Quatre-vingt jours après l’écroulement de l’empire Rawat, conglomérat faisant partie jadis du Top Ten du monde des affaires à Maurice, le suspense est toujours de mise. L’incertitude continue à peser sur les quelque 1 500 membres du personnel des trois plus importantes entités du groupe BAI, la clinique Apollo-Bramwell, Iframac et Courts, au sujet de leur emploi. Et également incertitude quant à la possibilité que le principal protagoniste derrière l’opération de la BAI Mega-Financial Scam, le Chairman Emeritus, Dawood Rawat, soit entendu par le Central CID au sujet des dessous de ce Ponzi Scheme de l’ordre de Rs 23 milliards. Dans l’immédiat, Seemadree Rajanah, le Chief Operating Officer du groupe British American Investment Co Ltd, présenté comme étant le bras exécuteur des plans de Dawood Rawat au préjudice des détenteurs de police d’assurance de BAI Co (Mtius) Ltd et autres clients ayant souscrit des placements dans des instruments financiers proposés, est attendu au cours de la semaine prochaine au QG du Central CID pour un premier round d’interrogatoire Under Warning.
Ce premier rendez-vous de ce membre du Top Management du groupe BAI, qui avait bénéficié d’une dérogation à une Objection to Departure en avril dernier pour visiter sa fille au Canada, sera suivi avec un intérêt particulier car il intervient à une étape cruciale de l’enquête dans le cadre de l’opération « Daylight Robbery ». Seemadree Rajanah avait fait partie de la cellule de crise au sein du groupe BAI pour essayer de négocier un sursis en faveur de la Bramer Banking Corporation Limited dans la nuit fatidique du 2 au 3 avril dernier.
Le Chief Operating Officer de la BAI, qui avait joué avec l’idée d’un Management Buy-Out de l’empire Rawat en vue de sauver les meubles, pourrait également être interrogé sur les circonstances autour de la transmission de la lettre portant la signature de Dawood Rawat proposant de vendre cet empire, évalué à Rs 35 milliards, contre une roupie symbolique. Cette éventualité, qui avait été évoquée au début d’avril, a été remise au coeur de la controverse avec une récente déclaration de Dawood Rawat donnant à cette proposition une coloration politique.
Dans des milieux autorisés, l’on fait comprendre que Seemadree Rajanah devrait avoir des réponses aux interrogations des limiers du Central CID sous la supervision de l’assistant commissaire de police Heman Jangi sur les principaux aspects frauduleux de ce Ponzi Scheme, défini comme historique à l’Hôtel du gouvernement. Son interrogatoire devra également être axé sur une triple opération de transferts financiers pour un montant de Rs 66,3 millions exécutée entre le 7 juin 2012 et le 6 juillet 2012.
En tant que Director/President et Chief Executive Officer de British American Services Group of Companies depuis 2010 et cumulant les fonctions de Chief Operating Officer de British American Investment Co. (Mtius) Ltd. depuis février 2012, Seemadree Rajanah peut difficilement plaider l’ignorance au sujet des dessous de cette affaire d’importants fonds, soit Rs 16,9 millions le 7 juin 2012, Rs 16,9 millions le 27 juin 2012 et Rs 32,5 millions le 6 juillet 2012, puisés du Common Policy Holders Fund de BAI Co (Mtius) Ltd, ont transité par la British American Investment Co Ltd et le Bramser Services Group Ltd pour aller finir dans les poches du patron du groupe de presse Défi Plus, Ehshan Kodarbux.?À part des membres de la famille Rawat, dont les deux filles Adeela Rawat-Feistritzer et Laina Rawat-Burns et leurs conjoints, Seemadree Rajanah deviendra le quatrième membre du Top Management de BAI à être entendu Under Warning par le Central CID. D’autres membres du personnel du groupe BAI ont déjà été entendus à titre de témoins.
Un autre CEO du groupe BAI, Swadeck Taher, est également dans le collimateur du Central CID et de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) par rapport à divers aspects de l’enquête sur le détournement et le blanchiment de plus de Rs 6 milliards en profit de Dawood Rawat. Celui qui se targue de détenir la clé des opérations à la clinique Apollo-Bramwell pourrait très bien emboîter le pas à Seemadree Rajanah pour emprunter les marches des escaliers du QG du Central CID avant même que le choix du repreneur de la clinique ne soit entériné prochainement.
Sur le front social, la tension commence déjà à monter avec l’expiration de l’échéance pour la soumission des offres pour le rachat d’Apollo-Bramwell, de Courts et d’Iframac. La principale appréhension porte sur le plan de redéploiement des membres du personnel de ces trois entités que pourraient adopter les racheteurs. Face à la garantie verbale de l’Hôtel du gouvernement contre tout licenciement se dressent les modèles économiques qui seront appliqués pour la relance des BAI Loss-Making Enterprises.
L’intérêt dans les propositions de rachat, qui seront étudiées par les deux Special Administrators de BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities, Mushtaq Oosman et Yogesh Basgeet, va au-delà de la seule évaluation financière. « Il y a toute la question des emplois, qui pourraient être préservés, à évaluer. Néanmoins, nous ne devons pas nous leurrer pour croire que tous ces emplois seront maintenus », fait-on comprendre.
Conscients de ce risque potentiel aux emplois dans le groupe BAI, les syndicalistes de la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé, Jane Ragoo et Reeaz Chuttoo, lancent une sévère mise en garde contre toute complaisance dans la conjoncture. « A moins que nous nous trompions lourdement, une bombe à retardement a été posée au sujet des emplois. Nous demandons aux employés du groupe BAI de rester mobilisés et de ne pas se complaire dans un faux Feelgood Factor avec les garanties verbales du gouvernement. Nous disons que le gouvernement ne peut se dédouaner de ses responsabilités car c’est ce gouvernement qui détient les rênes du pouvoir pour imposer des solutions allégeant les difficultés des employés de BAI », a déclaré au Mauricien le syndicaliste Reeaz Chuttoo en prévision du rassemblement organisé à place Cardinal Jean Margéot à Rose-Hill demain après-midi.