Une trentaine d’artistes exposent leurs travaux autour de l’esclavage au Rabindranath Tagore Institute (RTI), à Ilot. L’exposition qui s’est ouverte le 5 février présente quelques travaux inspirés du slogan « Je suis Charlie ». Elle s’inscrit dans le cadre de la commémoration du 180e anniversaire de l’abolition de l’esclavage et restera ouverte jusqu’au 14 février.
Ce qui frappe d’emblée dans cette exposition, c’est le réinvestissement que font les artistes du slogan « Je suis Charlie ». Créé par Joachim Roncin, de l’hebdomadaire Stylist pour montrer sa solidarité envers les victimes de l’attentat meurtrier de Charlie Hebdo, au début de l’année, il a vite fait le tour du monde et a connu une multitude de déclinaisons. Simple et puissant, polysémique certes, le slogan a fait son chemin et nulle ne peut rester insensible au diptyque grand format présenté par Nirveda Alleck et exposé à l’entrée du vestibule du RTI. Un premier panneau bicolore — bleu et blanc – montre un paysage montagneux, une maison coloniale au loin, en avant-plan, un homme attaché à un arbre, il est battu par un autre, alors que d’autres esclaves poursuivent les travaux qui leur sont imposés.
Le deuxième tricolore — bleu, blanc et noir – montre des hommes et des femmes, allongés dans la cale d’un navire, à l’instar des images classiques utilisées pour illustrer les conditions dans lesquelles les personnes mises en esclavage ont traversé les océans. Les deux tableaux sont disposés côte à côte. Le message inscrit en continuum vers bas — « Je suis Hertel, je suis… » — devient l’objet presque absolu du regard du visiteur. Celui-ci, cherchant l’identité singulière de chacun des noms inscrits… Il se joint à l’artiste pour exprimer sa solidarité envers les victimes de ce système ou peut-être celles du monde contemporain. Plus loin, dans la salle d’exposition, le tableau de Gérard Foy, « Je suis esclave », frappe une nouvelle fois l’imaginaire. Avec ce visuel qui rappelle tant celui de « Je suis Charlie », l’artiste semble, pour sa part, exprimer la vie collective des personnes mises en esclavage, dépourvues d’identité. Hier et aujourd’hui, peut-être.
Bien qu’elle laisse place aux traditionnelles peintures, l’exposition fait la part belle aux installations. Chacun cherchant à exprimer sa souffrance en imaginant la vie des esclaves ou encore, pour être dans un registre positif, à chanter la liberté à l’instar du travail de Malini Callimootoo-Jeewon « Flying high freely ». Quatre tableaux desquels sortent des oiseaux multicolores pour aller vers un ailleurs 180 ans après l’abolition de l’esclavage. L’artiste a occupé une bonne partie du mur pour illustrer cette liberté presque totale. Le travail de Kamini Lenette rappelle beaucoup le Pont des arts de Paris. Toutefois, alors que les cadenas accrochés sur les parapets grillagés du pont parisien symbolisent l’amour entre deux êtres, l’artiste mauricienne invite tout un chacun à « be art of the movement to end slavery ». Un jeu de mots et un grillage sur lesquels elle dénonce toutes formes d’abus et d’inégalités dans nos sociétés actuelles.
D’oeuvre en oeuvre, le visiteur voit l’esclavage contre la liberté sous divers angles. De l’abstrait au figuratif. Des travaux en couleurs ou en noir et blanc. L’exposition est ouverte tous les jours de 9 heures à 17 heures. Entrée libre.