Après la première vague intervenue la semaine dernière avec l’arrestation de Martial Tokuard (61 ans) et de son épouse pour le délit de faux et usage de faux dans des documents soumis au Board of Investment (BOI) et l’audition d’un premier officier de ce même organisme, Avinash Roy, le Central CID procède actuellement à un échantillonnage et à un examen méticuleux d’un nombre de demandes de permis de résidence. La prochaine étape de l’enquête concernant d’autres membres du personnel du BOI convoqués pour interrogatoire au Central CID avec de nouvelles arrestations pourrait intervenir dans les jours à venir. Le retour à Maurice annoncé pour mercredi du couple Tokuard devrait permettre aux enquêteurs de se retrouver en présence de nouveaux indices pour faire progresser l’enquête. Au QG du BOI, N°1 Cathedral Square, l’heure est à l’audit général de la situation en vue d’établir l’étendue du préjudice causé par le réseau.
L’enquête du Central CID sur le scandale du BOI se déroule à deux niveaux. D’abord les faux documents, dont deux garanties de Rs 100 000 chacune et une troisième de Rs 1 750 000, versés dans le dossier du couple Tokuard pour soutenir la demande de permis de résidence logée auprès du BOI en janvier. Ensuite, un inventaire des permis de résidence alloués avec la filière Max, nom de code utilisé pour les contacts du réseau d’escroquerie en opération, soit le versement d’un pot-de-vin de Rs 100 000 et la présentation de fausses garanties bancaires.
Lors de l’examen du dossier du couple Tokuard, les officiels du Passport and Immigration Office ont été intrigués par les trois documents en guise de garanties bancaires. À première vue tout est en règle, en l’occurrence l’estampille des deux banques mauriciennes en question et les signatures des banquiers. Les numéros des comptes bancaires sont cependant identiques même si les banques commerciales sont différentes.
À partir de cet élément extrêmement suspect, le Passport and Immigration Office a sollicité le Central CID pour une enquête. Une objection to departure a été logée contre Martial et Elaine Tokuard, qui ont été interpellés le dimanche 17 juin alors qu’ils prenaient l’avion. L’interrogatoire de ce couple français, qui avait pris la décision de venir s’installer à Maurice, a confirmé les soupçons du Passport and Immigration Office au sujet de « magouilles » au niveau du BOI lors de l’octroi.
Audit
À ce stade de l’enquête, les limiers du Central CID approfondissent la présentation de fausses garanties bancaires. Des responsables des deux banques mauriciennes citées dans cette affaire devront être approchés en vue de déterminer comment leurs tampons ont été utilisés par les “facilitateurs” du réseau du BOI. Ce volet de l’enquête devra également confirmer si des faux tampons bancaires ont été utilisés.
Au QG du Central CID, compte tenu de la complexité de l’enquête et des répercussions en général, l’on évite de confirmer si la version des faits de ces deux banques a été officiellement consignée jusqu’ici. La police se garde aussi de confirmer ou d’infirmer si une trentaine de demandes de permis de résidence agréées font l’objet d’enquête afin de démanteler le réseau Max.
Le prochain volet de l’interrogatoire du couple Tokuard pourrait mener les limiers du Central CID à destination de la Tourism Authority où les détenteurs de permis de résidence ou de permis d’investissement doivent atterrir après cette première étape. En principe, Martial et Elaine Tokuard sont retournés pour récupérer des documents compromettants. La police est intéressée à obtenir confirmation, à travers les faits, que le réseau Max opère une extension dans ce secteur.
Du côté du BOI, les premiers éléments de l’enquête ont fait l’effet d’une véritable douche froide, avec le risque que d’autres cadres soient convoqués par la police à des fins d’enquête alors qu’un retour d’Avinash Roy au Central CID à une étape ultérieure de l’enquête est donné comme une garantie. Depuis la semaine dernière un vaste exercice d’audit des dossiers des différents permis sous l’égide du BOI a été initié dans cette même institution. Le mouvement des dossiers est sous contrôle avec la consigne de « no access except by order of CEO » pour certains autres.
Le Mauricien a cherché en vain ce matin à obtenir des commentaires du CEO du BOI au sujet de la forme de la collaboration annoncée avec la police et des conclusions de l’audit interne des procédures pour des permis. « M. Poonoosamy est actuellement en réunion et ne peut être dérangé. Nous reviendrons vers vous une fois qu’il sera disponible. Mais nous ne savons pas à quelle heure », a répondu une préposée de l’organisme au téléphone.