Hanson Mungrah et Michel Buckland, respectivement secrétaire et président de la Prisons’ Officers Association (POA), se sont présentés hier devant la Commission Lam Shang Leen. Leur but était d’« apporter notre contribution au travail engagé par la Commission, mais aussi faire ressortir que tous les Prisons Officers ne sont pas corrompus ». Outre le temps imparti au plaidoyer, les deux hommes ont également témoigné à huis clos pour « donner des éclairages sur certaines choses qui se produisent dans l’enceinte de nos prisons… »
Dans le sillage « des nombreuses auditions des gardiens de prison qui se sont succédé devant la Commission d’enquête sur la drogue, et le fait que plusieurs officiers se trouvent actuellement sous les feux des projecteurs, nous avons souhaité apporter notre contribution également dans cette lutte contre le trafic de drogue », expliquent d’une même voix le secrétaire et le président de la POA (voir plus loin). Pour Hanson Mungrah, d’emblée, « il y a énormément de faiblesses dans le système carcéral tel qu’il est actuellement. À maintes reprises, nous en avons fait part au Commissaire des Prisons (CP), Vinod Appadoo, mais sans suite ». Énumérant les dysfonctionnements (« manque d’équipements sophistiqués et adaptés pour assurer la sécurité des officiers et des détenus lors des transferts, outils de communication désuets ou mal équipés, en l’occurrence les « radios », absence de scanners et de jammers, entre autres »), M. Mungrah a surtout fait comprendre que « la sécurité n’a pas de prix ». « Quand on voit que les particuliers investissent massivement pour protéger leur maison, à grand renfort de caméras, alarmes, portail et grilles renforcés, entre autres, on ne comprend pas pourquoi l’État Mauricien, en revanche, ne débourse rien ou presque pour ce qui est de nos prisons ».
Questionné à l’issue d’une partie de son audition qui s’est déroulée à huis clos, Hanson Mungrah a expliqué que « l’on aurait pu éviter d’en arriver là où nous sommes dans les prisons, avec la Commission qui fait la lumière notamment sur nombre de collègues qui pourraient être de mèche avec des trafiquants incarcérés. C’est une situation déplorable. Si seulement tant le CP Vinod Appadoo que l’État nous avaient écoutés ! À maintes reprises nous avons fait part de nos craintes et nos inquiétudes au CP, mais il ne nous accorde que très peu d’attention. Si le trafic a pris une telle ampleur, c’est parce qu’on ne nous a pas écoutés. Nous sommes des officiers de carrière, avec nous, au sein de la POA, nous avons des officiers honnêtes et désireux de bien faire leur travail. Nous recevons donc des informations selon lesquelles on peut parer à des éventualités. Sauf que nous ne bénéficions pas d’une approche positive de la part du CP… » Interrogé tant par les membres de la Commission Lam Shang Leen que par le SLO, le secrétaire de la POA devait laisser comprendre que « les cargos sont introduits dans nos prisons par l’intermédiaire des véhicules qui sortent et entrent dans l’enceinte des prisons. Souvent ce sont des détenus qui y ont accès dans des ateliers comme celui de la mécanique, par exemple, qui placent les colis sous les véhicules. Et il y a aussi l’introduction via les orifices… Tous les officiers ne sont pas soumis aux fouilles corporelles. Certains en sont exemptés. Comme une DCP, responsable de la prison centrale de Beau-Bassin : puisque ce sont des hommes qui assurent la sécurité et qu’elle est une femme, elle n’est pas soumise au « body search ». Idem pour d’autres hauts gradés de la fonction… »
C’est dans cet esprit que Hanson Mungrah a expliqué que « l’une de nos grandes craintes, ces temps-ci, est l’imminence d’une évasion massive ». Il devait être questionné à ce propos par l’assesseur Sam Lauthan : « Vous devez donc avoir des indications qu’une évasion se prépare… » Réponse de Hanson Mungrah : « Nous en avons fait part au CP Appadoo. » Et d’ajouter que « nous avons à diverses reprises alerté la direction des prisons que, de nuit, les dispositifs de sécurité ne sont pas suffisants et optimaux. Mais rien n’a été fait, hélas ».
Durant son audition, le secrétaire de la POA devait également égratigner l’Intelligence Unit, arguant qu’« avec toutes les prérogatives qui leur sont conférées, ils ont diminué le rôle des Prisons Officers ». Dans le même souffle, il a relevé que « le recrutement des nouveaux officiers est également à pointer du doigt. Nous avons même parmi des jeunes recrues des éléments qui ont eu maille à partir avec la justice, d’autres qui ont commis des délits de drogue et même été incarcérés… » Le président Lam Shang Leen devait, à cet effet, soutenir ce propos, notant que « certains officiers qui ont témoigné ici ont fait part du fait qu’ils jouent et qu’ils font des paris… Nombre d’entre eux ont commis des infractions aux règlements. Est-ce que votre association en a pris note ? Que pensez-vous de tout cela ? » Pour la POA, devait répondre Hanson Mungrah, « c’est le résultat de frustrations diverses qui a amené cela ».
Michel Buckland, président de la POA, a, pour sa part, « remercié la Commission pour le travail entamé ». « Ce n’est pas tous les jours que nous avons une Commission d’enquête. Nous espérons que notre contribution pourra aider à assainir la situation ». Les deux hommes lancent un appel « tant au CP qu’au Premier ministre et ministre des Finances, surtout avec la tenue des consultations prébudgétaires : la sécurité dans nos prisons est un enjeu crucial. Nous souhaiterions qu’ils soient davantage à l’écoute de la POA. De très nombreux officiers comptent sur eux ».