Edouard Bard, de l’Académie des sciences et professeur titulaire de la chaire “Evolution du climat et de l’océan” au Collège de France était de passage à Maurice à l’occasion de la semaine du climat. Il est intervenu sur différents thèmes, dont “Ecosystème et climat”, mais aussi sur l’augmentation de la température du globe entre 3-4 degrés jusqu’à la fin du siècle, l’océan régulateur du climat. A l’Institut français de Maurice, il nous éclaire sur la complexité du système climatique et son dérèglement aujourd’hui. Voici quelques questions pour comprendre les enjeux de cet événement majeur.
`Il est académicien et professeur au Collège de France. Quand on lui parle de sa mission, Edouard Bard nous dit d’emblée que son rôle est de faire de la recherche fondamentale en climatologie. Il regarde les évolutions du climat sur le long terme et actuellement. Il évoque aussi l’homme comme forçant sur le climat par ses activités. On sait qu’un autre facteur forçant est le gaz carbonique injecté dans l’atmosphère. Evoquant le réchauffement climatique, Edouard Bard déclare: “Nous sommes collectivement responsables… l’effet de serre est le principal souci à l’heure actuelle… la population à l’échelle mondiale injecte dix milliards de tonnes de carbone chaque année…” La solution “triviale” consisterait à arrêter cela, mais nous sommes limités par nos activités. Le scientifique étudie les évolutions du climat naturelles et celles liées aux activités de l’homme. Ce qui complexifie sa tâche, c’est que les deux aspects sont superposés. Peut-on parler du système climatique et sa complexité (l’atmosphère, les surfaces terrestres, l’océan et les glaces — diverses composantes qui agissent entre elles) comme un vaste système qui fonctionne à l’énergie solaire ? Le professeur Bard explique que la mise en mouvement de toute l’énergie climatique est fournie par le soleil. Les saisons évoluent à long terme, tous les mouvements sont pilotés par l’énergie solaire. Et qu’en est-il de l’océan, ce grand réservoir d’eau qui recouvre 70% de la terre? Quel est son rôle dans l’évolution du climat? L’océan, nous dit Edouard Bard, est le principal “réservoir de chaleur d’eau et de gaz carbonique, ça tempère les changements climatiques…” Mais quand on perturbe l’océan, les anomalies sur l’atmosphère sont importantes. Ça pourrait faire monter la température. Le professeur Bard fait ressortir que le réchauffement dans les zones océaniques est plus faible (sur le continent il est double). Un des effets bénéfiques de l’océan, c’est qu’il a tendance à pomper (emmagasiner) la chaleur. Ce qui est bénéfique pour l’atmosphère. Où en est-on aujourd’hui avec la question du réchauffement climatique et ses conséquences ? “Le changement climatique progresse lentement… le discours des climatologues ne varie pas tellement… le message des scientifiques est presque toujours le même…”, explique Edouard Bard. Il ajoute que le climat futur sera différent, et ce que nous en ferons. Les prévisions sont de l’ordre de 3-4 degrés à l’échelle de la fin du siècle. “Il faut que les gens comprennent que c’est un phénomène lent, mais qu’on ne pourrait pas arrêter… Il y a urgence à faire des choses…”, déclare le scientifique. Si on arrive à se concerter mondialement pour limiter les effets du réchauffement climatique, ce serait un moindre mal.
La climatologie est un domaine scientifique et pas une science. Elle se sert de la chimie, la biologie, par exemple. Une technique de travail consiste à faire des mesures de chimie sur l’environnement naturel. Ce qui permet de retracer des températures, des salinités. En climatologie, on doit tenir compte de différents mécanismes. Il existe des modèles, dont le climat est simulé. On peut représenter le climat sur un ordinateur avec des modèles mathématiques, des simulations. Outre les modèles, les prévisions, les hypothèses optimistes, il y a l’importance de l’action personnelle dans une société qui fonctionne sur l’utilisation du carbone à outrance. Il y a aussi des décisions d’ordre collectives à prendre. Le geste individuel est important dans l’action collective, nous dit Edouard Bard.