Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM, parle de « risques immédiats de black-out intermittents ». Le chef de l’opposition dit craindre tout mauvais choix stratégique pour l’avenir en matière de production d’énergie électrique. Aussi, en vue d’un « débat informé », il demande que le rapport d’expert de la Banque mondiale (BM) soit rendu public.
Paul Bérenger insiste sur la nécessité vitale pour tout pays de s’assurer une production optimale d’énergie électrique. « Le développement économique en dépend », souligne-t-il à cet effet. Pour le leader de l’opposition, le gouvernement donne le sentiment de ne pas en être conscient. Il existe, selon lui, des « risques immédiats » de black-out, comme en Afrique du Sud.
Paul Bérenger en veut pour preuve le temps jusqu’ici perdu par rapport au projet de production de 60 MW additionnels à partir de l’huile lourde. Il rend le ministre de l’Énergie premier responsable « si l’on ourne ainsi en rond ». Le chef de l’opposition trouve en effet qu’Ivan Collendavelloo « ne maîtrise pas le dossier ».
C’est aussi le cas, d’après Paul Bérenger, en ce qui concerne le projet CT Power. Si bien qu’il dit appréhender ce que sera l’issue finale de cette affaire maintenant que les promoteurs de ce projet de centrale à charbon de 100 MW ont obtenu l’autorisation de la Cour suprême de faire appel de la décision des autorités de ne pas leur accorder un permis d’opérer.
Le leader de l’opposition rappelle à ce sujet que, dans un premier temps, le ministre de tutelle avait laissé entendre, en réponse à une interpellation parlementaire en mars dernier, que les promoteurs de CT Power n’avaient pas donné par écrit les garanties, notamment financières, quant à leur capacité de mener à bien ce projet.
Il poursuit en soulignant que, deux jours plus tard, dans une déclaration à la Chambre, le ministre Collendavelloo devait « plaider l’ignorance » en indiquant qu’il n’était pas au courant que CT Power avait envoyé aux autorités une lettre de confirmation.
Paul Bérenger précise quand même que le ministre avait alors laissé comprendre qu’après concertation avec son collègue des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, il avait été constaté que les informations fournies par les promoteurs n’étaient pas celles que réclamaient les autorités.
CT Power : « Qu’on sache quoi dire en Cour »
Le leader du MMM rappelle les trois raisons pour lesquelles son parti s’est opposé dès le départ au projet CT Power sous le précédent gouvernement Ramgoolam : l’absence d’un appel d’offres international ; le mystère entourant le financement du projet et ; le caractère éminemment polluant de ce projet à 100% charbon.
« Maintenant que les promoteurs ont obtenu l’autorisation de contester la décision des autorités de leur refuser d’opérer, nous ne pouvons qu’espérer que les ministres concernés sachent quoi dire en Cour suprême ».
De manière plus générale, Paul Bérenger réaffirme que par rapport aux besoins du pays en énergie électrique, il convient avant tout de savoir où l’on va. Il rappelle à ce propos avoir réclamé et obtenu, sous le précédent gouvernement, la venue d’un expert international en vue d’un audit complet.
Le leader de l’opposition demande ainsi au ministre des Services publics de publier ce rapport rédigé par un expert délégué par la BM. Paul Bérenger rappelle à cet effet qu’en réponse à une interpellation parlementaire en avril dernier, Ivan Collendavelloo avait confirmé avoir reçu le rapport en question.
« Le pays tout entier a le droit de prendre connaissance des recommandations faites par cet expert », estime le chef de l’opposition. Ce dernier déclare surtout vouloir connaître l’opinion de l’expert de la BM par rapport aux risques de black-out intermittents, à la fiabilité d’un recours au gaz naturel comme substitut de production et des possibilités de production à partir de sources renouvelables.
Dans le cas particulier du gaz naturel réputé bien moins polluant que le charbon et l’huile lourde comme substitut de production, Paul Bérenger souligne que le Mozambique, qui dispose de gisements de ce combustible, vient de s’embarquer dans son exploitation. Il cite par ailleurs Singapour, un pays qui a pu très largement, en quelques années, se défaire de sources de production polluantes en ayant recours au gaz naturel à grande échelle.
« Nous avons un choix stratégique à faire pour les 25 à 50 ans à venir. Aussi, nous risquons de payer le prix fort en cas de mauvais choix », lance le leader de l’opposition.
Méthadone : « Mépris et arrogance de Gayan »
Revenant par ailleurs sur la commission d’enquête instituée sur la drogue, le chef de l’opposition réitère son regret que les attributions de la commission ne mettent pas suffisamment l’accent sur la réhabilitation et la réinsertion des toxicomanes qui, dit-il, représentent l’autre moitié du problème avec celle de la répression.
Paul Bérenger ne manque pas au passage de dénoncer « le mépris et l’arrogance inacceptables » dont a fait preuve, selon lui, le ministre de la Santé, Anil Gayan, à l’encontre des ONG qui viennent en aide aux victimes de la toxicomanie ainsi qu’à l’encontre des toxicomanes eux-mêmes autour de la nouvelle politique décidée par son ministère en ce qui concerne le traitement de réhabilitation à partir de la méthadone.
« Face à l’arrogance de Gayan, le MMM tient à exprimer sa solidarité envers ces ONG et les victimes de la drogue en général », déclare le leader de l’opposition. Au sujet de la méthadone, utilisée comme produit de substitution pour le traitement de réhabilitation des toxicomanes, Paul Bérenger rappelle que le MMM a déjà, dans le passé, suggéré qu’une étude soit entreprise en vue de déterminer si le Subutex est un meilleur substitut.
Revenant sur le Traité de non-double imposition avec l’Inde, le leader de l’opposition estime que tout a foiré entre le moment où le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, a remis à la mi-juin à son homologue indien le « formidable Draft proposal » contenant les propositions initiales de la partie mauricienne et celui où le secrétaire financier, Dev Manraj, a paraphé le projet d’accord renégocié.
Selon lui, les trois points fondamentaux, qui ont entre-temps changé, portent sur la Capital Gains Tax, la Withholding Tax et la Grand-fathering Clause. « Tout a été chamboulé en quinze jours », affirme-t-il. Le chef de l’opposition renouvelle sa demande pour que la correspondance que le ministre Lutchmeenaraidoo dit avoir depuis adressée aux autorités indiennes soit rendue publique.
Commentant d’autre part la dernière affaire criminelle jugée en Cour d’assises cette semaine, le chef de l’opposition estime « urgente » une « réforme en profondeur » de la police. « Après l’affaire Legends, une fois encore, les jurés ont à l’unanimité rejeté les arguments de la MCIT, qui a laissé des plumes en Cour suprême une fois encore », note-t-il.
Pour Paul Bérenger, tant Navin Ramgoolam que sir Anerood Jugnauth sont à blâmer par rapport au fonctionnement de la police sous leur primeministership respectif. Il annonce ainsi que le MMM entend se mettre au travail en vue de faire des « propositions concrètes » pour une « réforme en profondeur » de la police.