Sous menace dès les premiers jours de l’écroulement de l’empire Rawat avec l’éclatement du Ponzi Scheme de Rs 23 milliards en avril dernier, la Banque des Mascareignes, filiale de la BPCE, deuxième groupe bancaire en France, a été emportée dans la tourmente au cours de la semaine. Quatre des membres de son Top Management, dont l’ancienne directrice générale, la Réunionnaise Nelly Jirari, ont été appréhendés par le Central CID avec des découverts bancaires fictifs de Rs 3,6 milliards pour couvrir la banqueroute du groupe BAI au 31 décembre 2009. Le quatrième haut cadre de la Banque des Mascareignes, Jean-Jacques Fung Wah Heen-Fah, 44 ans, a passé la nuit d’hier à ce matin en cellule à l’Alcatraz Detention Centre. Toujours concernant l’opération « Daylight Robbery », la société GlobalCapital plc, opérant à Malte, fait parler d’elle de nouveau avec le banquier italien Paolo Catalfamo faisant l’acquisition de 8,93 % des actions de cette société au cours de cette même semaine. Par ailleurs, Maurice se trouve au coeur d’un autre Ponzi Scheme avec un préjudice de Rs 11 milliards (quatre milliards de rands). Ce scandale financier, qui comprend huit des sociétés impliquées mises sous administration par la Financial Services Commission à Maurice depuis la fin de mars dernier, a éclaté en Afrique du Sud en cette fin de semaine.
L’enquête du Central CID sur l’énigme des Rs 3,6 milliards de découverts bancaires, accordés par la Banque des Mascareignes pour une double opération de Window-Dressing et de Reverse Window-Dressing du bilan financier du groupe BAI au 31 décembre 2009, continue à mobiliser l’attention. Le quatrième banquier de ce groupe, qui a fêté en novembre dernier son dixième anniversaire de présence à Maurice, a été placé en détention policière hier en fin de journée. L’ancien Relations Manager et responsable du Corporate Portfolio à la Banque des Mascareignes, Jean-Jacques Fung Wah Heen-Fah, devra comparaître aujourd’hui devant la Bail and Remand Court pour son inculpation provisoire.
Ce Relations Manager, interpellé hier matin par une escouade du Central CID dans les locaux de l’Afrasia Bank, où il est en poste, devra savoir aujourd’hui s’il pourra bénéficier d’une remise en liberté provisoire. Lors de son interrogatoire, il a rejeté les accusations d’actes frauduleux dans les comptes de British American Investment avec le jeu d’écriture pour maquiller le bilan financier.
À hier après-midi, deux anciens collègues, l’ancien Corporate Director, Lobine Unmole, et l’ex-Corporate Manager, Mohammad Alkheez Mehdi Ackbarally, ont pu obtenir leur remise en liberté contre une caution de Rs 150 000 chacun. Lobine Unmole, dont la prise de fonctions en tant que General Manager de la Mauritius Housing Company est remise en question, échappe à une incarcération durant le week-end.
Par contre, l’ancienne directrice générale de la Banque des Mascareignes a été moins chanceuse car elle a été reconduite en cellule policière jusqu’à vendredi prochain, date à laquelle la Bail Motion présentée en son nom par Me Sanjay Bhuckory, Senior Counsel, sera débattue. Par contre, le Central CID s’attaquera incessamment à l’autre volet de cette affaire, soit l’interpellation des Authorised Signatories de British American Investment and Related Entities.
De son côté, le banquier Paolo Catalfamo, un des principaux actionnaires de la société EIP plc de Malte, est revenu à la charge au sein de GlobalCapital plc. En effet, cette dernière compagnie, cotée sur la Bourse de La Valette, a annoncé, mardi, que le banquier italien détient 8,93 % des actions. Un communiqué officiel de GlobalCapital plc note que « in the Company announcement dated 16 September 2015 it was disclosed that EIP plc («EIP ») had informed the Company that it remained intent on acquiring a shareholding in the Company. The Company hereby announces that EIP has earlier today acquired one million one hundred eight thousand ordinary shares in the Company, which shareholding represents eight point nine three per cent of the issued share capital of the Company ».
Néanmoins, jusqu’ici, Paolo Catalfamo s’est heurté à un refus catégorique de la part de la Financial Services Commission pour s’approprier les 48,45 % d’actions au nom du Chairman Emeritus de la BAI, Dawood Rawat, sans compter les 5 % des titres GlobalCapital plc appartenant à Yukondale Ltd, la société incorporée pour traduire dans les faits les ambitions de magnat de la presse à Maurice du même Dawood Rawat. Au sein de GlobalCapital, la FSC livre une partie d’échecs à distance avec la position du Chairman Emeritus en jeu.
Offshore Alert
D’autre part, Maurice est citée en avant-plan dans un autre Ponzi Scheme, qui a vu le jour presque en même temps que le BAI Ponzi Scheme. Le Belvedere Management Company Ponzi, avec un préjudice de Rs 11 milliards en Afrique du Sud. Cette affaire secoue Maurice mais également d’autres centres financiers comme les Îles Cayman et Gibraltar de même qu’Anguilla dans les Caraïbes. David Merchant du magazine spécialisé Offshore Alert, qui avait attiré l’attention sur cette importante fraude avec deux Sud-Africains, Cobus Kellerman et David Cosgrove, compte intervenir sur ce scandale financier lors d’une importante conférence à Londres les 23 et 24 novembre prochain.
Commentant les opérations de Belvedere Management Company, David Merchant passe en revue la dimension internationale de la fraude en avançant que « in Mauritius, eight companies have been closed down by the local regulator. In Guernsey, three hedge fund companies have been closed down by the local regulator. In the Cayman Islands, one hedge fund company has been closed down. In Gibraltar, a company is in liquidation and more recently, in Anguilla in the Caribbean a company owned by one of Belvedere’s administrators had regulatory action taken against it. I’ve been doing this for so long. When Offshore Alert exposes something it typically quickly collapses and the Belvedere Group has followed suit. »
Depuis mars dernier, suite à des échanges entre les régulateurs des centres financiers concernés, la FSC devait mettre sous administration ces différentes sociétés opérant dans le secteur Offshore, soit Four Elements, Kijani Commodity Fund et Belvedere Management Company, et la nomination de Mushtaq Oosman de PwC en tant qu’administrateur de ces entités. Mais, moins d’une semaine après, le BAI Mega-Ponzi occupait toute la place…