Selvina, 10 ans, et Selven, 7 ans sont les deux enfants du couple Siven et Hanta Chettiar. Ils occupent une minuscule pièce à Bois Marchand. Depuis plus de 10 ans ! Elle, d’origine Malgache, est bonne à tout faire. Lui, atteint de rhumatismes, est maçon. Donc, il ne ramène pas un salaire régulier à la maison. À eux deux, quand tout va bien, leurs salaires cumulés dépassent rarement la barre des Rs 7 000. Demain, Hanta offrira leurs touts premiers cadeaux de Noël à Selvina et Selven…
Selven a demandé au Père Noël « enn ordinater zouzou », lâche-t-il, dans un grand sourire qu’il happe très vite, tentant de dissimuler les dents qui sont tombées. Sa soeur aînée, elle, aura droit à une « caisse enregistreuse, toujours un jouet, précise Hanta Chettiar. Elle adore voir les caissières à l’oeuvre ! » La fillette accompagne le commentaire de sa mère d’un énorme sourire révélateur…
Peut-être un signe précurseur, Selven souhaite devenir « dokter ! », avoue-t-il, les grands yeux noirs écarquillés, illuminés par ce grain d’intelligence naturelle que l’on voit souvent chez les enfants de son âge. Selvina, elle, caresse le rêve de « travailler dans un grand bureau. » Et quand la grande timide est pressée de questions, elle confie enfin que « comptable » serait un métier auquel elle pourrait se préparer…
Ce Noël 2012 sera le tout premier des deux enfants mauriciens de Hanta. À 35 ans, cette Malgache, qui a longtemps vécu dans la région d’Ivato, près de l’aéroport d’Antananarivo, remercie « Dieu et nos bienfaiteurs qui ont entendu mes prières secrètes… Fer telma lontan mo fer la priere mem. Boukou soufrans nou traverse. Parfwa, san koner, enn etranzer repone a mo la priere… »
Catholique de confession, Hanta avoue ne pas être incommodée du fait que Siven soit tamoul. Car, pour eux, relève-t-elle, le principal obstacle, c’est la pauvreté. En effet, arrivée dans l’île à l’aube des années 2000, Hanta n’a connu « que des périodes de vaches maigres ». Et « ce n’est certainement pas fini ! »
D’ailleurs, en parcourant l’humble pièce qui représente leur “maison” à eux quatre, on se rend bien vite à l’évidence… L’unique pièce réunit le grand lit ; un autre, rouge, à étage, à l’état neuf, « que nous avons enfin pu acheter ; les enfants deviennent grands… » ; il y a aussi là un réfrigérateur, une table à manger et ses chaises pour six personnes, une armoire, un lot de vêtements et autres objets divers, entassés dans un coin… Et ce qui frappe le plus, c’est la propreté qui règne chez Hanta.
Pas parce qu’elle est femme de ménage chez des particuliers. Mais tout simplement parce que ce petit bout de femme, très digne dans son extrême pauvreté, ne donne aucune occasion pour qu’elle soit pointée du doigt. Ou qui pourraient causer des ennuis de santé, ou d’autre nature, à ses deux enfants. Hanta veille au grain.
« Je ne veux pas que mes enfants souffrent, résume-t-elle. Je ne veux pas qu’ils connaissent les souffrances que moi, j’ai endurées. » Quand Hanta quitte Tana, il y a plus d’une dizaine d’années, elle venait d’avoir une vingtaine d’années. « Monn tonbe enceinte alor ki mo ti ankor pe aprann », explique la jeune femme.