Depuis le 1er juillet, l’Étoile d’Espérance, qui aide les femmes alcooliques à sortir de leur addiction à travers un programme de réhabilitation, offre ses services rue Meldrum, Curepipe. Micaëlla Clément, codirectrice de l’Ong, dit noter un rajeunissement de la consommation d’alcool chez les femmes. « On a déjà reçu comme résidente une jeune de 15 ans. » Par ailleurs, selon elle, « aujourd’hui, il y a autant d’hommes et de femmes qui boivent, surtout chez les jeunes ». Elle souligne une différence majeure entre l’alcool au masculin et l’alcool au féminin, « lequel est plus lié à une souffrance ». De plus, « le regard de la société est bien plus dur envers la femme alcoolique qu’envers l’homme qui boit ». Micaëlla Clément souligne en outre les « dégâts irréversibles » sur le foetus lorsque la femme enceinte consomme de l’alcool. 
Viol, violence conjugale, décès, inceste… Autant de raisons qui poussent les femmes à sombrer dans l’alcool. Depuis 19 ans, l’Étoile d’Espérance se donne pour mission d’aider ces dernières à travers un programme de réhabilitation. « Dépendant des cas, certaines viennent y habiter pour trois à six mois, d’autres viennent en journée de 9h à 15h », explique Micaëlla Clément. Rappelant que « l’alcoolisme est une maladie », elle poursuit : « Quand elles viennent ici, les résidentes participent à des groupes de parole. Tout est basé sur des outils pour les aider à se remettre debout et à gérer leurs problèmes. Par exemple, quand elles retournent chez elles, les patientes auront toujours à faire face au vide laissé par le décès d’un mari, par la violence d’un mari alcoolique, par la douleur causée suite à un viol. Mais il importe qu’elles sachent gérer leurs émotions et qu’elles aient un projet de vie. » Le centre les prépare à rebondir dans la vie après leur thérapie. « Que vont-elles faire de leur vie après leur sortie de l’Ong ? Vont-elles travailler ? Vont-elles avoir une occupation ? L’oisiveté crée souvent des problèmes. » 
Notre interlocutrice souligne aussi que la perte d’estime de soi au fil de la vie d’une femme peut aussi conduire à l’alcoolisme. « C’est tout un travail à faire sur la personne. Nous proposons des ateliers de créativité, de yoga, de Tai-chi. On les aide à se découvrir des talents et à transformer des choses négatives en positives. » 
En moyenne, les patientes qui viennent à l’Étoile d’Espérance ont la trentaine et plus. « Il y a un rajeunissement de la consommation d’alcool chez les femmes. Nous avons déjà reçu une fille de 15 ans. Et même celles qui ont la trentaine, on se rend compte qu’elles ont commencé à boire vers 15 ans. ». L’Ong travaille en collaboration avec l’hôpital Brown Sequard et les autres hôpitaux régionaux. « Beaucoup de personnes hésitent à venir vers nous pensant que nos services sont payants. Or c’est totalement gratuit. » 
Souvent, la femme alcoolique est appelée à être sevrée de son entourage et de sa famille pour une meilleure thérapie. « Si dans son environnement, tout le monde boit, la femme doit faire une coupure en résidant au centre. Elle doit faire un travail sur elle-même. Il y a aussi un travail à faire avec la famille. Tous les 15 jours, il y a une thérapie familiale. » Micaëlla Clément souligne la grande différence entre les hommes et les femmes alcooliques. « Dans 90% des cas d’alcoolisme chez les femmes, il y a une souffrance. Ensuite, le regard de la société est bien plus dur à l’encontre de la femme, qui va se cacher pour boire. Parfois, la famille ne se rend même pas compte qu’elle est alcoolique. C’est une alcoolisation isolée. » Elle fait d’autre part ressortir que « 50% des admissions à Brown Sequard, hommes et femmes confondus, sont liées à l’alcool, ce qui est alarmant ».
Quid des rechutes ? « La rechute fait partie du travail. On se dit que si la personne rechute, ce n’est pas grave. Au contraire, elle se sentira plus forte et sera en mesure de retravailler certains aspects, comme les non-dits. En effet, pour qu’une personne se livre, il faut qu’elle se sente en confiance. Bien souvent, elles rechutent à cause de l’environnement. Si elle a une famille qui l’attend à bras ouverts pour lui donner un soutien et non avec un regard dur et accusateur, elle a plus de chance de réussir. Mais le plus gros travail doit venir de la patiente. » Elle souligne aussi un phénomène : « Sans jeter la pierre sur l’homme, on remarque que quand l’homme est alcoolique, la femme se tiendra debout pour son mari, mais l’inverse est très rare. Il y a des maris qui sont là pour leur femme? mais c’est plus rare ! »
Micaëlla Clément attire aussi l’attention sur le phénomène SAF (Syndrome d’alcoolisation foetale), dont c’est la Journée mondiale ce 9 septembre. « La date a été choisie pour les neuf mois que comprend une grossesse. » Ce phénomène peut entraîner des dégâts irréversibles chez les foetus, selon elle. « Il ne faut en principe pas boire six mois avant la conception et six mois après l’allaitement », rappelle-t-elle.