Tous ceux ayant emprunté la route du Jardin à Curepipe ont certainement remarqué la présence d’une grande marquise blanche devant le magasin Voiliers de l’Océan. Elle abritait la première maquette de bateau de cette taille jamais réalisée à Maurice. Une commande très spéciale pour le compte d’un Allemand, sur laquelle cinq employés de cette entreprise ont travaillé sans arrêt durant ces six derniers mois. Depuis mercredi dernier, la réplique de l’Amerigo Vespucci est en route pour Hambourg. Scope a rencontré Krishnaduth Sakeesingh, qui compte plus de trente ans de pratique dans l’artisanat marin.

Annabelle Rose-Montenot

Tout était fait prêt. Il ne restait plus qu’à conditionner et emballer la maquette de l’Amerigo Vespucci pour sa livraison à Hambourg. Lundi dernier, le conteneur était déjà devant les locaux de Voiliers de l’Océan à Curepipe. Sauf qu’un petit détail – “20 centimètres de trop en hauteur” – de cette commande spéciale de 4m30 par 6 mètres de longueur, posait problème. De quoi donner des sueurs froides à Krishnaduth Sakeesingh, le directeur de cette entreprise spécialisée en fabrication de maquettes de bateaux depuis plus de trente ans. Il avait accepté de relever “ce défi” en fabriquant la toute première maquette de bateau de cette taille à Maurice.

Une commande de 600 maquettes.

Forte de ses nombreuses années d’expérience dans le domaine, toute une équipe était aux côtés du directeur pour “trouver une solution et effectuer les modifications nécessaires” afin que la maquette puisse prendre place à bord du conteneur. “Nous ne disons jamais non aux demandes des clients.” Une force de caractère qui a permis à Voiliers de l’Océan de construire sa réputation auprès d’une clientèle venant des quatre coins de monde. L’atelier est ouvert du 1er janvier au 31 décembre, et disponible presque 24 heures sur 24. Il faut bien plus que “de la passion lorsqu’on choisit de faire un business de maquettes de bateaux”, confie Krishnaduth Sakeesingh.

C’est en février de cette année que Krishnaduth Sakeesingh a reçu la visite d’un groupe de personnes, envoyé par un certain Mr Phol, qui dirige une grosse boîte d’assurance en Allemagne. Un nom gravé à jamais dans les souvenirs du directeur de Voiliers de l’Océan. Dix ans après avoir commencé ses activités dans la fabrication de maquettes, “cet homme était venu me voir pour me demander combien de maquettes de bateaux j’étais en mesure de faire. À l’époque, mes ouvriers et moi étions capables de réaliser environ une cinquantaine. Mr Phol avait en tête de commander 600 bateaux de 90 cm. Je n’ai pas réfléchi à deux fois devant une telle occasion.”

Une réplique de l’Amerigo Vespucci.

Mr Phol a passé d’autres commandes pendant environ deux ou trois ans, pour un total de 800 maquettes. Il est revenu en 2019 pour une commande très spéciale : une réplique de l’Amerigo Vespucci, entre 5 à 7 mètres, où il fallait absolument placer 600 voiles, “pour représenter les 600 employés de son entreprise, qui se sont vu offrir un billet d’avion pour venir voir les différentes étapes de la construction de cette maquette à Maurice”. Un nouveau challenge que Voiliers de l’Océan a relevé. “L’artisanat en matière d’architecture marine est un domaine qui va s’éteindre d’ici quinze ans, faute de relève. Aujourd’hui, il reste à peine quelques magasins et ateliers qui fabriquent des maquettes de bateaux”, précise Krishnaduth Sakeesingh.

Depuis six mois, Edley Gopaul, Bernard Banan, Jabbar Anne, Dominique Botte, Jacqueline Coco et Chanda Subran ont travaillé “sans relâche” sur la coque, le pont, les mâts, etc. de ce voilier-école italien utilisé pour la formation des élèves officiers. Ce bateau est actuellement l’un des plus anciens trois-mâts carrés à naviguer, le plus ancien navire-école de la marine italienne en service et un des plus grands voiliers d’école militaire du monde. De quoi rendre “doublement fiers tous mes employés. Notre savoir-faire et la qualité de notre service sont reconnus à travers cette commande. Outre les 300 clients que les agences de voyages nous emmènent quotidiennement, nous avons reçu pas moins de 2,000 visiteurs pendant toutes les étapes de la fabrication. Cela a permis de mettre en lumière le métier de maquettiste/modéliste”, souligne Krishnaduth Sakeesingh.

Élève de José Ramar.

À l’âge de 16 ans, en quête d’un travail dans Port-Louis, le futur directeur de Voiliers de l’Océan croise la route de Raphaël Touze, l’ambassadeur de France. Ce dernier l’envoie frapper à la porte de José Ramar, qui dirige la toute première compagnie de maquettes de l’île. Krishnaduth Sakeesingh y apprend les rudiments du métier.

Une douzaine d’années plus tard, il décide de prendre son envol. “J’avais un but et j’ai suivi des cours en architecture marine avec le Musée de la Marine en France. Je suis aujourd’hui membre de l’association.” Il débute avec cinq employés et compte aujourd’hui une soixante d’ouvriers dans son atelier capable de reproduire plusieurs modèles (Victory, Astrolabe de Dumont D’Urville, Soleil Royal, Le Souverain des Mers, Cutty Shark, Captain Cook, Bounty, Jonque, Gorch Fock, Hermione, La Confiance de Surcouf…), entre 35 cm à 2m40, qui sont en vente dans les succursales de Curepipe, du Caudan et à Arsenal.

Alors que cette immense maquette réalisée par Voiliers de l’Océan n’était toujours pas encore dans le conteneur pour être livré à son propriétaire allemand, Krishnaduth Sakeesingh nous a invités à revenir le voir l’année prochaine. Il compte “renouveler cette folle aventure en tentant la réalisation d’une pièce de 8 mètres, le fameux Victory de l’amiral Nelson. J’espère faire découvrir cette maquette à tous les Mauriciens lors du défilé de l’Indépendance au Champ de Mars”.