Très populaire, Flic-en-Flac est un de ces villages côtiers les plus fréquentés de Maurice, prisés pour ses longues et belles plages, ses luxueux hôtels. Une virée dans les rues de cette région de la côte ouest permet de découvrir ses nouvelles routes et constructions, ses nouvelles espaces résidentielles. Envahi par une horde d’estivants et de baigenurs pendant le week-end, Flic-en-Flac, c’est aussi, le samedi soir, le paradis des noctambules et des clubbeurs où une faune de noceurs se donne rendez-vous pour une nuit de folie. Pour certains habitants, ceux qui y sont nés, Flic-en-Flac perd de ses attraits. Ils assistent avec impuissance à la lente dégradation de la nature causée par la construction de nouveaux complexes qui, selon eux, défigurent leur village. D’autres villageois, eux, accueillent favorablement la modernisation du village.
Se prélassant à l’ombre d’un cocotier (au lieu de filaos) tout en se laissant bercé par le bruissement de ses feuilles et par le clapotis des vagues, ou se prendre en photo sur cette plage avec en arrière-plan le soleil couchant. Mais on n’est pas aux Seychelles, mais bien à Maurice où ce rêve aurait pu être réalisé. Malheureusement, cela ne semble pas être pour maintenant. En témoigne l’état de la centaine de jeunes cocotiers plantés il y a un an par le ministère de l’Environnement afin de lutter, disait le ministre Dayal, contre l’érosion et pour embellir le littoral. Au lieu d’embellir la plage, ces jeunes palmiers l’enlaidissent. Mesurant moins d’un mètre, ces cocotiers qui pourraient sans aucun doute rendre l’endroit plus attrayant aux Mauriciens et aux touristes tiennent à peine debout, et sont pour la plupart, faute d’entretien, défraîchis, d’autres abîmés, ou affaissés jusqu’à toucher le sol.
Arrivé à Maurice, il y a trois jours, Gabor Hopfor, un touriste allemand, en compagnie de sa petite amie, est à sa première visite chez nous. Le couple, qui a choisi de séjourner à Flic-en-Flac, est frappé par la beauté du paysage devant leur hôtel: “L’eau translucide à laquelle il est difficile de résister, une plage longue et accueillante et une vue magnifique sur de beaux paysages, dont le Morne Brabant.” Mais quelle a été leur stupéfaction quand ils ont découvert l’état lamentable des cocotiers: “C’est une excellente idée d’avoir planté des cocotiers. Cela apporte une atmosphère exotique, tropicale. Mais je doute qu’ils survivent. Il faut de l’entretien, beaucoup d’arrosage pour faire pousser ces palmiers. Dommage qu’ils sont en train de mourir. C’est beaucoup de travail et de l’argent pour rien. Je souhaite quand même qu’à ma prochaine visite ici, ils auront poussé, deviendront beaux et grands”, dit Gabor Hopfor. Non loin, d’autres touristes se prélassent sur leur transat, à l’ombre d’un parasol en espérant sans doute qu’à leur prochaine visite ces cocotiers moribonds qui se trouvent à côté d’eux leur offriront un peu d’ombre.
À l’ombre d’un filao, des personnes qui supportent mal les grandes affluences du week-end sont venues se détendre en famille. D’autres, comme cette famille de Rivière-des-Anguilles, a préféré s’installer près d’un cocotier. “Nous ne venons pas souvent ici, mais nous constatons que c’est un vrai gaspillage d’avoir planté tous ces cocotiers pour ensuite les délaisser”, nous dit l’une des dames qui ajoute qu’elle est aussi écoeurée par l’état des toilettes publiques qui manquent elles aussi d’entretien…
Fièvre du samedi soir
Entre l’hôtel Hilton et Sugar Beach, la plage est d’ordinaire propre et accueillante. Gérard Chinien, employé dans une compagnie de ramassage d’ordures, glanait cet après-midi-là des algues qui sont venues s’échouer massivement sur la plage, et qui se sont agglutinées, poussées par le vent et les vagues. Selon lui, après qu’ils les jettent à la poubelle, des personnes viennent les récupérer et les utiliseraient comme engrais pour leurs cocotiers et bananiers. “Les algues sont réputées pour aider à la croissance de ces arbres fruitiers”, dit-il.
Le week-end et surtout le samedi soir, Flic-en-Flac est le paradis des fêtards. Difficile de passer à côté de cette vie nocturne intense où Flic-en-Flac se pare de ses habits de fête et où s’y rencontre une jeunesse noceuse et noctambule. Il faut dire que tout concourt à faire monter la fièvre du samedi soir : boîtes de nuit à qui mieux mieux, bars à l’envi, pubs pour amateurs de divers styles musicaux, restaurants aux enseignes lumineuses, mouvement continuel et bruyant des voitures, Flic-en-Flac ne dort jamais le samedi soir. Et dans cette cohue, gare aux voleurs à la tire !
