie, il faut laisser la majorité décider. Devant le refus de Gilbert Merven d’accorder un vote au board des commissaires pour statuer si ce même comité est contre la présence de Philippe Henry au sein du board des commissaires, je n’ai pas eu d’autre choix que de quitter la réunion. Surtout que le président m’a dit que le problème avec Philippe Henry ce qu’il est mon ami. Est-ce sur ce genre de critères qu’on va choisir les gens pour diriger les courses à Maurice ? » a soutenu Jean-Michel Giraud à Week-End.
En effet, selon nos informations, les discussions autour de la nomination de Philippe Henry au sein du board a souvent tourné au vinaigre avec des piques à peine voilées envers Jean-Michel Giraud sur ses relations avec l’ex-entraîneur plusieurs fois champion. Mêmes les arguments du commissaire Gavin Glover n’ont pu faire changer d’avis le président du MTC en dépit du fait que Philippe Henry a quitté le giron hippique depuis plus de 10 ans.
A la place, le président du MTC a annoncé l’arrivée de l’ex-Chief Stipe Ian Patterson – qui avait quitté  son poste en 2009 précipitamment sous la présidence de Gilbert Merven – pour quelques semaines. Mais là encore, nous apprenons qu’un commissaire a balancé à la figure du président les relations connues de l’ex-chief stipe avec un bookmaker clandestin, connu sur la place. Et qui n’a pas manqué de se faire remarquer dans l’affaire Chamarel.
« Ingérence dans le Management »
« Le président semble ne pas vouloir comprendre le respect qu’aurait apporté Philippe Henry au sein de ce board des commissaires des courses. Mais je trouve inacceptable que le président évoque le fait que Philippe Henry soit trop proche de moi pour ne pas le nommer au sein de ce board. C’est inacceptable », s’insurge notre interlocuteur. Mais il n’y a pas que le cas de la nomination des commissaires de courses qui a enflammé la réunion de mercredi.
Le manque de décision du Chief Stipe, Stéphane de Chalain, a été aussi évoqué par le président. Selon une source, Gilbert Merven aurait reproché à son Chief Stipe de n’avoir pas été prompt à prendre une sanction à l’encontre de Mukund Gujadhur pour son comportement dans la salle des commissaires samedi dernier. Tout comme il aurait reproché à ce même Stéphane de Chalain de n’avoir pas été constant dans ses sanctions quand le jockey Robbie Burke a été sanctionné. A un moment, un commissaire n’a pas manqué de souligner dans la réunion comment le Chief Stipe peut-t-il « oser prendre une décision contre les membres de l’écurie Gujadhur alors que le président lui-même a mis dans un tiroir le rapport du Fact Finding Committee ? » Dans la foulée, il nous revient que le commissaire Glover a aussi déballé son sac et a soutenu que le président aurait fait la promesse à certains « électeurs d’avoir la tête de certaines personnes au MTC » pour assurer son élection. Décidément, le grand déballage a commencé.
Visiblement, il se confirme que Stéphane de Chalain est bien dans le viseur du président du MTC et malgré son enquête sur l’affaire Chamarel, cela n’a guère arrangé les choses. Car le cas Cédric Ségéon a été aussi évoqué et selon certaines informations, tout laisse croire que le président du MTC aurait reproché que certains éléments de l’enquête aient été publiés par notre confrère du Turf Magazine. Sur ce chapitre, il nous revient également que l’avocat du jockey a envoyé une lettre au MTC pour reprocher ce fait.
 Autre cadre du MTC qui est dans le viseur du président du MTC. C’est bien Shan Ip. Et contrairement à ce que le président Merven avait indiqué à Week-End au lendemain de son élection en février dernier, le Communication Manager est bien une tête qui a été mise sur l’autel des sacrifices. Car, loin d’afficher un soutien à son responsable de communication après les diatribes de Ramapatee Gujadhur à la télévision, le président a déploré, au sein du board mercredi dernier, le fait que le Communication Manager est allé voir l’acting General Manager, Khalid Rawat, au lieu de venir le voir pour se plaindre.
« Cela ne peut pas continuer »
Au rythme où vont les choses, tout laisse croire que le président du MTC se met lentement mais sûrement à dos  le Management du club ; qu’il accuse en des termes à peine voilés de ne pas travailler. Même le middle manager en prend pour son grade actuellement au MTC alors que le General Manager n’a  pas non plus été épargné et a  subi une « attaque frontale » en pas moins de deux occasions. Finalement, le grand déjeuner familial des 200 ans au coeur même du Champ de Mars n’a servi à rien. Si ce n’est que pour la photo souvenir dans la presse. D’autant plus qu’il nous revient également que le pouvoir du président au sein du board a commencé à s’effriter. « Cela ne peut pas continuer », a lâché un autre commissaire lorsqu’il a quitté la réunion mercredi.
 Jean-Michel Giraud, lui, a déploré « les interférences » constantes dans le management  du MTC. « Je trouve inacceptable le traîtement contre certains cadres supérieurs du MTC, comme je trouve cela inacceptable le manque de réaction du board devant la situation financière catastrophique du club et contre la politique de petit copain qui continue à régner au sein du MTC », a soutenu le commissaire Giraud.  Ce dernier s’est aussi élevé contre les décisions qui sont sciemment prises alors qu’il a quitté la réunion. Il cite en exemple la décision des voyages des commissaires à l’étranger. « Jamais le board n’a pris une décision sur cela, je peux vous l’assurer », avance-t-il.
Giraud reste au sein du board
Reste maintenant la question de savoir si, de par sa démarche de claquer la porte du board de mercredi dernier, Jean-Michel Giraud compte prendre ses distances ? Si certains dans les conversations du matin au Champ de Mars y voient une occasion de se débarrasser de l’empêcheur de tourner en rond. Puisque les statuts du MTC donnent le droit au board de nommer un commissaire en cas de démission.
« Je ne donnerai à personne cette joie. Je reste commissaire et je continuerai à siéger au sein du board, car j’ai été élu par une assemblée. Je me ferai un devoir de faire savoir ma position aux membres du club et au public turfiste, n’en déplaise à certains », a-t-il conclu.
Nous avons essayé en vain d’avoir la position de Gilbert Merven, mais nos deux appels téléphoniques de vendredi sont restés sans réponse.