Alors que la Convention Internationale des Droits de l’Enfant arrive à ses 30 ans cette année (1989- 2019), un énorme travail reste encore à être abattu au niveau de la prise en charge et l’éducation des enfants des rues à Maurice. Le phénomène est encore très présent, constatent les professionnels qui exercent sur le terrain.

“Mo frer ek moi nu ti pe kokin bann ti zafer dan lakour dimounn apre nunn koumans al kokin dan laboutik. Nous avons été arrêtés à quatre ou cinq reprises et reçu plusieurs avertissements”, raconte Abishek, 15 ans. Avec un père absent et une mère obligée de travailler dans “kat sink lakour” pour subvenir aux besoins de ses enfants, les frères ressentaient un énorme manque. “Nous n’allions pas à l’école, préférant trainer les rues toute la journée”. Pour sa part, Michael avait à peine cinq ans quand ses parents se sont séparés. “Avec ma mère, nous avons déménagé. Je me sentais étouffé et j’avais besoin de rejoindre les autres. Agé aujourd’hui de 17 ans, il est conscient qu’il dépassait souvent les limites.

Lourd quotidien

“En 2019, dans une île Maurice développée, il y a encore un gros travail au niveau de la prise en charge et l’éducation des enfants qui sont livrés à eux-mêmes. Deux institutions en sont responsables, en l’occurrence, la famille et l’école”, explique Edley Maurer, Manager de l’ONG Service d’accompagnement, de formation, d’intégration et de réhabilitation de l’enfant (SAFIRE). Quand les enfants échappent à ces deux autorités, ils deviennent des enfants des rues.

En 2012, une étude sur le terrain réalisée par SAFIRE avait démontré que quelque 6700 enfants étaient concernés par ce phénomène. “Sept ans après, c’est peu probable que ce nombre ait régressé. Les familles sont toujours les mêmes et le système éducatif n’a pas changé non plus. Je dirais que ce nombre a augmenté”, constate notre interlocuteur.

Si certaines familles font face à des difficultés d’ordres sociaux, le travailleur social est d’avis qu’il c’est important de réfléchir à comment recréer une bonne cellule familiale pour que la famille assume ses responsabilités. Autre observation, c’est qu’en 2019, malgré le Nine-Year-Schooling et l’éducation gratuite, beaucoup d’enfants de moins de 16 ans ne sont toujours pas scolarisés et traînent encore les rues. “Ce sont des lacunes dans le système qui créent beaucoup de laissés-pour-compte. Nous passons aussi à côté d’une éducation civique pour construire de bons citoyens de demain”.