« Faut-il que ces vieilles dames de 70, 80, 90 ans fassent une grève de la faim pour obtenir enfin une compensation ? ». Les propos de Jack Bizlall, ce matin, étaient ceux d’un syndicaliste outré qu’au bout de 30 ans « de lutte », 91 veuves d’anciens employés du Port – licenciés à la suite d’un processus de modernisation en 1979 – n’aient jamais vu leur demande satisfaite. Deux d’entre elles sont depuis décédées. Il représentait aussi 49 ex-employés de Scott, qui n’ont obtenu aucune compensation après avoir été licenciés il y a quatre ans dans le cadre de l’importation de riz par containers, ainsi que Sheryad Hosany, limogé par la Cargo Handling Corporation (CHC). Jack Bizlall estime qu’une rencontre avec le Premier ministre et le leader de l’opposition est « primordiale » pour améliorer le sort de ces trois groupes de personnes.
Jack Bizlall est « scandalisé ». En cause notamment : le cas de 91 veuves d’ex-employés du Port – licenciés en 1979 – et qui réclamaient depuis cette époque une compensation. Deux d’entre elles ne verront jamais leur demande satisfaite, car étant maintenant décédées. Quant aux autres, elles attendent toujours. « Jusqu’où va-t-on mendier dans ce pays ? Navin Ramgoolam parle de démocratie. La misère et l’abandon, est-ce cela la démocratie ? » s’est indigné le syndicaliste lors d’une rencontre avec la presse. Selon lui, « il n’est pas normal que le Premier ministre demeure insensible au sort de ces veuves ». D’où sa demande pour une rencontre avec Navin Ramgoolam ainsi qu’avec le leader de l’opposition, Paul Bérenger. Et Jack Bizlall de déclarer, à propos de la conférence de presse, que cette dernière est « la plus pénible » de sa « vie de militant », alors qu’il était en présence de ceux qu’il qualifie de « laissés pour compte ». Des 91 veuves, deux sont depuis décédées. Les autres, elles, « vivent toujours aujourd’hui avec, pour seules ressources, leur pension de vieillesse ».
L’Observatoire de la démocratie – dont il se faisait le porte-parole ce matin – a contacté la Mauritius Ports Authority (MPA) et la CHC afin de mettre sur pied un fonds de solidarité pouvant alléger le fardeau de ces veuves à travers une allocation de Rs 2 000 à Rs 3 000 par mois, soit « une somme dérisoire », estime le syndicaliste. « Ce fonds allait être fixé dans le temps jusqu’à ce que la dernière veuve s’en aille. » Selon Jack Bizlall, la direction de la MPA et celle de la CHC avaient donné leur assentiment à ce projet. De plus, une quarantaine d’employés de la MPA et de la CHC ont donné leur accord pour une contribution mensuelle de quelques centaines de roupies à ce fonds. Le projet était sur le point d’être finalisé cette année lorsque, « out of the blue, le board de la MPA et celui de la CHC sont revenus sur leur décision ». Le syndicaliste dit « espérer que ce ne sont pas les trois employés siégeant au board de la CHC qui en sont à l’origine ». Avant de se dire plutôt d’avis que : « Ce sont des fonctionnaires siégeant au board MPA/CHC qui en sont responsables. N’ayant pas obtenu l’accord de leur ministre, le projet est resté en suspens », suppute-t-il. Pour lui, « la bataille des veuves est une tribulation inacceptable dans une société démocratique ». Jack Bizlall a indiqué qu’une lettre serait adressée aujourd’hui même au Bureau du Premier ministre afin de lui faire part du problème et « qu’il ne peut demeurer insensible » à cette situation.
Dans un autre volet de la conférence de presse, le syndicaliste a abordé le sort des 49 ex-employés de la compagnie Scott, licenciés à la suite de la décision de la STC d’importer le riz par conteneur et s’étant, depuis, retrouvés sans compensation. « En 2001, l’employeur a offert Rs 10 000 par employé. Ce n’est pas suffisant. » Le cas a été référé au ministre du Travail puis à la Cour industrielle, qui devait rejeter la demande des ex-employés. Ceux-ci devaient faire appel en Cour suprême, qui a rejeté le jugement de la Cour industrielle. Celle-ci a eu à rejuger leur cas. Et, au bout de 12 années de lutte, clame le syndicaliste, la demande a été rejetée. « Parmi ces licenciés, sept Chagossiens ont émigré en Angleterre et six sont décédés, ayant laissé des veuves. » Seule solution, d’après Jack Bizlall : la contestation du jugement en Cour suprême et le recours au Privy Council. « Ils ont dépensé Rs 90 000 pour cela. » L’Observatoire de la démocratie a réclamé une rencontre avec la STC, Rogers et la MPA pour se pencher sur cette situation.
Autre cas d’injustice aux yeux de l’Observatoire : celui de Sheryad Hosany. L’homme a été licencié par la CHC en 2009, « sur instruction du Bureau du Premier ministre », affirme Jack Bizlall. Selon lui, la CHC a proposé de réembaucher M. Hosany à condition que le Bureau du Premier ministre retire son objection. « Lorsque nous avons demandé la raison de cette objection au Bureau du PM, nous n’avons obtenu aucune réponse », poursuit le syndicaliste. Jack Bizlall dit qu’il s’agit du seul cas, à sa connaissance, « où le Bureau du PM est officiellement à l’origine d’un licenciement ».
Le militant se demande jusqu’où continueront les « bla-bla » autour de la compensation des descendants d’esclaves alors que, dans le Port, les veuves d’anciens employés doivent « mendier pour avoir une compensation ». Il poursuit : « Nous vivons un paradoxe. En voulant dénoncer et faire certaines choses, on fait exactement le contraire. ». Et de blâmer pour conclure le gouvernement et l’opposition pour le sort réservé à ces trois groupes de personnes.