Au point où nous en sommes, il serait inutile de revenir sur la débâcle du MMM ou sur le forfait historique du Parti Travailliste. Ce qu’il faut surtout en déduire, c’est que deux individus, deux leaders bornés et avides de pouvoir, auront suffi pour priver la République de Maurice, une démocratie moderne, d’une opposition saine et réactive. À leurs palmarès, le sabordage des deux partis nationaux les plus respectés de l’électorat.
Si pour l’un, cette descente aux enfers se résumera à une quasi fin, pour l’autre ce sera, au mieux, la douche d’un redressement qui pourrait durer au moins une vingtaine d’années ! Pour moi, Paul Bérenger et Navin Ramgoolam trahissent la démocratie mauricienne, en s’obstinant à rester à la direction de leurs partis respectifs, au vu de leurs échecs.
Comme toute trahison, celle-ci a un prix. Aujourd’hui nous héritons d’un pouvoir aux allures totalitaires, avec un gouvernement déjà fort au parlement, avec quasiment 75 % des sièges et 100 % de la direction des villes.
Cela me choque-t-il ? Non !
Est-ce dangereux ? Théoriquement oui !
Exemple :
Si demain, le gouvernement décidait d’amener une loi pour multiplier par 5 la taxe urbaine, en maintenant l’absence de fiscalité dans les « villages », ce ne seront ni les grincements de dents, ni les menaces de suicide ou les « walk-out » de Baghwan ou de Bérenger ou de la dizaine d’autres de l’opposition parlementaire qui pourront y changer quelque chose ! Pire, aucun conseil municipal ne s’érigera en bouclier pour préserver les intérêts des citadins.
En outre, ce gavage de l’Alliance Lepep au pouvoir-tous-azimuts, ouvrira certainement les portes à certains excès, notamment en termes de trafics d’influence, de népotisme et de petits arrangements entre amis. Et c’est dans ce type de contexte que de nouveaux cercles de corruption et de dessous de table, risquent de pulluler, si l’on ne se dote pas de réseaux de surveillance citoyenne efficaces au fouet, en appui aux institutions qui implémentent la bonne gouvernance de Bhadain.
Dans la réalité, néanmoins, on peut penser que la conscience et la personnalité de certains, élus ou non, permettent un contre-pouvoir minimum. Collendavelloo et Ganoo en sont les preuves, s’il en fallait… Ils ne sont à ce jour ni des transfuges, ni des leaders de partis satellites du MSM. Ils ont, de fortes personnalités et aujourd’hui, les cartes en main pour fédérer, dans un contexte de vide politique.
Si l’on peut reprocher à Collendavelloo son sens de l’opportunisme et à Ganoo son déficit en termes de timing (il aurait dû être dans la course municipale), la dislocation du MMM est, en soi, un énorme progrès dans la mentalité politique… Il y a, même si timide, une réelle volonté d’écouter.