Sans aucun doute, la crise sanitaire mondiale, aussi assassine soit-elle encore, finira par passer. Nous en sommes tous d’ailleurs si convaincus que nous ne ratons aucune occasion, ici comme ailleurs, de venir avec la moindre « bonne nouvelle » à son propos. Histoire bien entendu de nous rassurer que le Covid-19 ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir. Ce qui est probablement vrai d’ailleurs.

Seul problème : ce regain d’optimisme, si l’on peut aisément en comprendre l’intérêt sur le plan psychologique, risque bien si nous n’y prenons garde de nous pousser à nouveau, une fois la crise passée, dans le déni le plus total. Pour s’en convaincre, nous pourrions prendre l’exemple du nouveau coronavirus, qui symbolise à lui seul les travers de nos sociétés libérales. Ainsi, posons-nous la question de savoir dans quelle mesure nous n’aurions pas pu anticiper le « choc » Covid. Comment ? Eh bien par le biais de variations du vaccin contre le SRAS, infection qui avait, pour rappel, touché 8 000 personnes et tué 800 autres en 2003.

Il faut en effet savoir que ces deux maladies infectieuses appartiennent à la même famille (celle des coronavirus) et qu’elles ont quasiment les mêmes effets et le même degré de contagion, en sus d’engendrer un taux élevé de décès. Sauf que… ce vaccin n’existe tout simplement pas, car n’ayant jamais été développé. Non pas par manque de moyens financiers, ni même parce que cela dépassait nos compétences scientifi ques, mais plutôt parce que nous ne l’avons pas voulu. La crise du SRAS passée, à quoi bon en effet pour les géants pharmaceutiques s’atteler à développer un vaccin dont la rentabilité était d’ores et déjà compromise. Plutôt en effet pour eux se concentrer sur d’autres produits bien plus lucratifs, comme dans le domaine cosmétique. Résultat des courses : nous nous retrouvons aujourd’hui, des dizaines de milliers de morts plus tard, à devoir tout reprendre à zéro, sachant que mêmes les candidats vaccins actuels, y compris les plus prometteurs, ne pourront débarquer dans le meilleur des cas sur le marché qu’au milieu de l’année prochaine, soit certainement bien après que nous nous soyons débarrassés du SARS-CoV-2.

À se demander même si un tel vaccin verra le jour… Le cas de la pandémie de Covid-19 est ainsi doublement éloquent. D’abord parce que son origine est assurément humaine, entre autres en raison de notre propension démesurée à voyager plus que raison dans un monde bien trop globalisé. Puis, ensuite, parce que, comme nous venons de le voir, l’absence de profits immédiats nous aura poussés, au milieu des années 2000, à abandonner des recherches qui, aujourd’hui, auraient pu être reprises dans l’espoir de réduire le taux de décès induit par le nouveau virus. Deux revers d’une même médaille donc, et qui viennent une fois encore attester de notre déraison. En ce sens, le Covid-19 est bien plus qu’un simple virus, mais le symbole de toutes nos dérives capitalistes, et dont il n’est finalement que le fruit. Cette étape d’acceptation de notre incohérence sociétale est d’autant plus importante que d’autres défis, bien plus alarmants que le virus, mais nés eux aussi de nos politiques néolibérales, se profi lent à l’horizon, à l’instar de la lutte contre le réchauffement climatique ou la perte de la biodiversité, pour ne citer que ces deux items. Des dangers plus que des menaces d’ailleurs, car déjà bien réels, quand bien même apparaitraient-ils moins « palpables » et présents qu’un virus, mais contre lesquels le moment est peut-être venu d’enfi n agir, tant la conjoncture paraît aujourd’hui des plus évidentes. Oui, tout n’est pas perdu, et une lueur d’espoir est enfi n permise.

Aujourd’hui plongée en pleine crise, l’humanité se met à réfléchir, à se questionner, à se « confiner » intellectuellement, avec pour résultat d’assister à l’émergence d’idées qui, sans être nouvelles, commencent à se propager plus vite que ne l’aura fait le Covid. Nombreux sont en effet ceux dénonçant désormais les défi ciences de notre système, voire son total « échec », tandis que d’autres, eux, en appellent plus simplement à un « retour à la Terre », à une nouvelle voie, plus sereine, plus humaine, plus en accord avec le « toutvivant ». Et pourquoi pas d’ailleurs ? En tout cas, c’est l’occasion rêvée de prouver que l’homme mérite de garder une place sur notre planète, et qu’il n’est pas juste le fruit d’une dysfonction de mère Nature.