En présentant le budget 2019-20 lundi, Pravind Jugnauth a indéniablement procédé à un choix politique, ouvrant ainsi la voie à la campagne électorale des prochaines législatives. Dans des milieux politiques on persiste à croire que le writ électoral – qui devrait être publié lundi concernant la tenue d’une élection partielle à Piton/Rivière du Rempart – n’est qu’une procédure constitutionnelle et que le parlement aura été dissous avant la date prévue pour le scrutin. À la lumière de l’évolution de la situation, on estime que les élections générales auront normalement lieu d’ici décembre.

À propos d’élections, empressons-nous de nous inscrire à faux par rapport à la tendance réclamant que les élections ne soient pas organisées au mois de décembre. Ceux qui le préconisent occultent le fait que Maurice est une République laïque et démocratique. Ceci dit, nous considérons que depuis lundi on est déjà entré en une campagne électorale qui ira s’intensifiant au fil des mois. On ne devrait pas s’étonner d’une tentative de récupération politique de tous les évènements d’envergure nationale qui seront organisés les prochaines semaines, voire les prochains mois, jusqu’au jour du scrutin qui, souhaitons-le, sera organisé dans les meilleurs délais. C’est avec en toile de fond cette perspective de la tenue des élections générales que se déroulent les débats sur le discours du budget à l’Assemblée nationale. Il va sans dire que des deux côtés de la chambre les prises de position seront désormais diamétralement opposées avec peu d’espoir de développer un consensus sur quoi que ce soit. Les interventions de part et d’autre ne sont pas exemptes de positionnement en vue d’une investiture.

Le budget de cette année n’a pas dérogé au fait qu’il constitue un exercice dans le cadre de la gestion des affaires courantes du pays durant l’année financière. Les fonctionnaires seront payés normalement, les créanciers du gouvernement également, les dettes seront remboursées et l’appareil gouvernemental devrait fonctionner sans risque d’interruption du paiement des salaires au sein de la fonction publique. Toutefois, au vu des circonstances présentes, il était prévisible que Pravind Jugnauth use de ce dernier budget préélectoral en vue de satisfaire un maximum de personnes par le truchement de mesures populaires. Ce faisant, il est parvenu à créer l’illusion que ce même gouvernement restera au pouvoir jusqu’à la fin de l’année financière alors que son mandat arrive à terme le 14 décembre prochain, date à laquelle l’Assemblée nationale sera dissoute automatiquement à moins que le Premier ministre ait utilisé ses prérogatives pour le faire plus tôt. Après cette date, un caretaker government sera à la barre jusqu’à l’arrivée du nouveau gouvernement. On comprend donc que le budget ne contient pas de stratégie précise pour l’avenir du pays. Il se peut même qu’il réserve cet aspect-là pour le prochain programme électoral de son parti. Il s’est donc contenté de lancer quelques idées nouvelles comme la création d’une nouvelle catégorie d’entreprises à savoir le MidMarket Enterprises, qui disposeront des facilités pour tirer profit du marché régional et africain. Il a insisté sur la réforme en profondeur de la fonction publique, la digitalisation de cette dernière, et sur l’accès de la population à l’internet.

Le fait est que le gouvernement ne dispose désormais que d’une période très courte, avant la fin de l’année, pour mettre en œuvre la surabondance de promesses qu’il a faites dont certaines n’entreront pas en vigueur avant janvier 2020. Jugnauth a joué ses dernières cartes budgétaires. Cap désormais sur les élections générales.