La Plateform Sov Nou Laplaz, lors d’un point de presse cette semaine à Port-louis, est revenue sur les dangers guettant les plages mauriciennes. Georges Ah Yan, son porte-parole, a pointé du doigt divers projets de construction, qui contribuent, selon lui, à « l’accaparement des plages publiques » par des agents politiques, la dégradation de cet espace ne laissant aux Mauriciens qu’un espace minime pour leurs sorties en famille. C’est à travers une série de mesures que les protestataires comptent faire entendre leur voix.
« Nous ne souhaitons pas polémiquer sur le fait que ce soit un Pandit qui bénéficie d’un lopin de terre de l’état sur une plage publique. Nous demandons tout simplement que cesse le pillage de nos plages », a lancé Georges Ah Yan jeudi matin lors d’un point de presse au Centre social Marie Reine de la Paix, à Port-Louis. Le porte-parole de la Plateform Sov Nou Laplaz (PSNL), mouvement regroupant les forces vives de diverses zones littorales ainsi que des écologistes, est revenu sur les « zones d’ombre » autour du projet de construction d’une cafétéria sur la plage de Trou-aux-Biches – un projet entrepris par Subash Sungkur. Mais le compartimentage de cette plage par des agents politiques n’est pas l’unique préoccupation de cette plateforme car d’autres projets prévus sur d’autres plages de l’île sont déplorés. Parmi ceux cités : Bain-Boeuf, Mon-Choisy, Trou-aux-Biches, Le Morne, Flic-en-Flac et Blue-Bay, entre autres. Alors que les établissements hôteliers se taillent la part du lion en privatisant les plages situées devant leurs hôtels, le public, lui, se retrouve « coincé ». Une situation qui « énerve » de nombreux Mauriciens car, disent-ils, « nou vinn etranze dan nou prop pei ». Jacky Alexandre, habitant de Trou-aux-Biches et membre du Mouvement Solidarité de cette localité, revient sur ces années où la plage de Trou-aux-Biches brillait de mille feux. « C’était une plage très appréciée par de nombreux Mauriciens. D’ailleurs, les pique-niques étaient une activité que les habitants de cette région favorisaient. Désormais, cette plage n’a plus la même affluence auprès des Mauriciens. Ils trouvent qu’ils n’ont plus d’espace », explique-t-il. Coincé entre l’hôtel de Trou-aux-Biches et les locaux de la National Coast Guard, la plage est devenue de plus en plus étroite durant ces dix dernières années. La zone de baignade est, quant à elle, limitée à cause de l’amarrage des bateaux des plaisanciers alors que le sable blanc est « infesté » de transats destinés aux touristes. « Que reste-t-il pour les Mauriciens ? » se questionne ce dernier. Georges Ah Yan explique que cette situation est similaire sur d’autres plages. « Toutes nos plages sont rétrécies à cause des divers projets entrepris par des particuliers ou par la Beach Authority », soutient-il. Et de marteler : « À la manière dont vont les choses, nos plages publiques phares n’existeront plus en 2036. »
« La Beach Authority n’a plus sa raison d’être »
Pour la PSNL, c’est la Beach Authority qui est principalement responsable de la dégradation de nos plages. Pour la plateforme, cette institution ne respecterait pas les objectifs qui lui sont fixés. « La BA a-t-elle le droit de donner nos plages publiques à des promoteurs privés ? » se demande pour sa part le principal intervenant de la plateforme. Outre la conversion d’anciennes toilettes par des restaurants, et ensuite par des bâtiments commerciaux, la plateforme revient sur l’implantation de bâtiments commerciaux sur la plage d’Albion ou encore de Flic-en-Flac. D’ailleurs, sur ces plages de l’ouest, des Food Courts sont prévus. À Flic-en-Flac, l’ambition de réunir tous les marchands vendant de la nourriture dans un seul espace est soutenu par la BA. Au sein de cet organisme, la présence de structures métalliques sur les plages nuit à leur image. De plus, l’institution souhaite prôner un édifice « hygiénique » et « esthétique » pour accueillir les Mauriciens. La Beach Authority ne comprend pas l’entêtement des forces vives contre certains projets prônés. « Ils disent que nous n’assurons pas nos objectifs. Alors que, par de telles actions, la BA assure l’installation d’infrastructures adéquates au bénéfice du public », soutient-on. Les contestataires reviennent de plus sur les stratégies déployées par la BA pour mettre en avant de tels projets. Alors que certaines infrastructures, telles que des toilettes ou salles de bain, méritent d’être rénovés, ceux-ci sont laissés dans un état de décrépitude par les autorités. « Ce qui obligerait diverses institutions à prôner la construction d’un nouvel édifice pour abriter de telles structures », explique-t-il.
Revenant sur le permis octroyé à Subash Sungkur pour la construction d’une cafétéria sur l’aire de stationnement située à proximité de la National Coast Guard (NCG), certains habitants rappellent que des demandes déjà effectuées en 2011 ont été rejetées par la BA. Il était indiqué à celui faisant sa requête que celle-ci « for a concrete building at Trou-aux-Biches public beach to carry trades cannot be entertained for the time being ». Aux forces vives de cette région de se demander : « Quelle est la politique prônée par la BA dans ce cas ? »
Pour la plateforme, de telles actions sont qualifiées comme un « empiétement des droits des citoyens ». Elle déplore également le laxisme d’Hervé Aimée, ministre des administrations régionales. « On pourrait croire que le ministre de tutelle aurait donné carte blanche à Subhas Seeruttun, le président de la BA, pour qu’il aille de l’avant avec tous les projets qui détruisent notre environnement littoral », avance la voix du Forum des Citoyens Libre (FCL). Et de déplorer, dans la foulée, le rôle des députés au Parlement : « Na pena ene sel moman kot tann dir ki zot pe pran pozision. Zot na pa pe kapav fer zot travay ek anpes braderi nou later. Se la sosiete sivil ki pe bizin okip sa. » Analysant les diverses actions de la BA, la plateforme estime que la BA n’a pas sa raison d’être. « Non seulement à cause de son manque de jugement, mais aussi parce qu’il n’y a pas assez d’effectif pour s’occuper des 102 plages qui entourent le pays », soutient Georges Ah Yan. Raison pour laquelle, à travers une série de meetings, la plateforme compte réclamer la dissolution de cette autorité. « Laissons les District Councils s’occuper de la gestion de nos plages », réclame la plateforme.