L’abstention aux villes soeurs n’était guère une surprise pour les deux principales alliances mais le temps pluvieux durant la matinée a ralenti davantage le mouvement des électeurs, accentuant du coup cette tendance. Durant l’accalmie, les agents de l’Alliance Lepep et ceux du MMM ont fait un tour de force pour faire sortir les électeurs de chez eux. Si dans les quartiers populaires dans les régions de Stanley, Trèfles, Barkly et Mont-Roches l’on notait une certaine animation à proximité des centres de votes, les artères principales de la ville pour cette journée de scrutin étaient désertes et moroses. Malgré les efforts des agents, le taux de participation a à peine touché la barre des 35 %.
De la rue Boundary à St Patrick jusqu’à Coromandel, que ce soit dans le centre de Beau-Bassin et de Rose-Hill et dans les quartiers périphériques de la ville, les 21 centres de votes étaient quasiment déserts durant la matinée. À midi, lorsque le taux de votants était encore en dessous des 15 % dans tous les arrondissements, les candidats et les agents des deux principales alliances avaient le visage assombri devant ce manque d’intérêt certain des habitants. « Les citadins sont très exigeants envers les services municipaux mais je trouve cela chagrinant qu’ils n’exercent pas leur devoir civique. C’est triste pour la démocratie », devait confier Rajesh Bhagwan, le campaign manager du MMM pour les arrondissements de Beau-Bassin, rencontré dans l’après-midi. Le désintérêt des électeurs ajouté au temps gris qui a prévalu presque sur l’ensemble de la ville a refroidi quelque peu l’enthousiasme des partisans des deux blocs à leurs tables respectives. Il y avait certes les affiches, les banderoles, les t-shirts et les casquettes aux couleurs vives des partis, les haut-parleurs qui diffusaient des chansons cultes à la gloire des partis respectifs mais l’ambiance était relativement terne.
À 16 h, la barre des 20 % de votants a été franchie dans pratiquement tous les arrondissements et à la fermeture des bureaux de votes à 18 h, le taux global de participation des électeurs aux villes soeurs approchait le 36 %. Certains observateurs estiment que ce taux n’est pas significativement inférieur à celui enregistré en 2012.
Ceux qui étaient sur le terrain hier ont constaté avec quelle détermination les deux blocs se sont investis, l’un pour conserver son contrôle sur la municipalité et l’autre pour le lui ravir. Les dirigeants du MMM et des ministres étaient sur le terrain pour réconforter leurs candidats respectifs et motiver les agents. C’est ainsi que le leader du MMM, après avoir voté dans la ville de Vacoas, a fait la tournée des centres de vote à Rose-Hill entre 11 h et midi en compagnie de son proche collaborateur Deven Nagalingum et de Philippe Boudou, le maire sortant. Paul Bérenger, qui était de très bonne humeur, a fait une halte à la table des militants à la route Sainte Anne. Pour sa part, Ivan Collendavelloo, le leader du ML, a tenté un petit coup d’éclat juste avant la fermeture des bureaux. En compagnie de son épouse et de ses enfants et entouré des sympathisants de l’Alliance Lepep, il a entrepris une petite marche dans la rue de l’école Nuckchady à Stanley et s’est attardé aux abords du centre de vote pendant plus d’un quart d’heure.
Au-delà de ces deux principales forces, Rezistans ek Alternativ, jusqu’à la clôture des bureaux, croyait toujours que l’un ou l’autre de ses candidats pourrait faire son entrée au nouveau conseil municipal. Il y a aussi ceux qui sont présents depuis des années à chaque rendez-vous municipal même si les grands partis leur font de l’ombre. Eddy Michel, candidat des Verts Fraternels (fils d’Élie Michel, fondateur de l’Organisation Fraternelle) est l’un de ces fidèles et il attend patiemment, son heure, dit-il. « Je participe aux élections depuis 1985 alors que j’avais 18 ans à l’époque. À sak fwa mo finn gagn bate me zame mo finn zet zarm. Je continue le combat de mon père et je veux honorer son nom. Je sais qu’un jour viendra où la victoire sera là. Je ne vous cache pas que j’ai été approché par les deux principaux blocs pour ces élections. Ils ont compris que je ne vais pas renier mes convictions », dit Eddy Michel.