Disparu de la circulation depuis 2016, le plastique, hier montré du doigt par les partisans du zéro plastique, les défenseurs de l’océan et les autorités, a fait un retour en force à la faveur de la crise sanitaire. Et pas seulement les sachets, mais aussi de nombreux autres types d’emballages. Masques en polypropylène, flasques de gel hydroalcoolique, chariot débordant d’aliments emballés… La propagation des polymères, produits à 99 % à partir de pétrole, de gaz ou de charbon, accompagne, désormais, celle du coronavirus. Un retour en force qui interpelle…

A Maurice, depuis 2016, la loi interdit l’utilisation et la fabrication des sacs en plastique.Mais pour éviter des contacts des consommateurs avec les produits, les commerçants se sont tournés vers les emballages plastiques réutilisables susceptibles de propager le virus Covid-19. Or, étant donnée la situation dans les supermarchés actuellement, il est clair que les entreprises continuent d’en fabriquer.

Sur des rayons des supermarchés, le vrac est complètement délaissé pour faire place à des sachets de produits préemballés par le plastique. Qui plus est, les sacs plastiques pour les aliments frigorifiés sont utilisés pour l’emballage d’autres produits. Ce qui va à l’encontre des règlements du l’Environnement Protection (banning of Plastic Bags) Regulations 2015.

Déplorable pour le ministre de l’Environnement

En effet, selon ce règlement, les rouleaux de sacs transparents pour les besoins alimentaires, en l’occurrence les fruits de mer frais, les produits réfrigérés, la viande, la volaille, les sacs poubelles, les sacs d’emballage où les produits sont scellés avant la vente sur le marché local pour l’exportation ; les sacs à des fins agricoles ; les sacs utilisés pour l’échantillonnage ; les sacs pour le marché de l’exportation, les pochettes transparentes ne dépassant pas 300 cm, les sacs transparents utilisés par les passagers transitant par l’aéroport et pouvant contenir les liquides, aérosols, ou gels… sont permis, en fonction uniquement des produits précités. Or, actuellement, c’est une véritable anarchie dans les supermarchés.

Contacté à ce propos, le ministre de l’Environnement, Kavi Ramano, dit avoir eu écho de cette pratique des commerçants et consommateurs en parallèle. « C’est déplorable », dit le ministre. Il explique cependant qu’en raison du confinement, les Enforcement Officers de l’Environnement travaillent avec un personnel réduit et qu’il n’est pas évident de traquer les contrevenants.

Cependant, dès la fin du confinement, les autorités vont sévir. Le ministre indique également qu’en ce qui concerne le plastique à usage unique, concernant par exemple les take aways, les plats en plastique, les gobelets, ou autres produits plastiques jetables, la loi pour son interdiction totale est actuellement en préparation au State Law Office. Dès la fin du confinement, elle devrait être promulguée. En attendant, la protection de la santé publique ne doit pas être en contradiction avec les efforts visant à endiguer le flot de plastiques remplissant les océans.

En 2018, l’ONU estimait que 5 000 milliards de ces sacs à bretelles étaient consommés dans le monde chaque année. Soit presque 10 millions par minute. La plupart finissent incinérés, mais surtout en décharge ou dans les océans où bon nombre finissent dans l’estomac des animaux marins. Avec une durée moyenne d’utilisation de vingt minutes, ils mettent jusqu’à quatre cents ans à se dégrader dans la nature.

Il reste néanmoins une question majeure à se poser, comment est-ce que du plastique qui devrait avoir disparu du marché local depuis 2016, a pu soudainement réapparaître dans le sillage du Covid-19. Qui l’a fabriqué et qui l’a importé ? Cela ne devrait pas être sorcier à retrouver ! A condition bien sûr de vouloir mater ceux qui, sur le dos de l’environnement et à la faveur d’une pandémie meurtrière, ne pensent qu’à profiter de la situation.