L’annonce de la visite impromptue du pape François à Maurice le 9 septembre a mis du baume au coeur de beaucoup de Mauriciens. Pas uniquement ceux de foi catholique, mais de l’île Maurice dans son ensemble, comme l’a bien fait ressortir le cardinal Maurice Piat. « Cette visite n’est pas seulement une visite du pape François aux catholiques, mais au peuple mauricien dans toute sa diversité religieuse. Et nous sommes heureux qu’il en soit ainsi ! »

Cette visite sera pour beaucoup une bouffée d’air frais qui nous permettra de nous exorciser, en l’espace d’une journée, des débats, des tractations, des propagandes, des mesquineries et des manipulations politiques qui envahiront tous les espaces de la vie mauricienne, et dans lesquels nous serons davantage enchevêtrés avec l’approche des élections générales, sans compter les spéculations autour de l’élection partielle dans la circonscription No 7.

Tout en reconnaissant que cette visite aura une dimension étatique, dans la mesure où le souverain pontife bénéficie du statut d’un chef d’État du Vatican, toutes les dispositions doivent être prises pour ne pas entrer dans la tentation de la récupération politique. Il est important de s’assurer dès maintenant que cette visite restera au-dessus de la politique partisane. Nous sommes tout à fait d’accord avec le Premier ministre, Pravind Jugnauth, qui a adressé une invitation au pape depuis novembre de l’année dernière, à l’effet que cette visite sera l’occasion de montrer au monde notre modèle de pluralisme ainsi que notre diversité culturelle et religieuse, qui a toujours favorisé un climat de dialogue, de compréhension et de paix dans le pays. Il faudrait aussi ajouter que Maurice est une démocratie caractérisée par le multipartisme. Ce modèle qui assure la stabilité et l’alternance politique dans le pays doit également être montré fièrement au monde.
Sur le plan religieux, le choix du 9 septembre, jour du pèlerinage du père Laval, donne une signification encore plus profonde à cette visite. Le cardinal Piat, qui a placé son épiscopat sous le patronage du Père Laval depuis 1993, n’a d’ailleurs pas dissimulé son émotion. Pour lui, la coïncidence de la visite papale avec la date du 155e anniversaire de la mort de l’apôtre des pauvres confirme la valeur et l’impact que ce dernier a eus sur le pays au 19e siècle en redonnant aux esclaves libérés l’espoir et la dignité. Ce sera la première fois qu’un pape préside la messe traditionnelle célébrée en mémoire du père Laval, et qui aura lieu cette année à Marie Reine de la Paix.

Cependant, le plus grand cadeau que pourrait faire le pape à toute l’île Maurice serait d’annoncer, ce jour-là, la canonisation du Bienheureux Père Laval. Bernard Hym, qui s’occupe de son dossier depuis des années, et qui a réuni tous ses écrits dans un livre intitulé Coeur à coeur avec le Père Laval, a lui-même reconnu en 2017 que « l’heure de la canonisation est arrivée ».

La reconnaissance de la sainteté du Père Laval devrait aujourd’hui dépasser les simples questions administratives concernant la validation de certains miracles concernant les guérisons. Il est aujourd’hui reconnu que le plus grand miracle réalisé par cet apôtre des pauvres est que 155 ans après sa mort, sa mémoire est plus que jamais vivante dans le coeur de centaines de milliers de Mauriciens et est vénérée avec la même ferveur. Ce n’est pas un hasard si le cardinal Piat a, dans son homélie prononcée à Sainte-Croix l’année dernière, présenté le Père Laval comme un exemple pour la jeunesse mauricienne. Il est en effet aussi le symbole de l’unité et de la diversité culturelle en étant vénéré par les Mauriciens de toutes les confessions religieuses et de toutes les communautés.
Alors que son tombeau, rénové en 2014, est déjà un lieu de pèlerinage national, voire régionale, sa canonisation ferait de Sainte-Croix un lieu de pèlerinage international. Finalement, la visite du pape François rappellera à beaucoup d’entre nous celle de Jean Paul II en 1989 et qui, depuis, a été canonisé.

Jean Marc Poché