À une semaine de la présentation par le vice-Premier ministre et ministre des Finances Xavier-Luc Duval du budget 2014, la Mauritius Commercial Bank, par le truchement de MCB Focus 55, est venue remettre en perspective la problématique des investissements littéralement en chute libre depuis ces dernières années. Les auteurs du document « Mauritius Inc. – The Challenge of Investing in Growth », dont Gilbert Gnany, Group Chief Strategy Officer et Adviser auprès du board de la MCB, tirent la sonnette d’alarme sur les répercussions néfastes de la tendance des investissements sur l’économie dans les années à venir. Ils soulignent le fait que déjà le taux de chômage est reparti à la hausse en passant la barre des 8 %. MCB Focus, qui a été rendu public dans la matinée, élabore une série de propositions en vue de relancer les investissements en privilégiant des « pragmatic and pro-growth policies » en prévision du prochain budget.
D’entrée de jeu, la MCB met l’accent sur les « direct and spillover ramifications of the continuously subdued and erratic trends noted in respect of public and private investment ». La part de l’investissement national par rapport au PIB a régressé de 30 % au cours de ces dernières années à 21 % en 2013. Ce taux est considéré comme étant nettement inférieur à la barre des 30 %, présentée comme « the advocated level to firmly accomplish our socio-economic ambitions ».
« L’insuffisance des investissements, principalement générés par le secteur privé, est une réelle préoccupation à l’île Maurice car le renforcement des capacités et l’amélioration de la productivité peuvent être considérés comme le fondement le plus viable et fiable pour sécuriser une croissance durable avec de nouvelles perspectives de création d’emplois résilients », fait comprendre la MCB.
Poursuivant son état des lieux de la situation économique, MCB Focus note que le Gross Domestic Savings par rapport au PIB a régressé de moitié depuis le début du siècle jusqu’à cette année, passant de 25 % à 12 % en 2013. À cela, s’ajoute la volatilité notée au niveau du flux de capitaux « in the current shaky global economic landscape ». L’évolution de l’épargne nationale semble être tributaire à la « declining ratio at the corporate level amidst the difficult economic context ».
Une autre zone de préoccupation se situe au niveau du déficit fiscal qui a été de l’ordre de 2 % jusqu’ici. Mais les derniers développements indiquent que ces prévisions pourraient être révisées à baisse pour se retrouver au-dessus de la barre des 3,5 % avec des effets sur l’endettement du pays. « With lower-than-expected revenue generation amidst subdued economic growth compounding the impact of higher-than-planned spending stemming mainly from the implementation of the Errors, Omissions and Anomalies Committee Report on the PRB Report and other supplementary expenditures incurred, notably linked to land drainage, this fiscal performance is projected to adversely influence the public sector borrowing requirement », note MCB Focus dans la conjuncture.
L’urgence du moment demeure le programme de réforme avec le Chief Strategy Officer de la MCB s’appesantissant sur le fait que « there is no alternative for Mauritius other than to come to grips with its deep-rooted structural impediments and to materially boost the stretch and depth of its reform programme ». Il préconise des « pragmatic and pro-growth policies to assist Mauritius in more effectively weathering external shocks, buttressing its competitiveness internationally, refkindling growth and bolstering employment creation ».
La MCB se déclare en faveur d’une stratégie cohérente en vue de revitaliser le secteur privé avec le maintien d’un « low and simple corporate tax regime » et l’élimination des obstacles à la gestion des affaires aussi bien qu’un « appropriate policy focus for encouraging quality foreign direct investment, notably flow shaving a high value added and a perceptible impact on the level of economic activity ». Cette approche devra insuffler un nouveau dynamisme dans le niveau des investissements émanant du secteur privé.
La part des investissements privés a enregistré une nette dégradation au cours de ces dernières années en soulignant que « while the relevant figure gyrated around 20 % some five years back, the share of private investment to national output deteriorated at a continuous pace lately and is expected to slip further towards the 16 % threshold in 2013 ». Cette performance des investissements privés est considérée comme étant nettement insuffisante « to materially boost the country’s in-built productive potential and foreign competitiveness ».
La MCB ne cache pas ses inquiétudes quant à l’avenir si des mesures correctives ne sont pas adoptées et mises à exécution à temps. « This situation could exert exacerbating strains on business investment and employment creation across economic sectors. If unaddressed or ineffectively tackled, such dynamics could push the Mauritian economy into a self-sustaining low-growth conundrum over the longer term, with the challenge of quickly and conclusively getting out of such a vicious circle not likely to be an easy task for both public and private stakeholders », lit-on dans le MCB Focus 55. Le modèle économique de la Malaisie est également cité en exemple en vue de stimuler la croissance et les investissements (voir graphique plus loin).
MCB Focus préconise également un changement d’approche au chapitre des investissements dans le secteur public avec un « major leap in both the level and quality of public sector investment ». Dans la gamme de mesures identifiées en vue de rendre plus efficaces les investissements dans le secteur public, relevons l’élimination des blocages dans la mise à exécution de projets d’infrastructure d’envergure comme le Road Decongestion Programme, nécessitant des investissements de plus de Rs 30 milliards, l’adoption de « well-structured Public-Private Partnerships, l’élaboration d’un Blue Print pour relancer les investissements pour les moyen et long termes, un « stable and rewarding economic environment » ou encore l’amélioration de la gamme et de la qualité du « direct public sector support » notamment en faveur des « innovation-driven start-ups and SMEs ».
Toujours en ce qui concerne les investissements, MCB Focus maintient que « as for Mauritius, while quality capital outlays by the government are also sought for private sector investment, which can be viewed as the most viable means to achieve long-term growth, should be revived on a large scale in the country. Fundamentally, the underlying macroeconomic attributes that contributed to the socio-economic progress of Mauritius in recent years should be maintained ».