J’ai toujours été déterminée à combattre pour l’émancipation et l’élévation de la communauté kreol. J’ai choisi d’être candidate aux élections de 2019 pour défendre ces idéaux et j’ai eu à le payer très cher. Moi qui voulais lutter contre les discriminations, c’est moi qui ai eu à en subir… au sein de mon propre parti. Je souhaite témoigner aujourd’hui pour dénoncer la violence politique.

Ce qui m’a toujours touchée personnellement, c’est que des Kreol ne sont pas solidaires, mais nous devons comprendre que ces personnes ne sont pas en tort, parce que le système leur a mis dans la tête qu’elles n’ont pas le niveau nécessaire pour se représenter elles-mêmes. Tous les partis traditionnels durant ces cinquante dernières années leur ont vendu des rêves et leur ont fait beaucoup de promesses, mais jusqu’à l’heure, le Kreol ne voit toujours pas la lumière au bout du tunnel.

J’ai donc décidé de m’inscrire en politique pour défendre mon idéologie, parce que j’estime important d’avoir une vision pour la communauté kreol. Et pas seulement une vision, une action aussi. Ce qui m’interpelle, c’est la discrimination subie par les Kreol. D’une part, les Kreol en subissent plus que les autres citoyens, mais aussi la communauté kreol est souvent plus victime que les autres de catastrophes, parce qu’elle est plus exposée à la pauvreté et à la précarité. C’est là que je trouve qu’il est important de défendre des valeurs telles que la solidarité, l’intégrité, l’honnêteté, le respect, qui n’ont pas tout le temps fait partie de notre système politique des partis traditionnels.

En mai dernier, j’ai donc décidé d’intégrer un parti politique. Pour moi, le choix était évident parce que ce parti était en ligne avec mes propres engagements et mon idéologie. Au début, je le suivais sur Facebook en tant que simple membre. Puis après quelques encouragements au sein du parti, j’ai décidé de soumettre mon nom comme potentielle candidate et je l’ai intégré six mois avant les élections. J’ai fait du travail de terrain ensemble avec les autres candidats potentiels. Puis, quand j’ai été confirmée en tant que candidate, j’ai accepté sans hésiter cette responsabilité de représenter ma circonscription. J’étais très fière d’avoir été choisie pour pouvoir faire entendre la voix des membres de la communauté kreol. Pour moi, c’était l’opportunité de pouvoir trouver des solutions au « malaise kreol ». C’était un grand engagement que je prenais envers ma communauté. D’ailleurs, pour ma campagne, j’avais choisi ce verset de la Bible : « L’Eternel a dit : j’ai vu la souffrance de mon peuple et j’ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car je connais ses douleurs » (Exode 3.7).

J’ai toujours été un peu réservée de caractère et pour mon parcours politique, j’ai appris à repousser mes limites. J’ai dû mettre ma timidité de côté ; par exemple dans les réunions nocturnes, pour le porte-à-porte, j’ai dû me surpasser. Je me suis sentie fière de moi lorsque j’ai vu que les gens, les sympathisants et les membres du parti, étaient derrière moi et m’encourageaient pour l’élection.

Malheureusement, j’ai eu à payer très cher mon engagement politique. J’avais une vision pour que la communauté avance, mais j’ai été confrontée à de tristes réalités du terrain. Je croyais que nous étions là pour nous battre contre les discriminations, mais au final, c’est nous qui en avons fait l’expérience. J’en ai été victime au sein même du parti dans lequel je m’étais engagée, et plusieurs autres personnes avec moi.

En ce qui me concerne, les choses ont commencé une semaine avant les élections, quand j’ai soulevé un problème de manque de transparence au niveau des financements. La seule réponse que j’ai eue, c’était des jurons. À partir de là, j’ai commencé à subir une campagne de harcèlement ainsi que des insultes. Cette campagne de harcèlement est devenue de plus en plus violente alors qu’on approchait du jour du scrutin.

Par ailleurs, on m’a brûlé mon van, qui est mon outil de travail. Et ce, à la veille des élections. Je n’accuse personne.

Pour moi, c’était très difficile de continuer, avec la peur, la déception et le découragement. Mais j’ai dû tenir le coup parce que j’avais une responsabilité morale envers les électeurs, et je ne pouvais abandonner à la veille des élections. Pour moi, c’était terrible de constater que, durant la campagne électorale, mes ennemis n’étaient pas dans les partis adverses, mais au sein de mon propre parti. J’avais cru qu’en étant membre d’un parti, nous étions comme une famille avec toutes les valeurs que nous défendions, solidarité, intégrité, honnêteté. L’ironie de la situation, c’est que ce sont les partis adverses qui m’ont témoigné de leur solidarité, avec des candidats d’autres partis me disant « pa bizin dekouraze, se enn lexperians ».

Le plus dur restait à venir. Lors d’une réunion générale du parti le 16 novembre dernier, j’ai reçu des menaces de mort. On s’en est pris à moi avec des insultes et des violences psychologiques, en menaçant de me frapper et en me menaçant : « Modeline, mo pou desann Camp-Levieux… e mo pou fer koup twa bout par bout ». Depuis, c’est difficile pour moi de rester debout alors que je vis dans la peur et que je me sens complètement détruite. Mais si, aujourd’hui, j’ai eu le courage de témoigner, c’est pour dire non à la violence. C’est pour que d’autres aussi aient le courage de la refuser.