Le mois de la photographie proposé par d’Hélène de Senneville à Pointe-aux-Canonniers offre un divertissement enrichissant à plusieurs égards : notamment la diversité des techniques employées tant à la prise de vue qu’ensuite lors du traitement numérique de l’image et de son tirage, et aussi la diversité des approches visuelles et de la sensibilité des auteurs par rapport à ce matériau extrêmement riche qu’est notre petite île. Les paysages souvent littoraux et scènes de rue mauriciens dominent avec toutefois quelques propositions venues d’ailleurs, Saint-Brandon ou Madagascar, ainsi que quelques nus et les images de presse que les principaux groupes du pays ont envoyées.
Hélène de Senneville avait laissé le champ totalement libre pour cette première édition du Mois de la photo qu’elle propose de fixer chaque année en août. « Beaucoup de gens prennent des photos à Maurice, nous fait-elle remarquer, et c’est un médium qui est conçu avant tout pour être partagé. Alors je voudrais sincèrement que les photographes comprennent que je ne considère pas cet événement comme le mien. Je rêve qu’il y ait chaque année en août des expositions de photographies partout où c’est possible dans le pays… »
Pour cette première édition, la galeriste a laissé les auteurs choisir librement l’image ou les images qu’ils allaient exposer… Ils seront exceptionnellement sur place à la galerie, samedi matin à partir de 10 heures, pour répondre aux questions des visiteurs ou simplement recueillir leurs impressions. Ainsi pourra-t-on demander à Patrick Marie comment il fait pour obtenir un tel rendu, à mi-chemin entre hyperréalisme et peinture, pour ses scènes de rue mauriciennes. Pratiquant la technique du High Dynamic Range, ce Normand installé à Maurice n’arrête en effet pas son intervention à la prise de vue… Il préfère les lumières rasantes du petit matin ou du soir, et chaque vue est prise en rafale avec trois réglages d’exposition différents… Tout se passe ensuite sur l’ordinateur où il mariera les atouts de chaque image obtenue, rehaussant les lumières ici, gommant certaines ombres là, et recherchant constamment la précision des détails… Affinant aussi les réglages colorimétriques, il obtient une représentation pour ainsi dire parfaite de la scène qu’il a prise, si réelle qu’elle en devient impossible… Cette technique se révèle particulièrement appropriée aux paysages urbains mauriciens, apportant un glacis esthétique ou une patine aux spectacles urbains les plus banals, dont l’auteur souligne l’intérêt grâce un réel talent de composition à la base, pour ces représentations de la vie mauricienne comme on ne l’avait jamais vue jusqu’alors.
Fonds documentaires Jean-Louis et images de presse mises à part, les images de dix-huit photographes sont montrées dans des formats souvent généreux, ce qui permet de vraiment baigner son regard dans l’image. Bien sûr, il eut été étonnant dans cette galerie qui s’est toujours appuyée sur une clientèle à la fois touristique et mauricienne, de ne pas voir quelques clichés de Christian Bossu-Picat et Claude Pavard, ceux-ci ayant littéralement photographié Maurice sous toutes les coutures. Effectivement, l’allée aux flamboyants ou encore la marchande de glace aux lunettes de star de Pavard ou encore le lumineux filet de pêche de Bossu-Picat dans lequel une sorte de colombe semble s’engouffrer donnent quelques repères connus, de même que les nus de Sophie Montocchio qui avaient été exposés à Port-Louis il y a quelques années. Mais les premières images sentinelles de cette exposition sont assurément les quelques inestimables documents en noir et blanc de feu Philippe Halbwachs, des trieuses de tabac en sari blanc, assises à la lisière d’un camp aux maisonnettes en chaume aux scènes pêche où l’action est si bien saisie qu’on a l’impression d’y être…
Josic de Chavagnac pourrait aussi raconter samedi quel effet les touches d’aquarelle portées sur ses images de Saint-Brandon apportent à la représentation… Ces images d’infini aux lignes et couleurs délicates associé au jeu des transparences offrent un tremplin pour les rêveries. Il faudrait encore parler des étranges compositions abstraites de Coralie Demeautis, des paysages très contrastés en noir et blanc de Patrick Laverdant, de la douceur des portraits de François Wiehe, du sympathique humour de Gada Schaub ou des portraits d’arbres fabuleux de Frédéric Melotte, sans oublier d’étonnantes images de presse et le rappel par le truchement de la photo qu’un des plus anciens lieux d’histoire du pays attend toujours d’être transformé pour accueillir une promesse de Musée d’art national… En somme pas d’avant-garde pure et dure dans cette exposition mais des valeurs sûres et des approches photographiques inédites qui méritent un petit tour…