Convoitise
De jour, pendant la semaine, une douce langueur envahit la région. Les Mauriciens sont rares, les touristes sont répandus un peu partout, certains sur les plages, d’autres dans les centres commerciaux. Avec le tourisme de masse, la région s’est vite développée et s’est dotée de nouveaux complexes résidentiels modernes avec gardiennage, de complexes commerciaux abritant instituts de beauté, boutiques de souvenirs, restaurants. Près du poste de police jusqu’à la plage publique en face du cimetière, le commerce artisanal essaie de survivre. De nombreuses petites échoppes y sont intallées, et les vendeurs, avec cette déférence commerciale qui n’est réservée qu’aux touristes, leur proposent à des prix bien souvent exorbitants leurs brimborions !
Flic-en-Flac n’est pas qu’un lieu de réjouissances, il abrite aussi une petite population de personnes de modeste extraction dont les maisons sont très convoitées à cause de leur proximité avec la mer. Du poste de police à Villas Caroline et ses entours, y vivent une petite poignée de personnes, dont quelques-uns se disent être les premiers habitants de Flic-en-Flac. Certains y résident tout en louant une partie de leur habitation aux touristes, tandis que d’autres en ont fait leur deuxième résidence. Inutile de négocier un achat: leur terrain vaut de l’or et ils ne vendront pas. Comme nous dit James Henry, pêcheur de son état qui vit dans une maisonnette en tôle. “J’habite ici depuis ma naissance et jamais je ne vendrai ma maison”, dit-il. Dans ce petit coin se trouvant en face de la mer, chiens et poules se promènent librement sur la plage. En déambulant dans les rues, on peut découvrir le quotidien des habitants, ici, par exemple, un habitant vend des légumes devant sa porte, plus loin des enfants jouent sur une pirogue abandonnée lorsqu’ils ne sont pas sur le terrain de foot, de basket, de pétanque ou dans le jardin d’enfants. Ici, les gens ont l’air heureux. À peine se plaignent-ils. Sauf lorsqu’il s’agit de manque d’eau. Selon les habitants, les ressources en eau sont absorbées par le tourisme. “Nous n’avons pas d’eau et c’est révoltant lorsqu’on constate tous les gaspillages que font les hôtels de Flic-en-Flac”, s’indigne James Henry. Suivant lui, les deux problèmes que connaît la région sont le cambriolage et les rixes qui éclatent le samedi soir près des boîtes de nuit. “Il faudrait absolument que la police multiplie les patrouilles”, dit-il.
Il est parfois agréable de quitter un instant cette région touristique, souvent bondée, pour se rafraîchir en haut des falaises et profiter d’une vue panoramique. Pour cela, il faut emprunter la rue menant au Morcellement Anna. Ici, on découvre la nouvelle route qui relie cette partie de Flic-en-Flac à Cascavelle et qui serpente à travers les champs de canne. À part cette route, d’autres voies en projet devraient être en mesure de résoudre le problème de l’engorgement au village.
Un paon en liberté !
Un peu plus loin, dans une ruelle, nous allons faire une rencontre étonnante: celle d’un paon qui, selon une fausse rumeur, se serait échappé du Casela il y a quelques semaines. Il y a trouvé refuge dans une cour abandonnée et se nourrit de mangues mûres. Mais le parc animalier nous confirmera plus tard que l’oiseau ne leur appartient pas. “Le vétérinaire du parc nous a confirmé qu’il ne s’agit pas d’un de nos paons. Il pourrait appartenir à un des particuliers. Nous tenons à préciser qu’aucun de nos animaux ou oiseaux ne sort du parc”, a déclaré Rusheel Sakaram, Communications and PR executive au Casela Park of Adventure.
Nous prenons ensuite le sentier qui mène à la falaise. C’est la stupeur ! ce qui avant était une vaste étendue d’herbe où l’on pouvait admirer la vue imprenable sur la mer s’est converti en un grand complexe qui, nous dit-on, pourrait abriter des résidences.
Pour les habitants, le béton est la nuisance principale de Flic-en-Flac, qui défigure la nature. L’un des habitants prend pour exemple cette plage qui autrefois était accessible au public, celle se trouvant à l’extrémité de Wolmar et où on bénéficiait d’une vue magnifique sur la baie de Tamarin. Là y ont été érigés les luxueux Sands Resort et Maradiva. Ainsi, à Flic-en-Flac, tant qu’il y aura de l’espace, cette frénésie de construction ne s’arrêtera pas, selon lui.